Ib., ib. - A. p. 337, 27. Rudrata, Bharata
béatitude n'admet pas d'incidents dramatiques. Le poète peut emprunter son sujet aux légendes [prakhyâta ; siddha A. p.), ou l'inventer [utpâdya; utpreksita A. p.) ou mêler l'invention à la légende {miçra) \ Si le poète emprunte à la légende, pour en faire son héros, un personnage illustre et noble, épris de gloire, énergique, demi-dieu ou roi, issu d'une race fameuse, il perd le droit d'inventer son sujet ; son imagination ne peut s'exercer que sur les épisodes ^ ; autrement le nom du héros, évoquant dans l'esprit du spectateur tout le cortège des souvenirs connus qui s'y rattachent, le jetterait dans une inextricable confusion. Mais il arrive aussi que la tradition attribue à un héros une action peu conforme à sa nature ; cette tache qui nuirait à l'unité artistique du caractère, le poète doit l'effacer. Ainsi Vàlmîki nous montre le roi des singes, Bali, traîtreusement mis à mort par le pieux et divin Râma. L'épopée admet une pareille faiblesse d'un grand cœur, car dans sa marche lente elle peut s'arrêter à l'expliquer et à la justifier; au théâtre, où les faits s'accumulent et se pressent, cette perfidie prendrait un relief disproportionné^ : Mâyuràja, dans son Udàttaraghava, l'a supprimée ; Bhavabhùti, dans le Vîracarita, représente Bali comme l'allié de Ràvana, et de plus le fait tuer par Rama en état de légitime défense *.
* Il y a toujours deux desseins dans un drame correspondant aux deux divisions du sujet : le principal et le subordonné. Le sujet principal {àdhikdnka) est l'intrigue qui conduit le héros jusqu'à la possession {adhikdra) du fruit souhaité *. Le sujet subordonné [prâsahgika ou ânu$angika) désigne une action secondaire dont la fin particulière n'est qu'un moyen par rapport au but où tend le héros, c'est-à-dire à l'objet [kàrya] qu'il s'est proposé au moment même de l'entreprise et qui l'a déterminé à agir. Cet objet doit rentrer dans les trois catégories : devoir, amour, intérêt, soit isolées, soit en combinaison.