‹ Le théâtreChapitre 38 sur 88 · BÉRENGER · texte numérisé non relu

BÉRENGER

Ma chère amie débonnaire, Si pour moi vouliez travailler Tant que vous me puissiez bailler Le joyau que plus aime et garde La reine, et vous prendre garde Où est son signe, et quel il est, Et le me dire, je suis prêt De vous donner trente marcs d'or.

Dont vous pourrez faire trésor ; Et afin que vous me croyiez, Vous remets ce sac-ci. Voyez :

C'est tout or fin.

Églantine accepte les arrhes de la trahison, et promet de rapporter le lendemain les renseignements demandés.

Après le départ de Bérenger, Églantine trouve un moyen de connaître le signe de la reine : elle lui donnera à boire un vin qui la plongera dans un sommeil si profond qu'elle pourra, sans la réveiller,

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examiner tout son corps à loisir. Précisément la reine l'appelle, lui dit qu'elle a grand soif, et lui demande du vin et des pommes. Églantine pare une pomme, et la présente à sa maîtresse qui la trouve excellente ; puis elle lui verse à boire.

Bientôt après, la reine éprouve le besoin de se reposer : ce Ce vin, dit-elle, m'est monté à la tête. » Églantine raccompagne à son lit. Puis, la laissant s'endormir, elle nous fait part de ses réflexions :

Je veux penser, sans plus tarder,

A gagner ce qu'on m'a promis

Avec ce qu'on m'a en mains mis.

Folle serais si renonçais

A faire à ce coup un tel gain

Que de trente marcs d'or avoir.

Certainement je vais savoir

Si ma dame est bien endormie.

Si elle dort, ne doute mie

Que ne puisse bien mon fait faire .

Après s'en être assurée :

Elle dort : bien va mon affaire. Où son signe est vite verrai, Et le joyau bientôt aurai Qu'elle garde si chèrement.

Ici, dit le texte, elle cherche le signe et prend Tos.

C'est fait ; je m'en vais vitem e ri Devers le comte Bérenger.

Précisément, Bérenger, pressé de savoir le résultat, vient d'arriver. Il remet à Églantine les trente marcs, et celle-ci lui donne l'os en lui indiquant pourquoi sa dame y tient tant ; puis elle lui dit à l'oreille la place du signe.

Bérenger part, au comble de la joie. Il arrive à Rome où il voit l'empereur assis, et Othon près de lui. Il présente l'os à Othon consterné, qui ne doute plus de la culpabilité de sa femme, et qui la maudit. Pour le consoler, l'empereur lui offre de rester près de lui jusqu'à ce qu'il lui ait trouvé une autre terre, car Bérenger, ayant gagné son pari, va prendre possession du royaume d'Espagne. Mais Othon veut retourner près de sa femme, pour la « mettre à une mort honteuse ».

A Burgos, la reine se promène avec Églantine près de. sa maison, car elle a « le cœur et le corps pesant et vide ». Arrive un bourgeois de Burgos, qui avait accompagné l'empereur à Rome, et qui en vient en toute hâte, car il veut avertir la reine de la grande colère de son mari ; il y a six jours qu'il ne s'est déshabillé. Il raconte que Bérenger s'est vanté d'avoir séduit la reine et qu'il a apporté des preuves qui ont convaincu Othon.

La reine se désespère et se rend à l'église ; elle adresse une ardente prière à Notre-Dame, qui descend vers elle avec les anges. Elle lui ordonne de revêtir secrètement un costume d'écuyer, d'aller à Grenade près de son oncle et de son père, et de les bien servir sans se faire connaître à personne ; plus tard elle sera vengée de celui qui l'a faussement accusée.

Rentrée chez elle, elle trouve heureusement tous ses gens endormis ; elle revêt le costume d'écuyer et part. Cependant Églantine s'étonne que sa mattresse reste si longtemps à Téglise, elle y court et ne l'y trouve plus. On s'émeut, on la cherche de tous côtés, mais en vain. Sur ces entrefaites, Othon

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arrive. Il demande la cause de raffliction publique, et 00 lui apprend la disparition de la reine. Mais lui :

N'en ayez, seigneurs, nul souci.

Elle m'a fait perdre ma terre, Dont le cœur au ventre me serre.

Je la croyais honnête femme.

Mais elle m'a fait trahison, Et Bérenger s'en est vanlé Devant mon oncle, en pleine cour ; Et il faut bien que je l'en croie, Car telles preuves m'en a dit Que n'y puis mettre contredit.

Et certes, si la puis tenir, A honte la ferai mourir.

Et sachez je la chercherai Tant qu'une fois la trouverai.

Je m'en vais, plus ne me verrez ; Bérenger pour roi vous aurez.

Adieu vous tous !

La reine, sous son costume d'écuyer, arrive à Grenade, les membres rompus par sa longue marche. Avant d'aborder son oncle et son père, elle prie Dieu de faire qu'elle ne soit pas reconnue par eux. Et rinvraisemblancede la situation est ainsi atténuée par une intervention divine, ce Messeigneurs, ditelle à son oncle et à son père, je viens à vous pour savoir si, par votre bonté, je pourrais avoir quelque emploi. — Il faudrait d'abord qu'on sût, dit le roi de Grenade, de quel service tu es capable. — Seigneur, je sais porter lance et écu, et chevaucher en bataille quand il le faut ; je sais aussi trancher les viandes à une table princière, et j'ai été plusieurs fois proclamé maître en échansonnerie ;

Je sais tout le service en somme Que Ton doit faire à puissant homme Com prince ou roi.

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