‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 81 sur 132 · Maximes et réflexions sur la comédie · texte numérisé non relu

Maximes et réflexions sur la comédie

a- Annuaire historique de 1841, p. 209.

qu'ils soient moins dévots; on peut même à cet égard, dans leurs registres, remarquer une sorte d'affectation. Non - seulement ils prodiguent les pièces saintes et finissent par prendre l'habitude de jouer Poiyeucte régulièrement, avant et après Pâques, pour sanctifier le premier et le dernier jour de l'année théâtrale; mais la rédaction de leurs registres se ressent des influences dévotes alors toutespuissantes.

Ils ne se bornent pas, par exemple, à mentionner simplement un relâche pour l'Ascension; ils écrivent : a Relâche donné pour le respect de la fête de l'Ascension de Notre-Seigneur. » Et l'un de leurs registres débute ainsi : « Commencé, au nom de Dieu et de la sainte Vierge, aujourd'hui lundi 26 avril 1688. »

Quelle que fût pourtant l'incompatibilité plus ou moins réelle de leur profession ou de leur conduite avec une dévotion sérieuse, on ne peut regarder comme un motif suffisant pour douter de leur sincérité, une inconséquence qui se trouvait partout alors. Le comédien Rosimont, en 1680, avait publié une Vie des saints pour tous 1rs jours de Vannée, et on ne peut le soupçonner d'hypocrisie, car il s'y était déguisé sous son nom de famille qui, pour le public, était un véritable pseudonyme, J.-B. du Mesnil. C'est Baillet qui nous l'apprend; et il ajoute que le nom de fauteur était si bien caché que, quand il mourut, l'Église lui refusa la sépulture ecclésiastique; ce qu'elle n'eût pas fait sans doute si etle eût connu l'auteur de ce livre édifiant. Rien ne prouve mieux ce singulier mélange de pratiques religieuses et d'une conduite assez irrégulière, que la mort de

€hampmeslé. Trois ans après la mort de sa femme, dont il aurait eu quelque raison, ce semble, de se consoler, il rêva une nuit qu'il la voyait et qu'elle lui faisait signe du doigt pour l'appeler. Il raconta ce songe à ses camarades, qui n'épargnèrent rien pour le calmer, car il était bonhomme et aimé. Deux jours après, il va aux Cordeliers, remet 30 sous au sacristain pour trois messes, l'une pour sa mère, l'autre pour sa femme... « Et la troisième? — La troisième sera pour moi, et je vais l'entendre. » Au sortir de l'église, il va s'asseoir à la porte de la Comédie, cause affectueusement avec ses camarades, et tombe frappé d'apoplexie. C'est une finassez sombre pour l'auteur du Veau perdu, au moins prouve-t-elle sa sincérité.

Le théâtre était-îl devenu plus moral? Non, trèscertainement, malgré les tragédies saintes. Les pièces comiques au moins, comme nous l'avons vu, étaient au contraire de nature à effaroucher les moins scrupuleux. Quant aux mœurs des comédiens, je doute fort qu'il y eût progrès et amélioration sensible; bien au contraire. Nous avons deux tableaux de mœurs théâtrales, écrits, l'un au début du règne de Louis XIV, l'autre à la fin, dans le Roman comique et dans Gil Blas1. Ils ne se ressemblent guère. La plume de Scarron était certes des moins enclines à idéaliser ses modèles; et cependant, au milieu de beaucoup d'aventures burlesques et quelques-unes qui sont pis que cela, nous voyons, clans ce tableau que nous pouvons croire fidèle, que les mœurs des comédiens, même des comédiens de campagne t

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