‹ Le théâtreChapitre 37 sur 88 · LA. FILLE DU ROI DESPAGNE · texte numérisé non relu

LA. FILLE DU ROI DESPAGNE

geois quelle rançon ils pourront lui donner. Ils se sont bravement battus, sans aucune hésitation ni faiblesse ; mais k ce moment ils supplient humblement leur vainqueur de laisser vivre « leurs pauvres corps ». — « Seigneur, dit l'un d'eux, faites moi accompagner par un messager qui vienne voir mon ménage. J'ai deux cents marcs de belle et bonne vaisselle et deux mille florins d'or, sans compter les meubles de ma maison. Je vous livrerai tout cela; mais laissez-moi, sans plus, en vie. x»

Pendant ce temps, le mariage a été célébré, etlds nouveaux époux reviennent avec leur escorte.

l'empereur (A sa nièce) :

Belle nièce, par amour fine Vous donne la couronne, en signe Que dame d'Espagne serez.

Et comme reine la tiendrez, Et votre mari de par moi En sera chef, seigneur et roi.

{Aux bourgeois) :

Après, écoutez-moi, seigneurs :

Pour ju il y ait amour plus grande Entre Othon votre roi et vous, Je vous pardonne et quitte à tous Rançon et tout ressentiment.

Que nul de vous n'ait le cœur lent A bien l'aimer.

Après que les bourgeois ont témoigné leur reconnaissance, l'empereur déclare qu'il va retourner à Rome, et Othon annonce qu'il lui fera compagnie. iMais auparavant, il prend sa femme à part et lui dit :

Je vouspri, dame, çà venez.

Gardez-moi cet os-ci, tenez.

Si VOUS prisez mon amitié :

Car c'est d'un des doigts de mon pied.

Et veillez bien qu'il ne soit vu

Ni par aucun homme aperçu.

Ce sera le signe secret

Que nous deux l'un àFautre aurons.

Puis il s'éloigne avec rempereur, laissant la reine avec sa demoiselle, Églantine.

La reine ne se peut tenir de confier son secret.à quelqu'un : « Vous savez, dit-elle à Églantine, que je vous ai toujours découvert mes secrets. — Et vous savez, répond Églantine, que je n'en ai jamais révélé un seul. — Eh bien! continue la reine, voyez cet os, il vient de Tun des doigts du pied de mon mari, qui, par amitié, m'a chargé de le garder avec soin ; c'est pourquoi je veux le porter avec mes joyaux. Allons l'y mettre. »

Nous voyons alors un vassal de Lothaire, Bérenger, qui a appris le prochain retour de l'empereur à Rome, et qui va au-devant de lui. Il l'aperçoit et le salue. L'empereur lui reproche de ne l'avoir pas aidé dans sa guerre, par crainte des coups; il allègue une maladie qui l'a retenu au lit. A ce moment Othon manifeste l'intention de prendre congé de son oncle pour retourner vers sa femme. Mais Bérenger l'interpelle : a Roi Othon, tel croit avoir une femme fidèle, qui est trahi par elle. Je me vante qu'il n'y a pas au monde une seule femme que je ne puisse séduire au bout de deux ou trois entrevues. » Et comme Othon prend la défense des femmes, « Je parie, reprend Bérenger, que je séduirai la vôtre. Il vous faut parier ou vous taire. » Othon, piqué au vif, accepte le défi. Le gage sera, d'une part le

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royaume d'Espagne, d'autre part les terres de Bérenger, « Et comment feraî-je la preuve ? dit Bérenger. — Si vous pouvez, répond Othon, me décrire un signe qu'elle a, en 'indiquant la place, et me dire ce qu'elle garde de moi, je vous jure que je vous laisserai jouir en toute franchise du royaume d'Espagne ! — C'est entendu, mais à la condition que vous séjourniez ici jusqu'à ce que je sois revenu de Totre terre. y> Les choses étant ainsi réglées, Bérenger part.

Nous revenons à Burgos, où nous voyons la reine se rendre à l'église avec Églantine : elle veut prier Dieu pour son mari. Bérenger survient, il la salue et lui dit : « Je viens de Rome, où j'ai laissé votre mari, qui ne fait pas plus de cas de vous que de la queue d'une cerise. 11 a fait la connaissance d*une fille, qu'il aime tant qu'il ne sait plus la quitter. C'est ce qui m'a fait partir de Rome pour vous l'annoncer, car j'en suis si indigné que j* ai conçu pour vous un amour qui me tourmente nuit et jour , et qui m'a fait perdre le boire et le manger. » La reine lui répond qu'elle ne croit pas un mot de cette histoire, elle le chasse de sa présence, et, renonçant à aller à l'église, rentre chez elle avec Eglantine.

Resté seul, Bérenger se lamente sur l'insuccès de sa tentative. Mais il voit sortir Églantine, et il l'arrête au passage :

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