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GUERRE OUVERTE

Non. : — Alors il nous faut supprimer Top»

Est-il naturel qu'au milieu d'une conversai des dames peu vêtues fass'ent irruption p danser un petit entrechat?

Non. — Alors il nous faut supprimer ballets.

Est-il naturel qu'un acteur resté seul en se éprouve le besoin de s'exprimer à haute v»

s'approche de la rampe, cligne de l'œil et tin langue en ayant l'air de faire des confidences public ? Est-il naturel que, la pièce finie, le p; cipal personnage, en dépit de toute vraisemblar et suivant on usage suranné et heureusem disparu chez nous, adresse un mot aux spec teurs pour solliciter leur indulgence?

Non. — El cependant les choses ne se pass pas autrement dans votre théâtre dit réforr pour l'amour de la vérité.

Absurdité le masque de Pulcinella, absun la farine de Pierrot, la queue rouge de Giandi la batte d'Arlequin, le bégaiement d'Anselme grasseyement de Guignol, je vous l'accorde. M sapristi ! dans toutes vos réformes laissez-r donc quelque chose d'original et d'amusa C'est avec ce système d'unification à outrai que les habitants des cinq parties du monde

arrivent à se promener tous en habit noir et en chapeau de soie et à s'ennuyer prodigieusement rien qu'en se regardant les uns les autres !

Ne confondons pas des apparences de réforme avec une réalité qui n'a rien réformé du tout. Le Chien i^/arrf (lisez le Voyage de Berhcrorij.eainne amusante pochade et Scarpetta s'y montre bon comédien. Mais je n'avais pas besoin de venir aux Fiorentini pour la voir : avant que cette pièce fut signée de M. Scarpetta, je l'avais vu jouer sous le nom de ses vrais auteurs, en France, en Italie, en Espagne, au Portugal; tandis qu'il m'a fallu venir à Naples pour y respirer cette fleur d'un parfum spécial qui ne pousse qu'au pied du Vésuve, la bonne grosse gaîté de Pulcinella, enfant du môle, dont l'originalité; nie charme parce qu'elle est avant tout du terroir. Les vrais napolitains le savent bien. Don.Felice est, ou mieux 'a été, une mode, un caprice. Pulcinella est une institution. Il y a donc un abîme qui les sépare.

Quelle fut à présent l'œuvre accomplie depuis vingt ans par Scarpetta? C'est ce que je vais tâcher de résumer.

Profitant du désarroi dans lequel se trouvait la comédie populaire napolitaine — la même que

nous avons vu renaître de ses cendres — remuant, insinuant, audacieux, le nouveau Don Felice u'eut plus qu'une- idée fixe : devenir Timprésario du San Carlino qu il remonterait sur d'autres bases. Il le devint. Il fît de la petite salle une bonbonnière, y attira le public bourgeois, et remplaça le *vieu3^ répertoire par des imitations de pièces italiennes et françaises qu'il signa. Le genre était nouveau, l'interprétation convenable* L'idée fit fortune. Le public napolitain qui n'y regarde pas de si près crut qu'il lui était né uvl nouveau Molière, ou tout au moins un Goldoni^ et le nom de^Scarpetta alla aux nues.

Un seul critique napolitain — et non des moindres — M. F. Verdinois — avait saisi le subterfuge et ne tombait pas dans le filet :

« Je ne pourrai jamais comprendre, écrivait cet auteur*, comment des comédies ou des vaudevilles traduits du français {Bébé, les Dominos roses^ etc.) sont des comédies populaires. Tant il ^st vrai que le même Sciosciammocca (Scarpetta) pour imprimer à ses œuvres un caractère napolitain qu'elles n'ont pas, a besoin d'avoir recours aux /azzi d'usage, aux facétices habituelles de

Journal II Pungolo, 20 janvier J881,

goût équivoque, qui font rire la partie la plus grossière de son public et rougir les dames et les demoiselles comme il faut.

« Une autre particularité à noter dans cette demi-douzaine de comédies populaires \ c'est que les personnages transportés de la scène française à la scène napolitaine — n'étant pas à proprement parler des gens du peuple — parlent une langue qui n'est pas ritalienne et qui n'est pas le dialecte, mais un mélange ingrat à Toreille et qu'aucun peuple du monde n'a jamais eu l'idée de parler. »

Et l'illustre critique napolitain (en dépit de son nom à consonnance française) conclut ainsi :

« Si Pulcinella est mort, c'est bien qu'il soit mort; mais si, d'autre part, Pulcinella mort n'est plus la comédie populaire, Sciosciammocca vivant l'est encore bien moins.

« A tel point que, placé entre les deux, je choisirais le mort. »

Pour toute réponse, Scarpetta avec une ardeur dévorante « réduisait», réduisait toujours, emplissait les affiches de son nom d'auteur et d'acleur, gagnait de l'argent et laissait dire.

* Oh ! combien depuis ! Ceci fut écrit il y a TÎngt ans, mais les choses n'ont pas changé.

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