COSTUME DE W" NALD1 DANS « DON JUAN
lap; de temps assez limité, qu'on a dû rec'iercher les causes ont fait successivement tenter cette entreprise, l'abandonner
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et la reprendre, avec plus ou moins de succès. Le goût du public, l'exemple de quelques États voisins, et une volonté supérieure ont sans contredit amené cette innovation.
Des intérêts particuliers, des prétentions déplacées, et une gestion souvent mal combinée, ont porté plus d'une atteinte à l'établissement, onéreux d'ailleurs en lui-même, et hors d'état de se soutenir avec ses propres ressources.
Sans vouloir approfondir ici plusieurs des particularités que je viens de relever; sans vouloir remonter à l'analyse de traditions qui sont déjà loin de nous, ce qui m'éloignerait de mon sujet, je me bornerai à vous soumettre quelques améliorations dans l'administration du Théâtre-Italien, quelques économies dans la rétribution du personnel et la répression d'abus palpables dans la gestion du matériel.
Veuillez à ce sujet, Messieurs, ne pas oublier que, malgré la différence qui existe sous beaucoup de rapports entre l'Académie Royale de Musique et le Théâtre-Italien, divers éléments les rapprochent entre eux. Le maintien de leur existence a la même source, la munificence royale. C'est d'ailleurs l'administration de l'Opéra qui est chargée de la gestion du Théâtre-Italien, et si l'on excepte les principaux artistes, et quelques autres essentiellement attachés à ce dernier théâtre, c'est le premier qui règle les intérêts de l'autre. Enfin, il est pourvu à tout par des moyens tirés de l'Académie Royale de Musique.
Je n'entends point ici énoncer une vaine nomenclature, mais rappeler ces considérations pour les appliquer au Théâtre-Italien, dans toute l'extension dont elles sont susceptibles.
« L'administration du Théâtre- Italien, ajoute Du Hais, est réputée composée de quatorze personnes, y compris MM. Habeneck, directeur, Du Rais, chef du matériel, Grandsire, secrétaire, et Bonnemère, caissier. » Ici nous touchons à ce qui, sans aucun doute, dans les intentions du rédacteur et de celui qui l'avait inspiré, était un des points culminants de ce rapport. Sous une forme assez discrète, très habilement calculée, Du Rais fait observer que les deux premiers administrateurs de l'Opéra (dans l'espèce Habeneck et lui) ne reçoivent aucune addition de traitement pour le supplément de besogne qu'exige de leur part le Théâtre-Italien. « Cependant, remarque-t-il douloureusement, MM Courtin et Yiotti ont été payés pour le même travail, d'abord par des remises plus ou moins forles sur les recettes, et ensuite par une augmentation d'appointements qui a remplacé ces remises. »
C'est là, on le voit, un plaidoyer pro domo. .Nous ne saurions en omettre la conclusion apologétique, dont quelques expressions portent, d'une façon assez plaisante, le cachet du temps : « Un scrupule mal entendu m'eût fait passer sous silence cette sorte de singularité qui fait rétribuer une portion de travail et laisse l'autre sans récompense. La Raison, la Justice m'ont fait
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penser, non pas que rien ne devait être payé, mais que tout devait l'être. Il appartient surtout à des gens intègres de s'exprimer ainsi, parce qu'ils n'envisagent aucun émolument au delà de leur traitement. » Notons que Du Rais écrit avec majuscules le nom de la Justice et celui delà Raison ; il n'y avait pas encoresi longtemps, d'ailleurs, que cette dernière avait élé déesse. Il semble, d'autre part, que dans sa phrase finale d' « intègre », Du Rais vise certains administrateurs moins consciencieux qui pourraient être tentés « d'envisager des émoluments » non réglementaires, c'est-à-dire de se rétribuer de leurs propres mains, grâce à des moyens d'une orthodoxie médiocre.
TERESA STR1NASACCHI ISABELLA COLBRAN ENR1CHKTTA MERIC LALANDE
La dernière partie du rapport n'est pas moins intéressante. Elle effleure en [tassant la question des énormes exigences des artistes ; elle insinue que les théâtres italiens des autres capitales coûtent beaucoup plus cher que celui de Paris aux cassettes impériales ou royales qui les subventionnent, et aborde entin le grand point, celui d'une augmentation « graduellement progressive » du prix des places.
L'entretien du Théâtre-Italien est devenu tellement onéreux pour l'administration, déjà grevée de beaucoup d'autres charges de même nature, qu'il a paru convenable d'en alléger le fardeau, relativement au spectacle en question.
