‹ Le théâtreChapitre 42 sur 88 · PREMIER CLERC · texte numérisé non relu

PREMIER CLERC

Seigneur, nous allons nous y rendre.

Mais quel don lui présenterez?

Trop petit honneur lui ferez, S'il n'a de vous aucun présent.

Que lui donner?

SAINT BASILE

Je vous dirai ce que ferez.

Vous savez bien que je n'ai pas

Joyaux d'argent pour lui donner,

Et que je n*ai guère souci

De telles choses amasser.

Prenez des pains dont nous vivons

Trois, que nous lui présenterons.

Ce sera gracieux présent,

Et qui sera bon pour ses gens,

Dont il a moult grand compagnie.

Car une armée il a levé

Contre les Perses.

DEUXIÈME CLERC

C'est bien ; mais s'il ne reconnaît Que vous le faites par amour, Nous pourrons plutôt en avoir Douleur que joie.

SAINT BASILE

Sans crainte mettons- nous en route.

De tout à Dieu m'en remettrai, Qui sait et voit que je le fais En bonne entente.

Saint Basile s'avance vers Tempereur, suivi de ses clercs, dont l'un porte les trois pains.

SAINT BASILE

Sire, Dieu vous veuille tenir En honneur et en bonne vie, Et toute votre compagnie Qu'ici je vois !

l'empereur N'es-lu pas Basile le Grand?

Dis, réponds-moi.

BASILE

Sire, Basile est bien mon nom.

l'empereur Certes, tu penses moult savoir, Et penses grand philosophe être ; Mais je puis bien contre toi mettre Que tout ton sens envers le mien Vaut peu, ou plutôt ne vaut rien.

Car plus sage suis que tu n'es.

Ni que tu ne seras jamais Jour de ta vie .

BASILE

Plût à Dieu, le fils de Marie, Que si bon et si sage fusses Qu'en le vrai Dieu croire voulusses Et aimasses ton Créateur !

Par bon amour, pour ton armée Nous t'apportons de notre pain, Et de tel comme nous mangeons.

Empereur, vérité te dis ; Or veuilles en gré recevoir Ce présent, sire.

l'empereur Seigneurs, prenez sans contredire Les pains dont il me fait présent.

Mais en échange donnez-lui Du foin : je le veux par ma tête.

Il m'a fait de pain d'orge fête.

D'orge ! C'est pâture de bête.

Donnez-lui du foin, c'est justice, En mangera.

un massier Mon seigneur, tantôt en aura Pour peu qu'^ en ait en la ville.

l'empereur julien 129

Le massier revient bientôt avec une botte de foin :

Tenez, mangez, sire Basile, Et broutez fort.

BASILE

Seigneur empereur, tu as tort, Car de lel pain dont nous vivons.

Et moi et tous nos compagnons, T'avons offert par charité.

Et à ce point tu le méprises Que tu me fais ici pour pain Donner de tes chevaux le foin î Tu me devais autre honneur faire.

l'empereur

Certes, jamais ne goûteras

De croûte ni mië de pain.

Ou tu mourras de maie faim.

Ou tout le temps que tu vivras,

Comme bête, herbe brouteras.

Entends-moi. Crois-tu que je dorme,

Toi qui m'as donné du pain d'orge ?

Il n'est dieu qui puisse empêcher

Que malheur et honte n'en aies ;

Car à nos dieux es ennemi.

Tu as cette ville soumise

Et convertie à ta croyance :

Par mes dieux en qui j'ai fiance.

Sitôt que reviendrai de Perse,

La presserai de toutes parts.

Si bien de toi me vengerai

Que toute abattre la ferai.

Et mettre à mort jeunes et vieux.

Puis je la ferai labourer.

Mieux vaut qu'elle porte chardons

Que de garder gens convertis •

A croire un Dieu qui fut pendu !

En dépit de lui et sa mère,

L'église que pour eux as faite Je saurai faire jeter bas, Et l'image de ta Marie Ferai brûler, n'en doute mie, Sitôt que revenir pourrai.

L'auteur du Miracle nous donne un tableau assez animé du désarroi qui suit le départ de l'empereur. Saint Basile fait sonner la cloche pour réunir les habitants, et on les voit sortir de leurs maisons, s'interrogeant les uns les autres : « Mon voisin, qu'estce que j'entends sonner ? — Je pense que c'est le sermon. Y viendrez-vous ? — Savez- vous qui prêchera ? — Nous aurons sûrement un beau sermon, car c'est notre évêque qui le fera, je le vois déjà monté sur l'estrade. — