THEATRE DE I. ODEON
d'Elbe. A l'annonce de la marche de l'Empereur sur Paris. ■< au pas de charge ». selon les termes d'une proclamation resiée célèbre, la Maison du Roi a, comme on pense, d'autres sujets d'examen que la question des Italiens. Pour Mme Gatalani, ses partisans, ses adversaires, il ne demeure plus beaucoup d'altention disponible.
m i.i: ru i:\tii E- italien DE isui a 1943
En revanche, dès le 20 mars. Napoléon élait réinstallé aux Tuileries, et de nouveau, par toute la France, fonctionnait régulièrement le gouvernement impérial ? Les affaires de théâtre, nonobstant les graves préoccupations du jour, n'étaient pas négligées. On n'ignore pas que l'Empereur mettait à ces soins une certaine coquetterie. Des artistes de 1 Opéra-Comique jugèrent le moment favorable pour réitérer la protestation dont ils s'élaient momentanément désistés. Gavaudan. Martin. Moreau. etc., adressèrent au Grand Maréchal le comte Bertrand une pétition dirigée contre le privilège Calalani « arbitrairement confirmé ».
De son côté, Gobert, au nom de l'administration de l'Odéon, déclare au Mirinlendant du Théâtre, M. de Montesquiou, que cette administration est toujours prête à engager M'"' Catalani : c'était, semble-t-il. affecter de croire que le privilège accordé à cette artiste se trouvait, de piano, annulé, Mais dans une lettre datée du 1" avril, Mmc Catalani parle de sa « si cruelle perplexité » qu'elle voudrait voir cesser et réclame une de ces deux solutions: le privilège ou une indemnilé.
Le Kl avril. M. de Montesquiou fit enfin connaître sa réponse qui était assez sommairement négative. La directrice sans direction ne se tint pas encore pour battue. Son homme d'affaires, d'Ogeron, adressa par son ordre au surintendant un long exposé écrit des faits.
Parallèlement se développait tout un jeu d'intrigues. C'esl à cela que paraît se rattacher la démarche des entrepreneurs de l'Opéra-Italien — celui de l'Odéon — demandant l'autorisation de fermer leur théâtre le 1" juin, parce qu'ils se trouvent, disent-ils. « dans l'impossibilité de remplir leurs engagements envers les artistes attachés à leur spectacle» (18 mai).
A cela le surintendant répond six jours après. Sa missive est curieuse. Elle indique, conformément à ce que nous disions tout à l'heure, quelle attention .Napoléon mettait, et surtout peut-être voulait passer pour mettre, aux affaires de cet ordre, ainsi, du reste, qu'aux moindres détails de tout genre, comme si le sol n'eût pas tremblé sous ses pas, et comme s il eût légiféré au milieu du règne le moins agité, le plus pacifique et le plus durable. « L'Empereur, est-il dit en substance dans le document que nous citons, ne veut pas que le Théâtre-Italien soit fermé. » On devine quel était, au moins accessoirement, le motif de l'Empereur ; il n'entendait
pas que de semblables elùlures pussent donnera Paris, dans la crise qu'on traversait alors, un aspect attristé ou seulement anormal. Il était allé, à cette fin, jusqu'à permettre de « faire le nécessaire pour payer les artistes ».
Ainsi fut réglée la demande en autorisation de fermeture présentée par la direction de l'Odéon. Quant à M"1C Catalani, elle prit, vers le milieu de la période des Cent-Jours, le parti de s'expatrier. Pour quelles raisons ? On est réduit aux hypothèses.
D'après un document que nous avons sous les yeux en écrivant, il y aurait eu contre elle une « menace ». S'agit-il d'une machination quelconque de concurrents exaspérés? Doit-on entendre par là qu'elle put être en hutte à une certaine hostilité de la part de l'Administration impériale, parfois assez expédilive et même brutale dans ses procédés à l'égard de ceux qui lui déplaisent? Or. Mme Catalani ne pouvait être bien vue d'un monarque assez tenace dans ses rancunes, et qui n'avait sûrement pas oublié qu'en 1806 elle avait repoussé ses propositions, cependant acceptables : 100.000 francs par au avec deux mois de congé. Et non contente de repousser de telles offres M" Catalani, osant braver une volonté devant laquelle alors tout dans la plus grande partie de l'Europe s'inclinait, s'était embarquée furtivement à Morlaix, à destination de l'Angleterre — l'année du blocus continental!
