Report on books published in India
3. Kissory Chand Mitra, The modem Hindu drama, Calcutta Review, 1873.
sédait une fortune énorme, s'intéressa à la tentative et la prit sous son patronage. Il fit construire dans sa villa, à Belgachiya, un vaste théâtre ; Babu Kesar Chandra Ganguli rassembla des acteurs, les forma, surveilla les répétitions ; Kshetramohan Gosain organisa un orchestre ; le Pandit Râmanarâyana écrivit une traduction de Ratnâvalî, qui fut brillamment exécutée, en présence du lieutenant-gouverneur du Bengale, des juges et des magistrats de Calcutta et d'autres fonctionnaires (août 1858). Le Çarmiçthâ-nâtaka succéda à Ratnâvalî en 1859.
La famille des Tagore, qui rattache sa généalogie à Bhatta Nârâyana, Fauteur du Venî-samhâra, concourut puissamment à la résurrection du drame. Raja Jatindra Mohan Tagore donna, dans sa résidence de Pathuriaghatta, une représentation de Mâlavikàgnimitra (1859) ; en 1865 il composa un drame régulier sur les amours de Vidyâ et de Sundara, et il le fit représenter dans son palais. L'histoire de Vidyâ et de Sundara n'est pas moins populaire au Bengale que les aventures de Krçna; elle est également un thème favori des yâtrâs. L'héroïne, Vidyâ, princesse de la maison de Burdvan, impose à ses prétendants un tournoi littéraire et promet sa main au vainqueur. Sundara, prince de Kâncîpura, jure de triompher. Il a recours aux bons oflîces d'une fleuriste, entremetteuse par métier, qui lui procure une entrevue privée avec Vidyâ ; le prince et la princesse font assaut de science et de littérature ; Sundara prouve son éclatante supériorité, et l'épreuve finit par un mariage secret. Chaque nuit Sundara se rend à la chambre de la princesse par un souterrain creusé sous la maison de la fleuriste. Vidyâ devient enceinte, sa mère le reconnaît bientôt à des signes certains et elle en informe le roi, Virasimha. Le roi ouvre une enquête, découvre l'auteur de l'intrigue et le condamne à mort. Mais, au moment de l'exécution, la véritable condition de Sundara se découvre et Vîrasimha lui accorde sa fille en mariage. L'histoire est presque identique au roman de Bilhana, et elle en est probablement imitée ; l'une et l'autre sont peut-être aussi des variations sur un thème commun.
Le nom de Sourindro Mohun Tagore, le chef actuel de cette illustre famille, restera éternellement associé à la Renaissance du théâtre indien par la reconnaissance de ses
compatriotes et la justice de l'histoire. Ses publications savantes, généreusement distribuées, lui ont valu avec les plus éminentes distinctions une notoriété universelle. Nous avons invoqué plus d'une fois, au cours de notre travail, son témoignage comme une autorité. Versé comme les maîtres du passé dans la science si compliquée du Samgîta, il Ta vulgarisée dans son pays et Ta rendue accessible aux Occidentaux. Son œuvre est trop considérable et trop variée pour être appréciée ici en détail. Nous nous contenterons de rappeler les services qu'il a rendus à Tart dramatique par sa traduction anglaise du Venî-samhâra, sa traduction bengalie de Mâlavikâgnimitra, sa compilation bengalie du Daça-Rûpa et du Sâhitya-darpana : le Bhâratîya-nâtya-rahasya (avec une brève analyse de drames assez nombreux en Appendice), ses Huit Principaux Rasas des Hindous, étude théorique de la Poétique du sentiment avec Tapplication pratique de la musique ancienne, telle qu'elle est enseignée dans les traités techniques, à la déclamation des drames classiques. Créateur d'une école de musique qu'il entretient à ses frais, il prépare pour l'avenir une génération d'artistes qui rendront peut-être une gloire nouvelle à l'art longtemps perdu de Bharata.
Les rénovateurs du drame indien, malgré leur goût classique, n'ont pas essayé de produire sur la scène les chefsd'œuvre de Kâlidâsa ou de Bhavabhûti dans leur langue originale. Le spectacle eût trouvé trop peu d'amateurs en état de l'apprécier. Les représentations sanscrites ne sont qu'un divertissement d'érudits, comme les tragédies grecques ou les comédies latines dans nos collèges ; c'est ainsi qu'en 1869 les élèves du Government Collège à Calcutta ont représenté le Venî-samhâra en sanscrit \