‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 82 sur 132 · Le Roman comique est de 1651; Gil Rlas parut en · texte numérisé non relu

Le Roman comique est de 1651; Gil Rlas parut en

étaient à peu près celles de la société environnante. Chez Le Sage, au contraire, la peinture des mœurs des comédiens de Madrid (on sait ce qu'il faut entendre par là ) est des moins édifiantes ; et, malgré les rancunes personnelles de l'auteur contre les comédiens de Paris, il ne semble pas que tout y fût faux. D'où vient ce contraste, qui existait aussi bien, croyons-nous, dans la réalité?

C'est qu'évidemment le préjugé contre la comédie était moins fort et moins violent au début du règne qu'il ne le fut depuis. C'est qu'alors un comédien estimable pouvait être estimé, et qu'il n'avait pas à subir, quelle qae fût sa conduite personnelle, une condamnation absolue, collective et sans appel, qui flétrissait, non les mauvaises mœurs de tel ou tel, mais la profession. Au temps du Roman comique, nous voyons les comédiens, même en province, où les préjugés sont si tenaces et si prononcés, où les rangs sont si marqués, vivre en bons termes avec les bourgeois, les magistrats, les ecclésiastiques même. On n'en fait pas une classe à part, soigneusement séparée des autres. A Paris même, le théâtre, si protégé par Richelieu et par Mazarin, et fort aimé par Louis XIV dans les premières années de son règne, n'entraîne aucune flétrissure; le roi, alors, ne dédaigne pas de paraître avec les comédiens dans les comédies -ballets que l'on compose pour la cour; et, sans croire le moins du monde à la prétendue familiarité dont une tradition absurde fait jouir Molière auprès du roi, et qui alors eût été impossible pour lui comme pour tout autre roturier, on doit reconnaître toutefois que c'était beaucoup pour un comédien, pour un modeste bour-

geois, fils de tapissier, d'être valet de chambre du roi, charge à laquelle , avant François Ier, les gentilshommes seuls pouvaient aspirer; aussi Chappuzeau insiste-t-il avec raison sur ce fait que « Molière a fait le lit du roi ! » De plus, les comédiens sont devenus la Troupe royale, ou la Troupe du roi; c'est du souverain qu'ils dépendent; et il est certain que cet honneur, dont ils sont fiers, leur impose plus de tenue. Les comédiens obtiennent, si l'on en croit Chappuzeau, un glorieux témoignage en faveur de leur moralité de la part d'un membre de cette magistrature plus fermée que tout autre corps à tout ce qui est nouveauté. « J'aurais tort de passer ici sous silence le glorieux témoignage qu'un des premiers magistrats de France rendit, il y a quelques années, aux comédiens de Paris : « Que « l'on n'avait jamais vu aucun de leur corps donner « lieu aux rigueurs de la justice; ce qu'en tout autre « corps, quelque considérable qu'il puisse être, on « aurait de la peine à rencontrer1. » L'Église ellemême semble avoir oublié alors ses sévérités contre le théâtre : c'.est seulement à partir du Festin de pierre, et surtout du Tartuffe, que toutes les préventions s'éveillent et qu'on s'avise -d'exhumer contre la comédie et les comédiens les. proscriptions anciennes, depuis longtemps périmées.

Un seul rapprochement suffirait pour marquer le contraste de la tolérance qui existait au milieu du xvne siècle à l'égard des comédiens, et de l'intolérance qui alla de plus en plus en s'aggravant contre eux de la part du clergé. En 1660, les comédiens de

l'Hôtel de Bourgogne, pour célébrer la conclusion de la paix, font chanter dans Saint-Sauveur, a leur paroisse », dit Loret,

Un motet, Te Deum, et Messe;

et quand la cérémonie fut achevée, ajoute-t-il, nous tous qui étions là,

Le curé, prêtres et vicaires, Chantres, comédiens et moi, Criâmes tous : Vive le roi!

La troupe des chantres, ensuite, Dans un cabaret fut conduite Où messieurs les musiciens, Par l'ordre des comédiens, Furent, pour achever la fête, Traités à pistole par tête, Où l'on but assez pour trois jours.

Au siècle suivant, quand Grébillon mourut, le curé de Saint-Jean-de-Latran ayant consenti à faire un service pour lui, sur la demande des comédiens, ses supérieurs, pour le punir d'avoir reçu les comédiens dans son église, le condamnèrent à 200 livres d'amende et à trois mois de séminaire 1.

Nous le répétons d'ailleurs, depuis la fin du règne de Louis XIV, les mœurs des comédiens pouvaient' justifier les censures des personnes austères. Mais s'il est vrai, comme l'affirme l'abbé de La Tour, que, depuis -1697 2, sous le cardinal de Noailles (arche-

1. C'est ce que raconte, en l'approuvant fort, un contemporain, l'abbé de La Tour, Réflexions sur le théâtre, édition Migne, p. 225.

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