Megasth. ap. Arrien, Indic
issus d'une seule famille. Le sentiment principal est Térotique, ou l'héroïque, ou le calme; tous les autres peuvent y entrer à titre auxiliaire. On y emploie toutes les jointures du drame. Le sujet est tiré des légendes historiques (itihâsa) ou d'ailleurs, mais les principaux personnages sont toujours vertueux. Les quatre fins humaines y trouvent leur place ; une d'entre elles couronne l'action. L'ouvrage commence par une bénédiction, une prière, ou une indication de la matière. Il faut à l'occasion y blâmer les méchants et y exalter le bien. Le nombre des chants n'est jamais inférieur à huit; ils sont d'une longueur modérée, écrits en vers du même mètre dans
chaque chant, sauf le vers final La fin dun chant doit
toujours annoncer le chant suivant. Les moments de la journée, le soleil, la lune, la nuit, l'aurore, le crépuscule, les ténèbres, le matin, le midi, la chasse, les montagnes, les saisons, les forêts, l'océan, les plaisirs d amour, la séparation des amants, les ermites, le ciel, une ville, un sacrifice, un combat, une marche, un mariage, la naissance d'un fils, etc., sont les motifs descriptifs à traiter selon l'occasion, avec les incidents et les circonstances accessoires. »
A l'appui de cette définition et pour la compléter, nous allons transcrire la table des matières de deux épopées savantes, issues d'inspirations religieuses difierentes jusqu'à l'hostilité. Tune écrite au Cachemire dans le courant du XII* siècle par Mankha, le Crîkanthacarita ; l'autre composée par un Jaïniste nommé Haricandra à une époque inconnue, le Dharmaçarmàbhyudaya.
Crîkanthacarita, — I. Bénédictions et prières. -^ IL Description des gens de bien et des méchants. — III. Description du pays, de la race, etc. — IV. Description du mont Kailàsa. — V. Description du Seigneur. — VI. Description générale du printemps. — VII. Description du jeu de la balançoire. — VIII. Description de la cueillette des fleurs.
— IX. Description des jeux dans l'eau. — X. Description du crépuscule. — XI. Description de la lune. — XII. Description du lever de la lune. — XIII. Description de la toilette. — XIV. Description des amusements à boire.
— XV. Description des jeux. — XVL Description de
Taurore. — XVII. Description de la réunion avec Parameçvara. — XVIII. Description de la confusion des Ganas. — XIX. Description du soulèvement des Ganas. — XX. Description des apprêts du char. — XXI. Description du départ en campagne des Ganas. — XXII. Description du trouble dans la ville des Daityas. — XXIII. Description de la bataille. — XXIV. Description de l'incendie de Tripura. — XXV. Description de Vauteur et de son cercle.
Dharmaçarmâbhyudaya, — I. Bénédictions. Description des gens de bien et des méchants. Description du pays de Jambudvîpa. Description du Meru. Description de Tlnde. Description de la contrée Âryâvarta. Description de Tétat des Uttarakoçalas. Description de la ville de Ratnapura. — II. Description du roi, de sa race, de son épouse. Le roi voudrait avoir un fils. Arrive un ermite. Description. — III. Le roi va trouver Tascète. Description de forêt, de parc, d'ermite. L'ermite annonce au roi la naissance prochaine d'un fils. — IV. L'existence antérieure de Dharmanâtha. Description du pays de Vatsa, de la ville de Susîmà, du roi Daçaratha.*Daçaratha abdique. Exposé des principes de Càrvaka par un ministre. Description des austérités du roi. — V. Des femmes célestes descendent à la cour du roi Mahâsena ; description. Elles se montrent en songe à la reine ; description du songe. Dharmanâtha descend dans le sein de la reine.
— VI. Description de la reine enceinte. Naissance du prince. Description de la fête donnée à cette occasion par Indra. — VII. Les dieux enlèvent Dharmanâtha aussitôt né et le transportent au mont Sumeru. Description de la montagne. Les dieux s'y établissent. Description de chevaux, d'éléphants, etc.
