‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 94 sur 132 · OEuvres complètes, Ed. Lfbel, t. XLII, p · texte numérisé non relu

OEuvres complètes, Ed. Lfbel, t. XLII, p

2. En racontant cette attaque d'apoplexie, Mme de Sévigné écrit : « Mme de Lesdiguières a été présente à ce spectacle... II s'agit maintenant de trouver quelqu'un qui se charge de l'oraison funèbre du mort. On prétend qu'il n'y a que deux petites bagatelles qui rendent cet ouvrage difficile, c'est la vie et la mort. » Il y avait longtemps qu'on le chansonnait, même au temps où il n'était encore qu'archevêque de Rouen : je trouve, dans un recueil manuscrit, de nombreux couplets, avec un refrain de deux vers-

y aurait eu la main forcée; c'est du moins ce qu'affirme son secrétaire et confident, l'abbé Legendre. Toute cette affaire était, selon celui-ci, « une trame ourdie par les jésuites » pour embarrasser l'archevêque et lui tendre un piège, « afin de se venger de lui en l'exposant aux satires des libertins s'il condamnait la comédie, ou aux reproches des dévots s'il ne la condamnait pas. » Ils mirent en avant, toujours selon l'abbé Legendre, des académiciens fort irrités contre Boursault pour quelques plaisanteries lancées par lui contre le fameux Dictionnaire, qui venait de paraître enfin après cinquante ans de travail, et que l'opinion générale n'avait pas ménagé. Ces académiciens, s' avisant tout à coup d'un grand zèle pour les intérêts de l'Église, accoururent à l'archevêché pour dénoncer le père Caffaro, «et en

qui réussit, car on le retrouve dans d'autres chansons ; en voici deux couplets :

Le pasteur qui nous gouverne *

Suit l'Amour toute la nuit,

Et traite de baliverne

La défense du déduit.

Jamais il ne s'en confesse ;

Il n'en dit pas moins la messe.

Il fait tout ce qu'il défend,

L'archevêque de Rouen.

Prenez bien garde, mesdames, A ce beau prédicateur :

Il songe moins à vos âmes Qu'il n'en veut à votre cœur; Car votre œil rude et sévère Ne lui permet pas de faire Ce qu'il fait, ce qu'il défend A Paris comme à Rouen.

Cette chanson a été reproduite, avec quelques variantes, par M. Brunet, dans le Nouveau Siècle de Louis XIV, Paris, Garnier frères, 1857, p. 81. Elle se compose d'un assez grand nombre de couplets.

demander justice avec un empressement qui fit rire M. l'archevêque... M. de Harlay, aussi fin que les jésuites qui cherchaient à l'embarrasser, trouva un tempérament qui fut de ne point condamner la lettre, mais de punir le théatin qui en était l'auteur1 ».

Le père Caffaro donc, victime de ce tempérament si ingénieusement imaginé, fut contraint de désavouer publiquement un écrit dont il avait (on en a la preuve) fourni au moins les matériaux, et il déclara, dans une rétractation écrite en latin, qu'il n'avait eu nulle part à cet écrit 2. Ce dénoûment dut satisfaire les académiciens, mais les jésuites furent attrapés. Dans toute cette affaire, sauf Bossuet qui était inconséquent peut-être, mais sincère, on pouvait répéter ce que le cardinal de Retz dit d'une scène où lui et le cardinal Mazarin avaient leur rôle : « La vérité est que tout le monde jouait la comédie. » Il faut convenir que celle-ci était assez piquante, surtout à propos de la comédie et des comédiens.

Les jésuites, du reste, auraient été assez mal venus de prendre une part trop ostensible dans cette affaire, car leur goût avoué pour le théâtre n'était un secret pour personne; partout, dans leurs collèges, ils faisaient représenter des pièces de leur composition, et Bossuet se croit obligé de les excuser à cet égard , tout en déclarant que « le meilleur est, après tout, que ces représentations soient très rares » ; mais au moins « ce vénérable institut » a-t-i

1. Mémoires de l'abbé Legendre, chanoine de Notre-Dame, secrétaire de M. de Harlay. Paris, Charpentier, 1863, pages 189 et suiv.

