‹ Le théatre & la poésie (questions d'interprétation)Chapitre 8 sur 13 · pouplinrs rangés diunltotaient dans la brise · texte numérisé non relu

pouplinrs rangés diunltotaient dans la brise

Qnels mots sont plus jolis que chasic ou eharmuni quand ils sont dit après une sorte do ralentissement sur le eh. Ce qu(î les chanteurs a|>pellcntun retardement, donne une fiiensallon

(1) Cr<''puscijlo.

à peu près du môme genre. On retient pour ainsi dire la consonne, on la fait attendre imperceptiblement et son attaque ainsi préparé^ s'en^ veloppe d'une grâce particulière.

Talma pratiquait cette nuance de diction sur les consonnes. Dans le» fameux vers de son rôle de Néron :

Excité d*un désir curieux, CeUe Quit J9 Tai vue arriver en ces lieux, TrUtaa l^VAQt au Piel ses yeu^ mouillés de larnios Qui brillaient ai| travers des flambeaux et des armes. Belle sans ornement, dans le simple appareil D'une beauté qu'on vient d arracber au somn^eil.

(Britannicus (acte II, scène )|.)

Talma faisait attendre ainsi le b du mot belle ; il en préparait ^attaque (1) tandis que sa physionomie exprimait l'ardente admiration qu il avait éprouvée, puis il articulait fortement cette consonne en n'accordant au contraire à la voyelle qu'une sonorité mystérieuse.

Ce sont là des indications que, seul) renseignement oral peut donner tout entières ; un cours supérieur de diction ne doit pas les négliger.

Je n'ai pas l'intention de m'ocpupcr ici de la prononciation usiielle, il existe pour cela d^s

(I) J*ai plus souvent admiré ces nuances de diction cbez les grands diseurs de musique J. Faure, Darcier, Thérésa que chez les comédiens !

livres spéciaux très bien faits et très précis ; j'essaie de me tenir plutôt sur un terrain d'art en dehors et au-dessus des règles de grammaire et de syntaxe, mais, puisque j'ai parlé de cours supérieur, je souhaiterais précisément qu'un sentiment artistique prévalût parfois sur un usage douteux, pour fixer la» prononciation de certains mots.

Je prends par exemple le mot Allégresse :

Les dictionnaires spéciaux nous laissent la latitude de prononcer les deux / ou d'en supprimer un, et je crois que souvent les professeurs de diction en profitent pour imposer une vague préférence personnelle en dehors de préoccupations artistiques.

Quant à moi je comprends qu'on di?c :

Quelle c Alègressen aurez-vous en voire âme.

Quand d'un époux si beau vous vous verrez la femme (1).

OU encore

Avec une u Alégreêse'B aussi pleine et sincère Que j'épousai la sœur, je combattrai le frère (2).

car ici la valeur de la phrase n'est pas sur ce mot seul ; elle s'éparpille sur lui et sur les deux adjectifs « pleine et sincère i pour éclater ensuite sur le mot « combattrai », ma^s comment admettre qu'on dise :

(1) Tartuffe.

(2) lluracc.

- lîl -

Fous A* montrent porlôs avec tant t d\iièirtsse »» (I), Ow'iïs semblent, comme moi, servir nnc maîlrcs>e.

Ici il faut faire sonner superbomeiit les deux /, cela s'impose comme dans cette expression : des transports d\\lli\iî:resse.

Le mot est ainsi beaucoup plus expressif, il reprend Pallure {2) et la vibration qui lui manquaient : la relation entre la p.Misée et son expression sonore devient plus logique, plus étroite. Pour ces raisons, je crois que Pariieulation des deux / est préférable dans ce mot puisqu'elle est indispensable dans certains cas et ne saurait nuire dans les autres.

Mais un mot sur leijuel il n\v a pas d*hèsitation possible, à mon avis, c'est le mot « désir » qu'on prononce indifféremment.

Désir, désir, d*sir,

J'entends souvent dire (Vsir à la Comédie Française et non par les moindres comédiens : cela nVindigne toujoui*s ! Jo comprends qu'on dise désir dans le répertoire de Marivaux ; le désir (ou même le d sir) de plaire ne me choque pas outre mesure, pas plus que :

(1) Cinna.

(2) Voyez donc ce que devient le mot u aliiire » sans le redoublement des /.

— I '{îl —

Tous vos désirs, Estlicr, vous seront accordés (I).

Mais est-il possible qu'on dise :

Lo désir do llmiiiorldlité.

OU

< Former des désirs pour leur damnaUoo » (2)*

OU encore

« Vous ne désirez point la femme de votn* prochain, ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, etc., etc. ».

Dans cette dernière phrase, emprunti^e à la Bible, la suppression de Tacrent aigu me parait constituer un abominable contresens ; l'usage n'a plus rien à voir là dedans, le sens arlistique suffirait à nous affranchir de r/gles maladroites ou contraircîs aux nécessités de Texpression, quand les petits travaux de toutes les Académies possibles voudraient nous les imposer.

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