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Nàtakâvatâra, titre d'i dernier chapitre de Bharata

2. Bh. I, 2 sqq. Cité Cat. des mss. de Bikaner. — Cf. Saipgita-dâmodara et Saipgita-ratnâkara*.

Théâtre indien. 20

Ta Sainteté daigne répondre exactement à nos questions ! » Ainsi sollicité par les sages, le muni Bharata commença à leur parler du Nâtyaveda : « Si vous êtes purs, si votre esprit est attentif, écoutez ce résumé du Nâtyaveda composé par Brahma. Après rage d'or (Krtayuga) et la période de Manu Svàyambhuva vint Tàge d'argent (Tretâyuga) et la période de Manu Vaivasvata. L'amour s'établit alors entre les sexes, et le monde tomba sous l'empire de la passion et de la convoitise. La jalousie, la colère, tous les égarements amenaient partout le malheur. En ce temps-là, les Devas, les Dânavas, les Gandharvas, les Rakças, les Yakças, les Mahoragas occupaient le Jambudvîpa (l'Inde et les contrées voisines) où président les gardiens du monde. Alors les dieux, Indra en tête, dirent à l'Ancêtre Suprême : « Nous voudrions un jeu qui amuse les yeux et les oreilles; il faut que ce plaisir fondé sur le Veda du théâtre puisse se communiquer même aux Çûdras. Crée un cinquième Veda destiné à toutes les castes. » — « Soit! » répondit-il, et congédiant le roi des Devas, il pensa aux quatre Vedas et entra en méditation. Celui qui sait toute vérité se dit : « Les préceptes du devoir, de l'intérêt et de l'honneur, détaillés aussi bien que résumés, le miroir de tous les actes, le sens réel de tous les traités, le stimulant de tous les disciples vont se trouver dans ce cinquième Veda, combiné avec les traditions (itihàsas). Ce sera le Veda du théâtre (Nâtyaveda). » Telle fut la volonté du Seigneur, et, pensant aux quatre Vedas, il fit le Veda dramatique. Il tira des quatre Vedas respectivement les quatre éléments essentiels. Au Rg il prit la danse dramatique; au Sâma le chant; au Yajus la mimique; à l'Atharva les passions. Ensuite Brahma demanda à Viçvakarman, l'architecte divin, de lui construire une salle de spectacle, et quand la salle fut achevée, il chargea le muni Bharata d'appliquer en présence des dieux les leçons du Veda dramatique. Çiva, qui assistait à la représentation, se rappela une danse violente qu'il fit exécuter par Tandu, le tàndava, et il l'enseigna â Bharata. La déesse Pârvatî, à son tour, pour témoigner au muni sa satisfaction, lui montra la danse aimable appelée lâsya. Bharata apporta le tândava aux hommes ; quant au lâsya, Pârvatî en personne l'apprit à la

fille de Bàna, U§à, qui le communiqua aux bergères de Dvâravatî, la ville deKrçna, d'où il passa aux femmes du pays de Surâçtra qui le répandirent dans le monde. Telle fut la transmission de cet art. Viçnu concourut également à le former; c'est ce dieu qui créa les quatre manières dramatiques, véritables mères de la représentation théâtrale*.

La fable racontée par le Nâtya-çâstra peut suffire à la pieuse crédulité des Indiens ; la critique européenne ne saurait s'en contenter. Grâce aux témoignages même des auteurs indiens, elle est en état de substituer Thistoire aux inventions mythiques et de rétablir la filiation authentique du Nâtyaçâstra. La première mention de l'ouvrage se rencontre chez Kàlidâsa, dans Màlavikâgnimitra. Les deux maîtres de danse du gynécée vantent chacun la supériorité de leur enseignement, et prennent le roi pour arbitre ; le roi s'en remet au jugement de la religieuse. La religieuse : « Les plaidoyers sont inutiles. Est-ce que la pratique n'est pas l'essentiel du Nâtya-çâstra*? » Weber traduit en termes vagues: « l'art de la danse » ; mais le soin que prend Kàlidâsa de prouver ses connaissances techniques, son obéissance docile aux règles, enfin la valeur précise du mot qu'il emploie, recommandent ou plutôt imposent notre interprétation; le rôle attribué à Bharata dans Vikramorvaçî montre au surplus que le poète regardait le muni comme le législateur de l'art dramatique. Bhavabhùti, à son tour, désigne Bharata comme Tauteur des règles (sùtras) du taiirya-trika, périphrase poétique du mot mUya^. Enfin l'ouvrage de Bharata est commenté en vers par un contemporain de Kàlidâsa, Mâtrgupta. Mais le Nâtya-çâstra connu de Kàlidâsa et de Bhavabhùti était-il identique au nôtre ? Nous avons signalé et mis en lumière par de nombreux exemples Tétat flottant du texte de Bharata. Le commentateur Râghavabhatta cite parallèlement au Nâtya-çâstra un autre traité d'art dramatique intitulé : Âdi-Bharata, le Bharata primitif*. Le cata-

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