‹ Le théâtre indienChapitre 213 sur 263 · Wilkins, Modem Hinduism, 1887, p · texte numérisé non relu

Wilkins, Modem Hinduism, 1887, p

rôle du vidûçaka est supprimé. L'héroïne est Râdhâ, la bergère bien-aimée deKrçna; elle est assistée de neuf compagnes fidèles : Lalitâ, Viçâkhâ, Citrâ, Campakalatikâ, Raiigadevî, Sudevî, Çîrçà, TuAgavidyâ, Indurekhâ. Deux autres bergères, Vrndâ et Candrâvalî, sont à la fois les amies et les rivales de Râdhâ ; leur beauté séduit un instant le dieu, mais elles ne tentent pas de le retenir et s'estiment assez heureuses d'avoir obtenu ses faveurs passagères. La bossue Kubjâ, épouse légitime de Krçna, est le souffre- douleur et le bouffon de la compagnie ; on la berne, on la dupe, on la raille, on la maltraite ; elle expie cruellement l'honneur immérité de son titre. Les belles-soeurs de Râdhâ, Jatilâ et Kutilâ, tiennent les rôles odieux; elles poursuivent leur parente de reproches, d'insultes et de calomnies. Le dénouement est toujours heureux : quand elle a cherché assez longtemps son bien-aimé, déploré sur tous les modes son infidélité, épié ses traces, couru les bois et les bosquets, confié les chagrins de son cœur à ses amies, Râdhâ retrouve enfin Krçna qui la console de sa longue attente.

La variété de langage prescrite par la poétique du drame sanscrit ne se retrouve pas dans les yâtrâs ; tous les personnages, quel que soit leur sexe, leur dignité, leur emploi, parlent la langue vulgaire. La musique, le chant et la danse n'ont pas moins d'importance que le dialogue ; la jâtra est un opéra-ballet. Les femmes, autrefois admises et admirées sur la scène, n'ont plus le droit d'y paraître; les Hindous se sont laissé entamer par les préjugés des Musulmans; les rôles féminins sont joués par des jeunes gens en travesti. La représentation est ouverte par une bénédiction {nândi ou mangalagîta) chantée en chœur par la troupe avec le poète ou le directeur comme chef. Le directeur {adhikdrin) adresse ensuite une prière au public pour solliciter sa bienveillance : l'antique parade (prastàvanâ) est réduite à un monologue. La représentation est divisée en trois parties, séparées par des intermèdes grotesques.

La mise en scène est d'une simplicité rudimentaire ; le magasin de costumes et d'accessoires tiendrait dans un sac ; il y faut quelques vêtements de berger en calicot imprimé ou même en fine mousseline de Dacca, des barbes, des perruques

et des houlettes. La scène est séparée de la coulisse par un simple rideau qu'on manie avec des cordons de tirage. Si le spectacle se donne chez im riche particulier, on élàve dans le nâta-mandira du palais une scène improvisée ; s'il se donne dans un temple, comme un plaisir offert au dieu, on place Tidole sur une estrade et les acteurs jouent à ses pieds, sans avoir de scène à construire. Les premiers rangs des spectateurs s'asseoient par terre, les autres restent debout. Les représentations durent, en général, presque toute la nuit, depuis onze heures du soir jusqu'à six ou sept heures du matin \

Les rapports officiels continuent à signaler les progrès constants des yâtrâs; le dialogue s'y développe toujours davantage; le chant, la danse, Tacrobatie passent au rang d'auxiliaires secondaires. Les acteurs, sortis en général des basses castes, se travaillent à déclamer pompeusement de grandes phrases bourrées de mots sanscrits*.

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