‹ Le théâtreChapitre 41 sur 88 · OTHON · texte numérisé non relu

OTHON

Doux seigneur, .ici je VOUS prie Que le combat me laissiez faire.

— Oncle, ne me reconnaissez ?

Je suis votre neveu Othon, Qui ai tant de peines souffert.

D'outre-mer viens.

l'empereur Beau neveu, puisque je vous tiens, Certes, mon cœur est apaisé.

Embrassez-moi vite et baisez ;

Bien venez-vous I

Othon défie Bérenger, qui répoùd insolemment, et le combat s'engage (1), après qu'Othon a adressé à Notre-Dame une ardente prière :

Dame de la gloire céleste.

Vierge en qui toute grâce abonde, Mère telle que ta pareille Ne fut avant toi ni après, Rose, lis de beauté, cyprès Tout parfumé de bonnes œuvres.

Tes yeux de douceur vers moi ouvre.

Et en ta pitié me regarde.

Et de mort vilaine me garde...

Bérenger est vaincu, et réduit à faire Taveu de son crime. Le mystérieux gonfalonier dit alors à l'empereur qu'il est venu pour traiter de la paix, et demande un sauf- conduit pour deux autres chevaliers, qu'il envoie chercher : ce sont les deux

(1) Les deux adversaires sont allés chercher leurs chevaux ; mais, sur Tordre de l'empereur, ils mettent pied à terre pour combattre. Il eût été trop difficile de jouer un combat à cheval sur une scène restreinte.

12i LE THÉÂTRE AU MOYEN AGE

rois, son père et son oncle. Lorsqu'ils sont arrivés, la reine se fait reconnaître :

Sire empereur, puisque voici Ces deux seigneurs ici venus, Or entendez, grands et petits.

Ce que veux dire en amitié :

Et vous verrez joie et pitié Merveilleuse, à ce qu'il me semble, Avant que nous nous séparions. Je m'adresse à vous, sire Alphonse, Moi qui ai fait métier d'un homme En servant vous et votre frère.

J'ai bien vu qu'aviez le visage Et les yeux sur moi sans relâche, Sans que pussiez me reconnaître.

C'était de Dieu la volonté, N'en ayez pas le coeur marri.

Voici mon seigneur, mon mari, Othon, neveu de l'empereur.

Je sais combien vous m'avez chère, Suis votre fille, que laissâtes Quand à Grenade vous allâtes.

Ne croyez pas que vous abuse :

Tenez, regardez ma poitrine I — Othon, puisqu'il arrive ainsi Que la trahison est prouvée Dont j'étais à tort réprouvée, Loué soit Dieu I

Le roi Alphonse pleure de joie, et Othon se jette dans les bras de sa femme :

Embrasse-moi ; pour toi mon cœur En pleur se fond.

L'empereur coupe court à cette scène d'attendrissement :

LA FILLE DU ROI d'eSPAGNB 125

De pitié larmoyer me font.

Or avant, avant 1 C'est assez.

11 s'agit de régler les questions pendantes. Le roi Alphonse propose de laisser TEspagne à Othon et à sa femme, et de faire justice du traître et de sa complice. L'empereur et le roi de Grenade promettent de donner de belles terres à Alphonse en échange de TEspagne. Et tout le monde part pour aller dîner chez l'empereur, pendant que ses clercs chantent un motet.

Si l'on fait abstraction des bizarreries du sujet même et des invraisemblances de détail, qu'il faut admettre au même titre que les conventions de la mise en scène, on trouvera sans doute que ce drame a quelque mérite. Les scènes intéressantes et bien traitées sont nombreuses, nous citerons : la présentation d'Othon à Denise, la discussion de la rançon des bourgeois de Burgos, et le discours de l'empereur qui la clôt par un bel acte de générosité, les entrevues de Bérenger et d*Églantine, l'adieu pathétique d'Othon à ses sujets, le repas du roi Alphonse et du roi de Grenade servi par la reine en costume d'écuyer, enfin tout le dénoûment.

Pour diminuer les changements de lieu, dont la fréquence nous paraît exagérée, il eût fallu remplacer beaucoup de scènes par de simples récits. Mais il faut songer au public essentiellement populaire qui se pressait à ces représentations, et dont une bonne partie, placée trop loin, devait avoir quelque peine à tout entendre. Des récits nouveaux eussent fatigué l'attention et risquaient de ne pas être suffisamment entendus ou compris, tandis que,

quand on voyait par exemple Tempereur charger un messager de son défi, et le messager s'acquitter de sa mission près du roi Alphonse, tout le monde, sans fatigue^ saisissait nettement la situation ; grâce à la multiplicité des scènes, l'action était mise tout entière, dans ses moindres incidents, sous les yeux des spectateurs, qui s'intéressaient d*autant plus au drame qu'ils le comprenaient plus aisément.

Nous avons analysé en détail ce premier miracle, pour qu'on eût une idée complète du genre. Dans les autres miracles dont nous allons parler, et pour lesquels nous suivrons Tordre du manuscrit et de l'édition de MM. G. Paris et U. Robert, nous nous arrêterons seulement aux scènes les plus caractéristiques.

L'empereur Julien (1).

L'empereur Julien l'Apostat, qui a entrepris une guerre contre les Perses, doit passer par la ville de Césarée, et saint Basile se prépare à lui présenter ses hommages.

SAINT BASILE [s'adressaut à ses clercs)

Mes frères, il nous faut aller A rencontre de l'empereur, Pour lui révérence et honneur Faire ; car il est cher seigneur De cette terre.

(1) N** 13 de la Collection des Miracles.

i/empereur julien 127

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