Rien de plus juste que de sentir le mérite de plusieurs artistes distingués de ce théâtre et de mettre un prix à leur talent, mais ce qu'il y a de certain, c'est que le traitement des principaux d'entre eux est énorme. Vous ne l'ignorez pas, Messieurs, puisque les principaux artistes coulent annuellement 160.200 francs et que Mme Fodor, qui semble avoir fait accuser d'ingratitude ou d'aveuglement l'administration de l'Opéra, a rei;u d'elle, pendant 1S-2I, pour ses honoraires, représentation à bénéfice et feux, la modique somme de 55.400 francs.
Au reste l'administration s'est appliquée à concilier les vues de l'autorité et l'intérêt de l'établissement avec les plans d'économie qui la guident sans cesse.
Si, malgré ses efforts pour atteindre son but. on voulait l'accuser d'irréflexion ou de
prodigalité, il faudrait jeter un coup d'œil sur ce qui se passe à ce sujet en Iialie, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Vienne et à Londres. La dépense de ces sortes d'établissements y est bien plus considérable qu'à Paris.
11 faut aussi considérer que dans ces divers pays où il existe, ainsi qu'à Paris, d'autres tbéàtres réservés pour le peuple, et plusieurs destinés aux personnes instruites, le Théâtre- Italien, peu à portée de beaucoup de monde, est réputé, sinon exclusivement le théâtre de la bonne compagnie, du moins le spectacle des personnes aisées. Il est donc convenable, quand l'administration est astreinte à supporter d'aussi pénibles charges que celles résultant de l'entretien du Théâtre-Italien, je ne dirai pas de rançonner les amateurs, mais d'imposer leurs plaisirs. On n'a pas fait difficulté d'en user ainsi, à des théâtres où le goût et la raison sont blessés. Quel scrupule pourrait donc arrêter, quand il s'agit de recourir à des moyens qui, sans nuire aux habitués, ne tendent, au fond, qu'à la conservation d'un spectacle fait pour flatter plus d'un sens ?
Je crois donc avoir assez motivé l'augmentation que je propose d'apporter au prix des places du Théâtre-Italien. Cette augmentation, graduellement progressive, frapperait particulièrement sur les loges, les balcons, la première galerie et l'orchestre. En résultat, le tarif n'élèverait que d'un sixième le taux actuellement établi. Les bases seraient à peu près les mêmes que celles d'un semblable travail soumis à son Excellence, en suite de la délibération du Comité du 19 novembre dernier. Cet accroissement de prix, peu sensible pour les individus, aurait une influence avantageuse sur les recettes et diminuerait d'autant la quotité de la subvention.
C'est fort bien dit, mais, en haut lieu, on ne prête qu'une oreille distraite aux récriminations comme aux suggestions du directeur de l'Opéra et des Italiens. L'attention est absorbée par des objets plus sérieux. Bref, en 1823, loin d'avoir à remercier les gens au pouvoir, d'égards particuliers et de marques d'encouragement, Habeneck doit se plaindre de ce qu'on prétend réduire la subvention de 77.000 francs, c'est-à-dire de ne lui donner que 93.000 francs au lieu des 170.000 prévus. D'autre part, il voit fondre sur lui les difficultés et les ennuis. Garcia veut prendre un congé à l'heure même où son succès, conjointement avec celui de M"'e Pasta, assure de belles recettes. Autre désagrément, plus grave, suscité encore par Garcia qui vient de créer le Cercle Musical de la rue Richelieu, cercle où il y a des auditions de nature à faire tort aux autres entreprises lyriques. Entre le directeur et l'interprèle la situation se tend de jour en jour. Une crise est imminente. Enfin la bombe éclate, ni plus ni moins que la marmite autoclave du sieur Naldi. Garcia accuse Habeneck de l'avoir berné, se fAche tout rouge, et monte sur ses grands chevaux... pour quitter décidément Paris. Cela se passe en mars 1823.
JUDITH PASTA (RÔLE DE IIOMÉOj
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En novembre de la même année, nous avons un épisode intéressant à signaler. Le 21, une grande fêle est donnée en l'honneur de Rossini : un banquet chez le restaurateur Martin réunit cent soixante convives, la plupart connu?, quelques-uns célèbres, présidés par le vénérable auteur des /lardes, l'illustre Lesueur; le temps n'était plus où les maîtres français lenlaient de résistera l'ascendant prodigieux, à la vogue étourdissante de celui que Berton nommait dédaigneusement Monsieur Crescendo.
