L.B DIT DB (( L'HERBERIE
Comme auteur dramatique, Rulebeuf (1) est certainement inférieur à Jeau Bodel. Son Miracle de Théophile n'a guère d*intérêl que parce qu'on y trouve ridée du Faust. Théophile était vidame d'une église de Cilicie. Disgracié par son évéque, il signe un pacte avec le diable ; mais au bout de sept ans, il se repent et implore Notre-Dame, qui oblige le diable à rendre le pacte, et la pièce se termine par le chant du Te Deum^ comme le jeu de « saint Nicolas ». Les particularités de la versification méritent d'être notées: à chaque réplique (et nous constaterons le même usage chez Adam de la Halle et dans les Miracles de Notre-Diime), les acteurs trouvaient dans le dernier vers prononcé la rime du premier vers de leur rôle ; c'était là un moyen ingénieux de secourir leur mémoire. La versification est d'ailleurs très variée: à côté des octosyllabes, on a le rythme en deux mètres si souvent employé par Rutebeuf dans ses satires :
Si je reni saint Nicolas
Et saint Jehan et saint Thomas,
Et Notre-Dame, Que fera ma chétive d'âme ?
(1) Sur Rutebeuf, voyez la Poésie lyrique en France au tAoyen âge, pages 195 et suiv., i vol. in-8**. Lecène, Oudin et C*e.
Elle brûlera en la flamme D'enfer le noir(i).
Où a également des stances de quatre alexandrins, comme dans une partie du Mystère d'Adam^ et des strophes de douze petits vers de six syllabes.
Rutebeuf a aussi composé, sous le titre du Dit de Vherberiej un véritable « monologue ». C'est un boniment de charlatan, vendeur d'herbes médicinales. Ici nous retrouvons la verve et Tentrain du grand satirique du xiii® siècle. Après un début en vers, le charlatan continue ainsi (2) :
ce Belles gens, je ne suis pas de ces pauvres prêcheurs ni de ces pauvres herbiers qui vont par devant les églises, avec de pauvres chapes mal cousues^ qui portent des bottes et des sachets^ et étendent un tapis. Car tel vend poivre et cumin et autres épices, qui n'a pas autant de sachets qu'ils en ont. Sachez que de ceux-là je ne suis pas; mais je suis à une dame qui a nom madame Trote de Salerne (3), qui fait un couvre-chef de ses oreilles, et les sourcils lui pendent avec des chaînes d'argent par-dessus les épaules ; et sachez que c'est la plus sage dame qui soit dans les quatre parties du monde. Ma dame nous envoie ainsi en diverses terres et en divers pays, en Fouille, enCalabre, en Toscane, en Terre de Labour, en Allemagne, en Saxe, en Gascogne, en Espagne,
(1) On remarquera que le petit vers rime avec les deux octosyllabes qui suivent. — Pour plus de détails sur cette pièce, voyez le Rutebeuf de Isi Collection des grands écrivains français (Hachette, 1891).
(2) Nous empruntons cette traduction à Touvrage cité dans la note précédente.
(3) Allusion à Trotola de Roggeri, médecin célèbre de Salerne au xi« siècle.