L INFLUENCE EUROPEENNE
Les spectacles européens, importés par les représentations des troupes anglaises dans les grandes villes, ont déjà commencé à se répandre dans l'Inde. Les drames classiques
1. TâranâthaTarkavâcaspatl, Introd. à son édition de Mâlamkà^ p. 2.
et les derniers grands succès de TOccident passent, soit par traduction, soit par adaptation, au répertoire des compagnies locales. Les acteurs engagés à Baroda pour les fêtes du Guikowar, en janvier 1880, jouaient alternativement Çakuntalâ et Tara ; Tara couvrait, sous son costume mârathî, le Cymbeline de Shakespeare. M. Harold Littledale, qui assistait à ces représentations, en a donné un curieux tableau*. Le théâtre élevé pour la circonstance consistait en perches de bambou et en toile. La scène, ensablement badigeonné, formait un ovale de 3 pieds de haut, 20 de large, et 40 de profondeur. Elle était coupée par un rideau de fond sur lequel un peintre avait brossé le combat d'un éléphant et d'un tigre, et décorée d un proscenium en toile où se voyaient des portraits de héros et de dieux en étrange attirail. Trois montants soutenaient de chaque côté de la scène une rangée de lampes ; on avait converti à cet usage un arbre réel et en pleine croissance. La salle était disposée en amphithéâtre: le public était assis en rangées semi-circulaires ; les deux premiers rangs avaient des chaises et des fauteuils ; le troisième des bancs ; le reste était assis par terre. La troupe avait à son répertoire Çakuntalâ et plusieurs adaptations de Shakespeare. La représentation de Tara dura cinq heures trois quarts, de 9 heures 10 du soir à 2 heures 55. A 9 heures le sûtradhâra entre en scène avec deux chanteurs et deux instrumentistes, une cithare et un tam-tam ; ils attaquent Touverture et chantent une prière à Nàrâyana. Le sûtradhâra dirigeait le chœur; M. Littledale compare les chants à des piaillements d'enfants soutenus par une cornemuse et un chaudron. Un instant de silence ; puis le bouffon arrive en se dandinant et contrefait le chœur. Le directeur lui adresse des réprimandes, il y répond par des moqueries grossières. On reprend l'hymne, le rideau s'écarte, et Ganeça avec sa tôte d'éléphant paraît. Il conseille au directeur de célébrer Sarasvatî. Sarasvatî danse un pas rapide. Le chœur reprend Thymne et la pièce commence.
Les acteurs, pendant tout le spectacle, chiquaient du bétel. Leur jeu consistait plus en déclamation qu'en action ; dans