Si nous avons fait mention de cette fête, c'est parce qu'elle est un indice du succès alors croissant, à Paris, dans les milieux brillants, de la musique italienne, et, par voie de conséquence, du théâtre voué à son interprétation. Cette, scène était à la mode; cela faisait l'éloge du directeur, à qui jusque-là l'on n'avait eu à adresser aucun reproche sérieux. Aussi n'y eut-il rien de plus inattendu que son remplacement, résolu tout à coup sans motifs explicites, par le vicomte de La Rochefoucauld, administrateur demeuré légendaire par certaines de ses décisions. Celle-ci lui était inspirée par le désir de donner la place d'Habeneck à un certain M. Duplantys que sa situation récente à la tète d'un dépôt de mendicité avait médiocrement préparé à ses fonctions nouvelles. A titre sans doute de fiche de consolation, Habeneck était nommé chef d'orchestre de l'Opéra en remplacement de Kreutzer qui avait dû faire valoir ses droits à la retraite.
Nous indiquions un peu plus haut que le coup qui avait éloigné Habeneck de son poste élevé avait été imprévu et sans cause bien apparente. La cause occulte était vraisemblablement la longue série d'objections et de réclamations dont se montraient prodigues le directeur et son fidèle Du Rais. Était-il. de leur part, habile de rédiger, par exemple, des « Notes administratives » dans le genre de celle-ci ?
La destruction des abus dans un théâtre royal, administré pour le compte du gouvernement, est presque impossible; les directeurs, administrateurs ou employas craignant de perdre leurs places qui dépendent de la volonté d'un dignitaire dont on peut égarer facilement la religion, évitent de se faire des ennemis. Ainsi donc le directeur n'osera pas demander la suppression de fonctions qu'il saura nuire à ses projets d'économie, dans la crainte d'être en butte à de dangereuses inimitiés.
Dans ces observations, présentées peut-être avec trop d'insistance, il y
avait évidemment du vrai. L'année précédente, malgré les 179.000 francs de la subvention royale, le déficit des deux théâtres, enregistré par le commissaire officiel, M. Hulteau d'Orgny dont nous avons le rapport, s'était élevé à 309.486 fr. 70 c, et dans ce compte les Italiens s'inscrivirent pour une assez grosse somme.
Enfin, presque à la limite de sa direction, Habeneck adressait aux bureaux un long rapport ayant trait sans doute à l'Opéra, mais tout autant aux Italiens d'où venaient souvent les difficultés et les embarras, et où l'on ne trouvait aucune aide administrative sérieuse de la part de Paër, peu soucieux des questions matérielles, et absorbé par un dilettantisme d'ordre peu pratique. Ce rapport est très développé, mais nous croyons qu'on le lira d'un bout à l'autre avec intérêt. 11 abonde en observations justes et piquantes. C'est en quelque sorte la philosophie de l'histoire de toutes les directions. Beaucoup de remarques émises conservent aujourd'hui tout leur prix :
Les administrations théâtrales, écrivait Habeneck, comme toute entreprise dont les rouages sont nombreux, dont les détails d'exécution sont variés à l'infini, ont besoin destabilité, d'une certitude d'existence qui permette d'établir un ordre de choses durable, une amélioration sensible.
Depuis longtemps on se plaint et avec raison que l'Académie lioyale de Musique ne marche pas au but désiré sous le rapport de l'art comme sous celui de l'économie.
La première, la seule cause mère de cette stagnation dans la marche de ce- vaste établissement, c'est la mutation successive des administrateurs appelés à le gouverner.
En dix années seulement, depuis iSl i. on compte cinq administrations.
MM. Picard, Choron, Persuis, Viotti et Habeneck ont, dans cet espace de temps, dirigé le théâtre.
Le terme moyen de l'existence de ces administrations est donc de deux années.
Lorsque la bienveillance d'un ministre appelle à des fonctions d'administrateurs de théâtre des hommes honorés de sa confiance et qui sont dignes d'elle par leurs connaissances, leur aptitude et leur zèle, le bien est-il fait? Non, il naît, il commence. Son accroissement est-il certain ? Non, tout peut l'arrêter et le détruire dès sa naissance. Je m'explique.
Aussitôt qu'une administration nouvelle est investie de pouvoirs honorables, les administrés, en général très inconstants, accueillent, fêtent, célèbrent les nouveaux membres qui la composent. Il y a d'abord ardeur de travail, soumission, respect même ; mais il ne faut pas s'y tromper. Ce premier feu de zèle est moins du à la confiance qu'inspirent les nouveaux directeurs qu'à la haine qui, habituellement, poursuit le pouvoir déchu. La chute des anciens administrateurs est un tel triomphe pour les administrés, qu'ils sont d'abord prêts à plier sous un nou\eau joug, fùt-il même plus fatigant, plus despotique.
