ALPHONSE
Denis, dressez apertement Une table ci, sans rêver, Et allez chercher à manger
En la cuisine.
Elle dresse la table, apporte les mets, taille et sert à la satisfaction de ses maîtres. Sur ces entrefaites, on voit revenir successivement les deux mesr sagers dont il a été question dans l'une des premières scènes de la pièce : Salomon et Musehaut. Salomon rapporte « que l'empereur a conquis l'Espagne, qu'il a donné la couronne et la fille du roi Alphonse à son neveu Othon, que celui-ci a tué sa femme et a disparu, et que TEspagne est actuellement gouvernée par un certain Bérenger, qui Ta gagnée, dit-on, par une gageure o. Alphonse se désole à la fausse nouvelle de la mort de sa fille, qu'il ne sait pas si près de lui ; son frère le console, lui
LA FILLE DU ROI d'eSPAGNE 121
promet de le venger, et, pendant que le faux écuyer est allé chercher du vin, lui demande ce qu'il pense de cet écuyer. Les deux frères se communiquent leurs excellentes impressions sur Denis : « C'est Dieu sans doute qui nous l'a envoyé. » Ils décident qu'ils l'emmèneront à Rome dans leur guerre contre l'empereur. Musehaut arrive à son four, et rapporte que les quatre rois (de Tarse, d'Almaria, du Maroc et de Turquie), près desquels il s'est rendu, sont prêts à venir à l'appel du roi de Grenade, mais demandent de quel côté ils doivent se diriger. — « Allez leur dire, répond le roi, qu'ils chevauchent vers Rome, et que nous irons au-devant d'eux. )>
Le roi de Grenade annonce à son écûyer Denis la promotion qu'il lui accorde :
M*avez été bon écuyer, Je vous fais mon gonfalonier, Qui ma bannière porterez :
On verra comment le ferez En la bataille.
— « Grand merci, Monseigneur, répond la reine* Dans la bataille, votre bannière pas sera devant tous, to
On approche de Rome, et le gonfalonier demande à aller parlementer avec l'Empereur. On le lui accorde, et elle part avec une escorte de deux chevaliers. Elle rencontre son mari, qui se rendait à Rome pour obéir aux avis de Dieu.
LA REINE
Dieu vous garde! ami, dites-moi.
D'où venez- vous ?