En 1815, l'exil plus ou moins volontaire de Mme Catalani ne l'empêchait pas de surveiller ses intérêts et de suivre sa pensée. Dès le retour de Louis XVIII à Paris (juillet) nous voyons d'Ogeron écrire au comte de Prarlel pour annoncer que sa cliente, à la tin du mois — on le voit, elle ne perdait pas de temps — sera à Paris en vue de prendre possession de son privilège dont elle a été indûment et momentanément frustrée.
Peu après, en effet, elle opère sa rentrée, mais elle n'atteint pas encore le but si longtemps et si obstinément poursuivi. Pour des raisons diverses l'affaire continue à traîner. C'est ici que nous allons retrouver Picard investi, parait-il, d'une sorte de rôle officieux et diplomatique qu'il avait d'ailleurs sollicité, car c'est sur ses instances que le ministre prie M"'e Catalani de recevoir « M. le directeur de l'Académie de Musique » qui viendra lui faire connaître les propositions faites par les artistes du Théâtre-Italien de l'Odéon. Le ministre exprime le souhait, équivalant, dans la circonstance, à un ordre
ISG1 LIQUE CATALAN!
déguisé, qu'elle conclue avec ces artistes, leurs propositions étant de nature ,i lever tous les obstacles.
EnOn, après tant de déceptions et de mécomptes. M"" Catalani touche au port. Par une lettre du 31 août, elle demande, et cette fois avec des chances d'être écoutée, la permission de jouir de son privilège à partir du 1er octobre. L'Administration, par la plume du comte de Pradel, répond favorablement, non sans imposer cependant des clauses additionnelles au traité ancien. Mais cette épreuve est la dernière: Fe -2 octobre M'"" Catalani ouvre le nouvel Opéra-Italien à la salie Favart, où elle avait déjà, dans le courant des mois d'août et de septembre, donné neuf concerts.
Comme directrice M"" Catalani se montra moins heureuse que comme cantatrice. Elle avait à ce moment trente-six ans; c'était en 1 804, à Lisbonne, qu'elle avait épouse Paul Valabrègue, jadis brillant officier au 8e hussards, transformé par la force des choses en une sorte de déclassé.
C'est peut-être en partie sous cette influence plus fâcheuse que, dès le début de sa direction, M"" Catalani Gt preuve d'un âpre et maladroit esprit d'intérêt. Par exemple, elle réduisit, par une économie singulièrement mal entendue, les chœurs et l'orchestre, ce que lui reprocha aigrement la presse, d'avance mal disposée à -on égard, et qui déjà, lorsqu'elle avait tenté de déposséder les Italiens de l'Odéon, l'avait violemment prise à partie. Ainsi combattue, elle ne céda pas et parut dédaigner les critiques. Elle n'y gagna rien, car, lorsqu'elle n'était pas attaquée, on organisait contre elle une sorte de conspiration du silence. Fréquemment même, nous l'avons déjà dit. on n'annonçiit pas ses spectacles. Le public, prêt à rendre justice à ses hautes qualités d'interprète lyrique, mais indisposé par des mesquineries de mise en scène, se fit de plus en plus rare. Le déclin s'accélérait, la chute riait imminente. M" Catalani tenta vainement de reconquérir les sympathies en donnant, dans la grande salle des Menus- Plaisirs, un concert de charité ! Trois mois plus tard, quand elle eut achevé d'être à peu près ruinée par l'impérilie de son exploitation, c'est à son propre bénéfice que dut être organisé, à l'Opéra, un autre concert.
Le 30 avril 1818, Favart ferma ses portes sur une représentation de la Principessa in campagna, de Puccita. Le Gouvernement mit à l'étude la question des Italiens. 11 fut officiellement décidé que le théâtre deviendrait une
Médaillon en marbre, commandé par S. E. le ministre des Beaux-Arts au statuaire H. Chevalier.
(Salon de I86S.)