2. Meas in ea partes esse nullas. Voyez cette lettre dans l'ouvrage de Desprez de Boissy sur les Spectacles, p. 583.

su contenir ce goût dans de justes bornes, en déclarant dans ses règlements « que les tragédies et les comédies ne doivent être faites qu'en latin, et dont l'usage doit être très-rare, ayant un sujet saint et pieux, etc. » Malheureusement il devait savoir que ce règlement était enfreint assez souvent; beaucoup de ces tragédies n'ont pas pour objet un sujet pieux1; leurs comédies sont souvent en français2. Ils n'étaient point ennemis d'une innocente gaieté ; ils ne proscrivaient point le rire comme Bossuet ; bien loin de là, l'un d'eux, en publiant une édition expurgée d'Horace, avait cru faire merveille en transportant aux jésuites l'enjouement aimable de la courtisane Lalagé, et en substituant à dulce ridentem Lalagen la modification suivante :

Dulce ridentes socios amabo, Dulce loquentes.

Ils riaient donc doucement. Ils aimaient fort la

1. Elles sont imprimées, on peut vérifier; cependant là règle était formelle (voyez De ratione studiorum, n° XIII). Il faut que les pièces soient en latin ; les personnages de femmes en sont exclus.

2. Ils avaient même pour la comédie un penchant si prononcé, qu'ils en donnaient la forme à leurs pamphlets théologiques ; en voici quelques-uns, qu'ils publièrent un peu plus tard, après les avoir fait représenter par leurs élèves :

La Femme docteur ou la Théologie en quenouille, par le Père Bougeant.

Le Saint déniché ou la Banqueroute des marchands de miracles, par le même.

Les Quakers français ou les Nouveaux Trembleurs, par le même.

Enfin, Cartouche ou le Scélérat justifié par la grâce du Père Quesnel, en forme de dialogue, par le R. P. Patouillet, prouve qu'ils ont eu aussi leur pièce d'à-propos sur Cartouche, comme les Comédies française et italienne.

comédie allégorique. Passe encore quand c'était, par exemple, la célèbre comédie du père Ducerceau, la Défaite du solécisme, où l'on assistait à un piquant dialogue entre « Y Aoriste et le Supin en u », ou quand on voyait ['Infinitif terrasser le Que retranché, et, dans l'orgueil de sa victoire, danser une gavotte devant son ennemi expirant à ses pieds. Mais souvent aussi la comédie avait des allures plus mondaines et plus galantes; elle ne dédaignait pas l'à-propos de cour. Par exemple, le Mercure galant, rédigé par de Visé, s'occupe d'une pièce de circonstance composée par les jésuites à l'occasion du mariage du dauphin; il y consacre quarante pages, c'est-à-dire plus qu'il n'en emploie aux nouveautés du théâtre, même quand de Visé en est l'auteur; le sujet est celui-ci : Vhymènée veut employer les arts, les sciences, les armes, à célébrer cette heureuse union ; il n'y réussit point à son gré, et il s'adresse aux amours, qui lui amènent un dauphin (poisson) r attiré d'ailleurs par le chant d'une sirène. — Ils ne se refusent ni la comédie d'intrigue, ni la comédie de caractère; ils se hasardent jusqu'au ballet, et il ne faut pas dire, comme l'a fait Le Sage dans le Diable boiteux, qu'ils se bornent à faire danser les prétérits et les supins. On peut voir dans les ouvrages du père Lejay qu'ils ne s'en tiennent pas à ces divertissements purement scolaires. Lui-même, outre les échantillons qu'il a donnés de son savoir-faire en chorégraphie, tel que Y Origine des festins, ballet de sa composition, a écrit la poétique du ballet et en a raconté les origines1; elles sont sacrées; ce sont

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