Je puis, par expérience, donner une preuve de ce que j'avance ici.
Pendant la première année, les artistes ou employés sont aux aguets. Espérant tout de la bonté ou plutôt de la faiblesse de leur nouveau chef, ils obéissent, paraissent satisfaits, et semblent regarder la nouvelle administration comme leur libératrice.
Jusque-là, tout va bien. Pour se faire accueillir des administrés, il est juste de convenir que pendant cette première année l'administration observe sans se plaindre, commande sans trop de rigueur, enfin gouverne paternellement, ce qui veut dire au théâtre, conserver, respecter les abus.
La seconde année, le résultat des observations faites pendant la première amène déjà quelques légers changements, quelques réformes. Les administrés qui commencent à s'apercevoir que la direction n'a pas fermé les yeux comme ils le croyaient murmurent tout bas, témoignent des craintes, essayent quelques calomnies, et n'ont plus qu'une soumission de mauvaise grâce ou forcée. Les indispositions renaissent, les plaintes de trop de fatigue se font entendre. Enfin la position (sic) calme du devoir commence à cesser, et l'administration paraît exigeante et injuste.
Ces deux époques passées, la troisième année arrive, et c'est alors que la révolution devient générale.
Il n'est pas douteux qu'une administration attentive, prévoyante, éclairée, a du remarquer, dans tous leurs détails, les vices, les abus de chaque partie. Il est de son devoir de porter enfin un coup décisif, et de ne plus respecter, puisque la raison, l'économie commandent, ni une ancienneté qui s'est passée dans le désordre, ni des services qui ont été payés par des avantages illicites. Des chefs dangereux sont donc éloignés; des employés peu sûrs sont renvoyés, et de nouveaux devoirs sont tracés à ceux qui restent ou à ceux qui remplacent. Le nouveau système, comme il est facile de le concevoir, est critiqué, ridiculisé, calomnié; le trouble du moment, trouble qui résulte d'une nouvelle répartition de droits à de nouveaux employés est appelé anarchie. L'administration est déclarée tout haut inhabile, incapable, et l'on ne pense plus qu'à son remplacement.
Comment arriver à ce but désiré? Par des calomnies, par des lettres anonymes, par des articles de journaux... On crie beaucoup et très fort. Les clameurs finissent par arriver jusqu'à l'oreille qui les repoussait, et le chef suprême, ■ assailli longtemps, chaque jour, de dénonciations, de discours envenimés, de fausses preuves, a, malgré lui, moins de confiance, de sécurité, de bienveillance. Sous le prétexte d'une haine générale, une nouvelle administration paraît nécessaire, l'autre est changée.
Ce tableau est vrai, fidèle, et n'a rien des couleurs de l'exagération.
L'administration qui succombe au moment de mutations très considérables, de changements très importants, sera-t-elle, au moins, consolée dans sa retraite par la conservation du chemin qu'elle a tracé, des nouveaux droits qu'elle a prescrits? Non : des embarras indispensables quand on crée, quand on trace des fondions, deviennent un désordre quand ceux qui ont eu ces idées régénératrices n'ont pas eu le temps d'expliquer leurs intentions, de régler leurs desseins, d'asseoir leurs projets.
Les changements qu'ils ont faits par l'idée du bien sont blâmés parce qu'ils n'ont pu avoir leur entier effet, et les anciennes erreurs sont rétablies dans toute leur force, malgré
tout leur danger. Ce qui aurait pu être fructueux parait mauvais, et l'on s'étonne que L'administration précédente ait eu des pensées si nuisibles, des projets si désordonnés.
II est donc bien constant que la mobilité des administrations de l'Académie Royale de .Musique produit ces résultats fâcheux. Comment, en effet, espérer une obéissance constante, un zèle soutenu, un attachement sincère des sujets qui, par expérience, savent que l'Autorité déplace tous les deux ou trois ans les chefs qu'on leur a donnés. Ceux qui n'ont poini de patience travaillent à la déchéance de leurs administrateurs. Les sujets tranquilles attendent le renvoi cet tain avec insouciance et sans aucune ardeur au travail.
De leur coté les administrateurs qui, au milieu de ces orages, nnrchent à leur but, éprouvent secrètement les plus vives inquiétudes, puisqu'ils doivent s'attendre, chaque jour, au sort qui leur est prédit et qui a frappé leurs prédécesseurs.
Cumment remédier à ce désordre, à cette indiscipline, à ces craintes qui naissent de l'instabilité des chefs de l'établissement?
Il n'est qu'un moyen, c'est d'assimiler la direction des théâtres royaux à celle des autres spectacles sous le rapport de* privilèges pour un certain nombre d'années.
