LES MEMES, MARIETTE
^^«^ — Entrez, ma petite H- MALANDREAU, aî^ /^«^•
damel
M.4LANDREAU, furieux. — Ah çà !... Qu'est-ce que tu dis?
M"* Malandreau, neile. — Tais-toi!... Et va te coucher, si ça te déplaît !.-.
Mal.\NDREAU. — Cependant, je suis le maître !
M""* M.\LANDREAU. — Tu es le maître de te taire, et d'aller te coucher!
Mariette, en costume de voyage. — Vraiment, monsieur Malandreau, vous avez si mauvais cœiur? Je viens de Paris pour voir mon mari, et vous me chassez?
Malandreau. — Madame, je ne vous chasse pas... C'est la circulaire!
Mariette. — Je l'ignorais, la circulaire! Voilà six mois que je n'ai pas vu mon mari, six mois que j'ai vécu avec l'espoir de le revoir. Je trouve un biais, je m'échappe, je viens!... Je le rejoins... Et vous, monsieur Malandreau, vous auriez la cruauté de me renvoyer!
Malandreau, faiblissant. — Madame... Songez aux conséquences!
Mariette, s* avançant. — Hé!... Si on songeait aux conséquences, on ne ferait rien, dans la vie !.. Voyons! Si vous aviez un fils!
M"* Malandreau. — J'en ai un!
M-\R1ETTE. — Ah !... S'il venait ici, pour embrasser son papa et sa maman, est-ce qu'il y aurait une circulaire qui vous empêcherait de le recevoir?
i6 UN BAISER SUR LE FRONT
Malandreau. — Ah ! pour sûr, non !
Mariette. — Vous voyez, monsieur Malandreau !... 11 y a deux choses qui se combattent : les circulaires et les sentiments.
Malandreau, faiblissant. — Madame... si on venait !
M"» Malandreau. — Et après?... Nous avions notre nièce, Jeanne, qui habitait avec nous... Elle était dans cette chambre {Elle montre la droite^) Elle est partie p>our Dunkerque où elle est modiste... Si l'on vient perquisitionner, Madame passera pour notre nièce Jeanne!
Mariette. — Rien de plus naturel !... Où habitet-elle, votre nièce, à Dunkerque?
Malandreau, rogne. ■ — Rue Courzon !
Mariette. — Bon!... Rue Courzon! N'ayez pas peur!... En cas d'ennui, je serai à la hauteur des circonstances!... Monsieur Malandreau? Vous êtes toujours fâché?
Malandreau, déjà aimable. — Non, ma petite madame!... Ce que j'en disais, c'était pour le capitaine !
Maillet. — Oh !... Ne vous inquiétez pas !... Dès demain matin, elle repart pour Paris.
Mal.\NDREAU. — C'est ce général Bourrât!... Il n'est pas commode!
Maillet. — Il a autre chose à faire qu'à nous poursuivre ici!
M°* Malandreau. — Et puis, tu nous ennuies !... Voilà des petites bonnes gens qui sont mariés légitimement, qui se retrouvent! Et on ne leur faciliterait pas la rencontre?
Malandreau. — Moi... je... Je vais chercher une bonne bouteille! (// sort.)
Mariette. — C'est ça!... Et pendant ce tempslà, je mets le couvert. (A Maillet.) Oh ! mon chéri !... Mon chéri!... On va être un peu tranquilles... et s'aimer!
Maillet. — Ma petite femme!... On risque des choses épouvantables. Mais je ne t'ai jamais tant appréciée !
Mariette. — Et pourtant, j'ai fait une chose terrible! Si on savait ça, tu passerais en conseil de guerre!
Maillet. — N'y pensons pas!...
Mariette. — Pensons-y, au contraire!... Si j'avais pu me douter de ça!
Maillet. — Tu ne serais pas venue?
Mariette. — Je... je... je... Oui... Non !... Enfin, je suis là !... Et je suis là si contente !... Ah ! mon chéri ! mon chéri!... Après six mois! Quelle minute!... Tiens je t'aime pour 125 milliards et 10 centimes
Maillet. — Pourquoi ces dix centimes?
Mariette, r embrassant. — C'est pour le timbre!
Maillet. — Ma chère chérie!... Ma petite fem-
Le Théâtre Incomplet. g
i8 UN BAISER SUR LE FRONT.
me!... (// V embrasse. Bruit d\iiito. On frappe") Hein!...
M""» MalANDREAU. — Qu'est-ce que c'est que ça? Voix de BOURRAT, au dehors. — Hé!... S'il vous plaît !
M"^ MALANDREAU, à la porte. — Qu'est-ce que vous demandez?
Voix de Bourrât. — Ouvrez-moi... Etat-Major général.
Mariette, bas. — Oh ! mon Dieu !
M""^ Malandreau. — Voilà! Voilà! Je cherche ma clef. (Bas à Mariette.) Vous là, dans la chambre de ma nièce. (A Maillet.) Vous, montez là-haiît! Premier étage, porte à droite.
Maillet, bas. — Bien!... {Il se dirige sur la pointe du pied vers V escalier)
Mariette, bas en lui envoyant des baisers. — Ne crains rien!... Ils nç me verront pas! {Elle ouvre la porte de la chambre à gauche premier plan)
Voix de BOURRAT. — Eh bien! C'est pour demain ?
Mariette et Maillet, en courant vivement. — Oh! {Mariette eiitre dans sa chambre. Maillet monte V escalier)
M""» M.\LANDREAU, ouvrant la porte. — Entrez^ mon capitaine.