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duire des femmes sur le théâtre. Les païens mêmes croyaient qu'un sexe consacré à la pudeur ne devait pas ainsi se livrer au public, et que c'était là une espèce de prostitution ». Qu'auraient-ils donc dit, ces païens, d'un spectacle où non-seulement des femmes jouaient un rôle, mais où tous les rôles étaient représentés par de timides jeunes filles, et précisément devant le public dont les applaudissements étaient le plus propres à les enivrer, devant la cour, devant le roi? C'est ce qui arriva pour Esther, jouée tant de fois devant des assemblées d'élite, qui, pour plaire à Mme de Maintenon et au roi, ne ménageaient guère leur approbation- Le caractère religieux de la pièce ne rend pas plus convenable ni moins dangereux un spectacle où des jeunes filles pauvres et destinées à une vie modeste se trouvaient exposées aux regards de la cour, à ces transports d'enthousiasme bien capables de troubler leurs têtes, et dont Mme de Sévigné, en les partageant, nous a tracé une si vive peinture. Ajoutons que, pour fortifier les chœurs et les diriger, on avait mêlé aux élèves de Saint-Cyr des chanteuses de l'Opéra 1. Si jamais spectacle fut dangereux et pour les actrices et pour les spectateurs, c'était bien certainement celui-là. Eh bien, parmi les personnages pieux qui y assistèrent, nous trouvons mentionnés non - seulement des prélats, bon nombre de jésuites, mais, ô stupeur ! Bossuet lui-même. Il assistait à la première représentation : Dangeau le dit2. Et qu'on ne suppose pas qu'il y
1. Voir la notice de M. Paul Mesnard sur Esther, dans le Racine de la collection des grands écrivains.
2. Journal, 26 janvier 1683. Il nomme « MM. les évêques de Beauvais, de Meaux et de Châlons-sur-Saône ».
eût de sa part surprise ; car il y eut récidive : il assistait encore plus tard à la représentation dont Mme de Sévigné nous a donné le récit. Comment faisait-il pour concilier sa propre présence avec son opinion que montrer ainsi des femmes sur le théâtre était « une espèce de prostitution ! »
Il était plus conséquent avec lui-même quand, dans son diocèse, il écrivait, comme nous l'avons vu, au présidial de Meaux1 pour lui recommander d'abord « de châtier ceux qui excitent les assemblées des protestants », puis « d'empêcher les marionnettes », qui, selon lui, par leurs discours et par l'heure même des représentations, portaient au mal.
Le père Caffaro, fort en peine du bruit qu'il avait excité, s'était rétracté, et il avait été condamné par son archevêque , le galant de Harlay ; celui-ci était le même qui avait eu tant de peine à accorder un peu de terre à Molière, et il devait mourir, non point comme le comédien entre deux sœurs de charité, mais dans une compagnie moins édifiante, — frappé d'apoplexie auprès d'une de ses maîtresses, Mme de Lesdiguières3; il avait alors soixante-dix ans. Au reste, s'il se crut obligé de punir le père CalTaro, il