< m verra dans les annales de l'Opéra que ce moyen présenté aujourd'hui n'est point une innovation, que le Roi accordait jadis des privilèges pour ce théâtre, et que la Ville de Paris elle-même, quand elle était chargée de l'Académie Royale de Musique, employait aussi ce moyen protecteur de l'établissement.
Que l'administration de l'Opéra jouisse pendant dix ans d'un privilège assuré et l'on verra les abus poursuivis avec constance cesser sous les efforts soutenus et tans entraves. On verra les artistes forcés dans leur intérêt de se soumettre à une puissance durable. L'autorité supérieure qui aura établi un ordre de choses convenable au bien du service pourra demander à des fonctionnaires, qu'il aura garantis dans leurs places, sauf le cas de malversation, un compte exact de leur gestion qu'ils auront eu le temps de rendre profitable à l'art comme aux autres parties économiques. Enfin le ministre qui, animé par l'espoir d'une amélioration, aura nommé une administration, l'aura guidée dans ses travaux, l'aura approuvée dans ses vues nouvelles, conservera, si le Roi l'appelait à d'autres dignités, la certitude que ses projets seront réalisés, au lieu d'éprouver le déplaisir de voir briser tout à coup son ouvrage, détruire ses espérances, et renvoyer ignominieusement ceux qui. honorés de fa confiance, devaient espérer une autre récompense.
Ces observations ne manquaient ni de valeur ni d'intérêt, mais peut-être est-ce le ton même et le lour de ce rapport, sortant un peu des règles ordinairement suivies dans ce genre de paperasserie, qui déplurent à l'arrogant vicomte et le décidèrent, comme nous l'avons dit, à remplacer HabenecU par Du plantas.
A peine installé, ce dernier, destiné à continuer la série des directeurs éphémères, commença par se faire attribuer une indemnité. Sa correspondance avec le vicomte de La Rochefoucauld fut bientôt très active. Pour tout,
il avait besoin d'être guidé, car il manquait d'initiative autant que d'intelligence directoriale. Il eut presque immédiatement mille difficultés sérieuses avec les artistes. Les uns, comme Paul, le danseur, maître de ballet des Italiens, réclamaient des augmentations ; d'autres menaçaient de partir. Tout le personnel était en effervescence. Il n'était pas jusqu'aux tailleurs qui n'eussent à présenter des protestations ou réclamations, à cause de leur double service (Italiens et Opéra).
Qu'on imagine, dans un tel imbroglio, un homme incompétent, incapable, dont l'autorité, déjà nulle, avait encore été diminuée depuis la nomination comme « inspecteur » du comte Turpin de Crissé dont nous avons eu à parler dans notre Histoire des membres de l'Académie des Beaux-Arts.
C'est ici qu'il faut, en usant du procédé rétrospectif, mentionner un fait dont l'importance fut capitale dans l'histoire du Théâtre-Italien.
Quelques jours après la fête organisée en son honneur, comme on l'a vu plus haut, Rossini, sur qui tous les regards étaient fixés depuis plus de cinq ans, donna corps à une idée qui déjà, sans doute, s'était souvent présentée à son esprit : mettre à profit la vogue immense dont jouissaient ses ouvrages et a faveur attachée à sa personne en exploitant lui-même le Théâtre-Italien.
Le 1" décembre 1823, il avait fait parvenir au ministère de la Maison du Roi le projet suivant :
liases de l'engagement que M. Rossini pense pouvoir proposer au Gouvernement fiançais.
1° II se chargera de composer un grand opéra, pour l'Académie Royale de Musique, se réservant de choisir le poème et de jouir des droits d'auteur.
•2" Il composerait aussi un opéra semi-seria ou bulïa pour le Théâtre Royal Italien, et mettrait en scène, à ce théâtre, un opéra de lui déjà donné ailleurs, tel que la Semiramis, la Zdmire, ou tout autre, qu'il arrangerait pour la troupe de Paris.
3" Pour le bénéfice qui serait accordé à M. Rossini, libre de tous frais et qui aurait lieu à l'Académie Royale de Musique, il montera un opéra italien de lui. qui n'aura jamais été donné à Paris. Cet opéra restera au répertoire du Théâtre-Italien. On permettra à M. Rossini de choisir dans le répertoire du Grand Opéra le ballet qui sera donné le jourde son bénéfice.
4° M. Rossini s'engagera à remplir telles fonctions dont Sa Majesté voudrait bien l'honorer en rattachant à son service.
En raison des engagements que M. Rossini se propose de prendre avec le Gouvernement,