PREFACE V
au théâtre Nuovo, Giuseppe De Martine, avec ses traits dodus, son œil calme, sa bouche fine, n'offre dans ses traits rien de la mobilité qui caractérise nos acteurs comiques. Qu'en ferait-il sous le masque? Aussi, ses principaux effets sont-ils des effets de diction. « N'ayant nullement besoin, dit M. Lyonnet, de contracter son visage pour y peindre ses sensations, Tacteur qui tient le rôle de Pulcinella devient, à la longue, une espèce de pince-sans-rire dont toute Faction consiste à bien lancer le mot. » C'est essentiellement un diseur.
Il se dédommage par la gesticulation et, en ceci, il est l'image fidèle de ses compatriotes. Quiconque a vu Naples reconnaîtra la parfaite justesse du portrait suivant tracé par M. Lyonnet : .
Le Napolitain parle avec les mains. Il avance les avantbras ; ensuite, il rapproche ses mains ouvertes, les doigts fermés et allongés, comme s'il voulait recueillir de Teau de pluie ; il fes élève insensiblement jusqu'à la hauteur du menton, en les agitant toujours et eu rapproche les paumes, et il dit alors à son interlocuteur :
— Capisce ? (Comprenez-vous ?)
Ou encore, pour prouver son contentement ou témoigner de rafiTection à la personne à qui il parle — homme ou femme —-il lui caressera familièrement le menton d'un air protecteur, en lui disant :
— Simpatico /ou Simpatica!
Au théâtre, le personnage comique, s'il est contrarié, se mordra l'index de la main droite, puis élèvera la main vers le ciel en agitant les doigts. La soubrette, pour indiquer qu'une chose est difficile, secouera sa main, les doigts mous et ballants, comme le font les gamins à l'école, lorsqu'ils font claquer leurs doigts en criant :
— Chouette !
PREFACE Vil
bons tours, se moquant de lui-même et d'autrui, rarement dupe, surtout de lui-même. Les sujets où il parait sont de préférence des scènes de la rue, essentiellement napolitaines. Parmi les trente-cinq pièces jouées au Nuovo, du 1*"^ janvier au 30 mars 1900, et cataloguées par M. Lyonnet, je relève les titres suivants :
Pulcinella qui va trouvant son sort par les tnces de Naples.
Au premier et au second étage, en haut du quartier de la Santéy avec Pulcinella serviteur plein de cœur. — Ce sujet-ci est particulièrement indigène. A Naples, en effet, la condition sociale change d'étage en étage plus brusquement que dans n'importe quelle grande ville. Les gens du premier et ceux du second ne vivent pas la même vie.
La grève des cuisinières.
Les cent disgrâces de Pulcinella.
La veille de Noël, célébrée à Naples par des réjouissances gastronomiques qui laissent bien loin nos réveillons parisiens.
Pulcinella tourmenté le jour de son mariage.
La Carrera mise enrumeur par deux Pulcinellas, etc., etc.
Les représentations de Pulcinella sont connues dès la fin du xvi® siècle et certainement elles remontent beaucoup plus haut. A Torigine^ leur répertoire se rattachait è la Commedia delV arte, c'est-àdire qu^l était improvisé sur canevas. Peu à peu, des auteurs se mirent à écrire pour lui et les premiers dont les œuvres se soient conservées datent du milieu du xvin* siècle. La plupart étaient en même temps comédiens. Un des plus complets représen-