16 LE THE \Tl;i:- ITALIEN DE 1801 A 1913
annexe de l'Académie de Musique. Les aeux troupes seraient régies par la même administration, c'est-à-dire que la Direction de l'Opéra sérail, par extension, celle des Italiens Relativement aux complications de celte période, une confusion s'est produite dans les idées de certains historiographes des théâtres. A l'époque en question Persuis dirigeait l'Opéra. En vertu des dispositions adoptées, c'est bien lui qui se trouva chargé de reconstituer la troupe italienne désorganisée par M*" Gatalani, et si Paër fut. dans cette administration double, directeur de la musique italienne, ce fut sous le contrôle de la direction de l'Opéra.
On passa onze mois à signer des engagements, à préparer une troupe homogène, à rassembler des artistes comme Garcia, dont les exigences étaient énormes, Barilii, Bordogni, Graziani, Pellegrini, .M"" Mainvielle- Fodor, etc.
Revenus à la salle Louvois, les Italiens ne commencèrent leur ère nouvelle de représentations que le 20 mars 1819. avec i Fuoiitsciti di Firense, de Paër.
Durant l'exercice inauguré de cette manière et que devait signaler l'inscription au répertoire de deux œuvres de Rossini, Vlnganno et le Barbier succédant à son Italienne à Alger représentée en 1SI7. le théâtre ne prospéra guère puisque les comptes se soldèrent par une perte de 28.999 fr. 14 c. Pour expliquer ce déficit on invoqua, il est vrai, des dettes anciennes, notamment les dépenses faites pour les réparations de 1810 et de 1817, dépenses qui auraient dû, pretendait-on, être réglées >ur la cassette du roi. Au moment même où ces raisons ou prétextes étaient allégués sans grand xieeev. IVrsuis vint à mourir (22 décembre 1819). Il avait pris la direction de POpéra au commencement de 1816. Son remplaçant devait être Viotli, le célèbre violoniste du concert spirituel, compositeur d'œuvres encore utilisées pour l'étude de la technique et du style. Que d'autres emplois n'avait-il pas tenus, comme associé de Léonard dans l'exploitation de Fevdeau, comme direrleur. antérieurement à la Révolution, de l'Opéra-Bouffe, et, depuis, comme négociant en vins établi à Londres! Il prit en mains les destinées de l'Opéra, et, du même coup, celles des Italiens, où Paër gardait les fonctions que nous avorrs déterminées. Alors âgé de soixante-sept ans. durement éprouvé par la perte de sa fortune, Viotli n'était guère l'homme de la situa-
tion. De plu.", à peu de temps de là, le 13 février 1820, le duc de Berry avant été assassiné par Louvel, le roi décida que la salle de la rue de Richelieu serait démolie. L'Opéra dut se transporter à Favart ; sa fortune chancelante se ressentit de cette émigration. De leur côté les Italiens, en dépit de l'immense prestige dont jouissait alors la renommée de Rossini et de ses œuvres, n'obtinrent que de médiocres résultats pécuniaires. L'exercice de 18-20 accusa un passif de 34.133 fr. 56 c, dont 21.015 francs étaient dus pour décorations et costumes à l'Académie de Musique, résultat assez surprenant si l'on songe qu'aux recettes journalières s'était joint l'apport (qui paraîtrait d'ailleurs insignifiant aujourd'hui) de 75.365 francs de location de loges.
Ces loges avaient pour titulaires la plupart des personnalités les plus en vue du monde aristocratique. Sur la liste des abonnés il faudrait faire figurer la princesse de Vaudremont, la princesse Galitzine, le duc d'Orléans, Pozzo di Borgo, le duc d'Albuféra, la comtesse Potowska, la baronne Didelot, la comtesse d'Osmond, la duchesse de Combarch, la marquise de Lagrange, la comtesse Duchàtel, lord Courlande, lord Milton, et, au surplus, pour compléter la série britannique, toute la haute colonie anglaise, les Church, les Gould, les Stuart, les Robertson. Nous trouvons aussi sur le registre un nom d'une autre catégorie, mais fameux aussi, celui d'Ellevimi.