— VIII. Le sacre de Dharmanâtha. Description de l'océan de lait. Description du sacre. Les dieux rendent ensuite Dharmanâtha à sa mère. — IX. Description de l'enfance, de la jeunesse de Dharmanâtha. Annonce d'un svayainvara. Le prince s'y rend avec une escorte ; description de la marche. Ils rencontrent la Gaiigâ ; description. — X. Description des monts Vindhya. — XI. Description des saisons. — XII. Description de la cueillette des fleurs. — XIII. Les jeux dans les eaux de la Narmadà. — XIV. Description du soir; des-
cription des jeux Ja nuit. — XV. Description de l'aurore. Dharraanàtha entre dans le Vidarbha; description de ce pajs. — XVI. Description du svayamvara; la princesse choisit Dharmanâtha. Il entre en pompe dans la capitale. Description des allures des femmes ; description du mariage, le prince revient chez son père monté sur un char aérien ; description du voyage. — XVIII. Description des fêtes à Ratnapura ; le roi Mahàsena abdique ; il expose les principes de la politique à son fils. Description du sacre 'de Dharmanâtha. Son père adopte la vie ascétique; description. — XIX. Description des batailles livrées par le général de Dharmanâtha. — XX. Description des météores. Dharmanâtha abdique à son tour et va vivre en ermite ; il acquiert la science suprême, et va régner parmi les dieux ; description de la cour céleste. — XXI. Bref exposé de la doctrine jaïna.
Nous avons choisi à dessein comme types de l'épopée savante deux œuvres de second ordre, où les éléments conventionnels du genre se montrent nettement, dégagés des développements originaux qu'un auteur de génie eût pu tirer de son propre fonds ; mais, en réalité, si nous avions examiné les chefs-d'œuvre classiques du mahâkâvya, le Raghuvamça de Kâlidâsa, le Kirâtârjunîya de Bhâravi, son contemporain, le Çiçupâla-vadha de Mâgha, nous y aurions trouvé le même luxe de descriptions parasites et la même pauvreté du sujet. Nous avons observé à satiété la même disproportion entre la fable et les descriptions dans les drames ; la liste des matières à traiter dans l'épopée savante aurait pu passer tout entière et sans le moindre changement dans les préceptes de littérature dramatique. C'est encore les mêmes épisodes descriptifs qui remplissent les autres genres de la haute littérature : le conte (kathâ) et le roman (àkhyâyikâ) ne sont jamais qu'un chapelet de descriptions attaché par des artifices plus ou moins adroits à un sujet quelconque. Le célèbre ouvrage de Subandhu, la Vàsavadattâ, si vantée par Bina qui l'imite*, s'analyse facilement en deux pages, y compris les épisodes et les incidents. « Ce roman s'étend à plaisir sur les saisons et leurs vicissitudes. Les changements de l'année, les luminaires célestes, le jour et la nuit, le lever et le coucher du soleil y
entrent avec une surcharge d*épithètes recherchées et de comparaisons bizarres. Le lieu commun une fois épuisé, Subandhu n'est plus que faible. Les monts Vindhya, la Narmadâ, avec leurs beautés pittoresques, tiennent à coup sûr une place importante dans la narration ; mais Subandhu s'efforce de les dépeindre sans aucun succès. ^ » Les deux cents pages du Harsacarita où Bàna conte les aventures (carita) de son royal patron, Harçavardhana de Canoge, laissent à peine un résidu de dix pages à l'histoire .
La peinture des amants dans les multiples situations classées par la technique est par excellence le lieu commun où se plaisent les poètes dramatiques. Ce thème est encore un héritage recueilli par le drame ; Kâlidasâ nous en indique luimême l'origine. Les compagnes de Çakuntalâ voient chaque jour s'aggraver la fièvre, l'abattement et la tristesse de leur amie ; elle n'a pas osé leur confier le secret de son amour ; élevée dans un ermitage, elle croit, dans sa naïveté, donner le change à ses compagnes, aussi ingénues qu'elle. Pourtant Anusûyà découvre la vérité : « Ma chère Çakuntalâ, tu as gardé dans ton cœur le secret qui le tourmente. Mais j'ai vu comme on dépeint Tétat des personnes amoureuses dans les légendes (itihàsa) et les contes (kathà), et c'est exactement l'état où tu es. * » Le genre galant ou élégiaque débute dans la littérature sanscrite, comme le drame et l'épopée savante, par un chef-d'œuvre de Kàlidàsa, le Megha-dùta. Un Yakça banni et séparé de son amante confie au nuage messager l'expression ardente et mélancolique de ses sentiments. La littérature prâcrite a conservé un monument antérieur du même genre : l'anthologie de Hâla (Hàla-Saptaçataka), en sept cents stances, où les personnages que comporte la technique amoureuse: héros, héroïne, ami, compagne, entremetteuse, etc. , expriment des sentiments erotiques, avec une science des nuances conventionnelles à rendre jaloux les disciples plus modernes de Bharata.
Héritier ou parent de tous les autres genres, le drame a mérité à ce titre d'être choisi par les rhétoriciens comme le