‹ Le théâtreChapitre 27 sur 88 · RUTEBEUF · texte numérisé non relu

RUTEBEUF

Vous me les mettrez trois jours dormir en bon vin blanc; si vous n'avez du blanc, prenez du rouge; si vous n'avez du rouge, prenez du châtain ; si vous n'avez du châtain, prenez de la belle eau claire; car tel a un puits devant sa porte, qui n a pas un tonneau de vin dans sa cave. Vous en boirez à jeun treize matins. Si vous y manquez un matin, prenezen un autre ; si vous y manquez le quatrième, prenez-en le cinquième; car ce ne sont pas des sortilèges. Et je vous dis, par le supplice que Dieu infligea à Corbitaz, le Juif qui forgea dans la tour d'Abilant, à trois lieues de Jérusalem, les trente pièces d'argent pour lesquelles Dieu fut vendu, que vous serez guéri de diverses maladies et de diverses infirmités; de toutes fièvres, sans excepter la fièvre quarte, de toutes gouttes, sans excepter la palatine, de l'enflure du corps. Car si mon père et ma mère étaient en danger de mort, et s'ils me demandaient la meilleure herbe que je leur pusse donner, je leur donnerais celle-ci. C'est ainsi que je vends mes herbes et mes onguents ; qui voudra en prenne, qui ne voudra pas les laisse ! ))

ADAM DE LA HAL.LB : L.B JBU DE d LA FEUILLÉB 9, LE JEU DE « ROBIN ET MARION »

Arras a été au moyen âge un centre très important de mouvement littéraire. Adam de la Halle, dit Adam le Bossu, — bien qu'il ne fût pas bossu, — était d'Arras comme Jean Bodel, et comme lui il à cultivé à la fois la poésie lyrique (1) et la poésie dramatique.

Nous avons de lui deux pièces fort curieuses, le Jeu de la feuillée, et le Jeu de Robin et de Marion.

Le Jeu de la feuillée

La scène se passe sous la feuillée, où se trouvent réunis plusieurs habitants d'Arras, avec Tauteur même de la pièce, Adam de la Halle. Adam raconte qu'après être resté quelque temps marié, il « retourne au clergé » et se rend à Paris « pour apprendre ».

ADAM

Seigneurs, savez pourquoi j'ai mon habit changé? J'ai été avec femme, et retourne au clergé.

Mais je veux de vous tous, avant, prendre congé Or ne pourra pas dire aucun que j'ai hanté.

Que d'aller à Paris me sois pour rien vanté.

Chacun peut revenir (2), tant fût-il enchanté (3) Après grand maladie ensuit bien grand santé.

(1) Voy. Poésie lyrique au moyen âge, page 221 et^uiv.

(2) Revenir à sa première condition.

(3) Ensorcelé.

D'autre part n'ai ici mon temps si bien perdu Qu'à aimer ne me sois loyaument entendu.

Par les tessons on voit encor quel le pot fut ! Je m'en vais à Paris.

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