La direction Viotti n'était pas destinée à durer longtemps. Nous ajouterons peu de chose à ce que nous venons d'en dire, et en nous bornant, comme il est naturel, à ce qui concerne les Italiens. On voit par des fragments de sa correspondance qu'italien lui-môme le directeur eut parfois bien du mal à faire marcher en droite ligne ceux de ses subordonnés qui étaient ses compatriotes. Par exemple, une lettre du 12 avril adressée à Paër déclare que les relâches, attribuées sans doute à de vagues prétextes d'indispositions peu vraisemblables et point vérifiées, sont trop fréquentes aux Italiens, et que lui, Viotti, sévira contre les artistes qu'évidemment il soupçonne de manquer de conscience. Le (.i août, pour prendre un spécimen de genre quelque peu différent quoique analogue, il s'exprime vertement sur le cas de Mme X.... qui a rendu son rôle de Dona Anna, prétendant que c'était celui de Zerline qu'on lui avait promis. « Je suis las, écrit-il en manière de conclusion (et quel directeur d'aujourd'hui tiendrait un langage aussi énergique?), je suis las, obsédé, dégoûté, des tracasseries que j'éprouve
de la part de ces dames; ma patience est à bout, et puisqu'on a voulu me forcer à la sévérité, je la déploierai tout entière. »
Nous ne nous arrêterons pas à l'analyse des circonstances dans lesquelles le privilège fut retiré à Violti. Disons seulement que le 1er novembre 1821 il laissa la place à François Habeneek. Signalons en passant, puisque la proximité chronologique nous y invite, la mort de M"" Montan>ier (13 juillet 1820), ainsi qu'un aulre décès, cligne de figurer dans les Morts bizarres de M. Richepin, celui d'un chanteur dont la disparition fut une perte pour les Italiens : le 4 décembre 1820, dans un dîner offert par Garcia, Naldi, le père d'une cantatrice de talent, pensionnaire comme lui du Théâtre-Italien, ayant imprudemment fermé l'évent d'une marmite autoclave, eut le crâne luise.
C'est dans la salle de la rue Le Pelelier, qui présentait, entre autres qualités et avantages, le grand perfectionnement de l'éclairage au gaz, et qu'avait inaugurée Viotti le 11) août de la même année, que s'ouvrait l'ère nouvelle de la direction Habeneek. Il dut tout d'abord procéder à une minutieuse revision des comptes, et, de concert avec la Commission des Beaux- Arts, établir un bilan, tant pour l'Opéra que pour les Italiens. Comme plus haut, nous ne nous occupons que de ces derniers, pour lesquels le passif s'élevait à 40.948 IV. 79 c.
Nous sommes en 1822. Tout le monde sait à quoi, dans l'histoire intellectuelle, correspond ce moment. C'est l'aube du romantisme. Déjà la bataille est engagée. Le public évolue; les idées subissent une modification profonde; des noms nouveaux se répètent de bouche en bouche. Dans celte espèce de fermentation de tous les arts, quelle est la situation de la musique? Elle est dominée, et de très haut, par une figure, celle de Rossini, qui apparaît comme le maître incontesté des scènes lyriques. Son succès ne se dément pas; il ne fait que s'accroître; vires acquirit eundo. De celte vogue qui entraîne tout, nous rencontrons un témoignage dans ce fait, assez rare alors comme aujourd'hui, qu'aux Italiens, à la reprise de la Gazza ladra, l'on refusa du monde.
Violti axait eu Courlin pour chef de matériel. Ces fonctions, sous la direction d'tlabeneck, furent dévolues à Du Rais. C'est par ce dernier que, dès le début de sa direction, Habeneek fit établir, à l'usage de l'Administration supérieure, un rapport sur les dépenses et recettes présumées du Théâtre-
LE THEATRE-ITALIEN DE l<ul A 1913
Italien pour 1822. Ce rapport est un peu long, mais , indépendamment de l'intérêt du contenu, l'on doit reconnaître que le contenant, c'est-à-dire la forme même, le style du morceau, sont caractéristiques et dignes d'attention. A notre époque où l'on aime tout ce qui est documentaire, un tel document mérite d'être, au moins en grande partie, placé sous les yeux du lecteur. On trouve au début quelques considérations générales, dont on appréciera la saveur. Au second paragraphe, le rédacteur fait allusion à une « volonté supérieure »
qui, dans sa pensée, est évidemment celle de Napoléon. II aborde ensuite, d'une façon plus précise, ce qui se rapporte au fonctionnement du Théâtre-Italien :
Le Théâtre-Italien, naturalisé en France depuis un assez grand nombre d'années, a subi tant de variations, dans un principales des mouvements qi i