‹ Le théâtre français sous Louis XIVChapitre 95 sur 132 · Bibliotheca rhetorum. Voyez, l'analyse que le père Lejay · texte numérisé non relu

Bibliotheca rhetorum. Voyez, l'analyse que le père Lejay

d'abord les Hébreux dansant de joie en voyant Pharaon et les Égyptiens engloutis dans les flots de la mer Rouge; c'est ensuite David dansant devant l'arche, etc. On voit qu'il devançait sur ce point un académicien de nos jours, auteur d'un Essai sur l'art dramatique chez les Hébreux, lu en séance solennelle.

Un autre père jésuite, Ménestrier, a fait également l'histoire et la théorie des ballets; il s'étend avec complaisance sur les ballets dansés au collège de Clermont, ballets ingénieux et tout pleins d'allusions courtisanesques, dont il ne manque pas de faire sentir la finesse, par exemple Y Empire du Soleil, dansé en 1673. Il fait remarquer que le ballet a été toujours protégé par les papes, qu'un pape même a composé un ballet; que, selon Virgile, une des joies des bienheureux dans l'Élysée consiste à danser des ballets :

Pars pedibus plaudunt choreas, et carmina dicunt.

Il insiste également sur l'origine biblique des ballets, et aussi de l'opéra. A l'en croire, le vrai fondateur de l'opéra serait Salomon. Le Cantique des cantonne lui-même de son ouvrage dans les Mémoires de Trévoux, 1716, p. 1209. C'est dans la seconde partie de son livre que se trouve son Traité des ballets (Liber de choreis dramaticis, vulgo les ballets). « La grande tragédie, accompagnée d'un ballet, qui se représente tous les ans (au collège Louis-le-Grand) au commencement du mois d'août, pour la distribution des prix, est un spectacle magnifique. Il s'en représente d'autres dans le cours de l'année. Après Pâques, on expose des énigmes à expliquer pour lesquelles il y a aussi des prix. » (Germain Brice, Description de Paris, 1713, t. II, p. 351.)

tiques n'est autre chose qu'un opéra ; « c'est une pastorale ou action de théâtre, où, sous les personnages allégoriques d'un berger et d'une bergère, les noces de Salomoo sont représentées1. » En somme, les deux écrits du père Ménestrier sur l'opéra et les ballets sont des livres curieux, d'un brave homme naïf, sincère et étranger à toute précaution hypocrite. L'auteur y cite un passage de Molière et analyse la comédie-ballet du Mariage forcé. Qu'eût pensé Bossuet de tout cela ?

Les jésuites songeaient si peu à cultiver en secret leurs talents pour le théâtre, qu'ils admettaient, comme nous l'avons dit, les étrangers à leurs représentations, leur faisant payer le même prix pour leurs places qu'à la Comédie-Française. C'était une véritable concurrence opposée à la Comédie-Française et même à l'Opéra.

Du reste, je le répète, ils ont eu toujours pour le théâtre et leurs confrères de la Comédie-Française l'indulgence naturelle aux ultramontains ; s'ils étaient fiers de leur élève Corneille, ils ne l'étaient guère moins d'un autre élève un peu plus compromettant, Voltaire, dont ils jouèrent les premiers une des pièces, la Mort de César. Un fait qui, je crois, n'a pas été signalé, c'est que le premier éloge public que reçut Voltaire est probablement celui des révérends pères. Sous Louis XIV même, le journal de Trévoux cite avec faveur une ode de leur élève M. Arouet, « jeune auteur de la plus grande

1. Ces deux ouvrages sont : 1° Les représentations en musique anciennes et modernes, par le R. P. Claude le Ménestrier, jésuite. Paris, 1681. 2° Des ballets anciens et modernes selon les règles du théâtre, Paris, 1082.

espérance1 ». Lui-même montra toujours de l'affection à ses anciens maîtres , et . avant de dédier Mahomet au pape, il adressait au père Porée sa première tragédie. Plus tard, le père Tournemine, dans une lettre au père Brumoy, au sujet de Mèrope, exaltait la pièce en se défendant d'être « aveuglé par l'amitié paternelle qui rattachait au poëte depuis son enfance ». Tout en plaisantant les jésuites dans l'occasion, Voltaire leur restait attaché, et quand, après la suppression de l'ordre, tout le monde se déchaînait contre eux, il recueillait à Ferney six jésuites, « non sans s'être bien assuré, disait-il, de la pureté de leur foi », et gardait auprès de lui pour aumônier — une véritable sinécure — le père Adam, quoique ce ne fût pas « le premier homme du monde ».

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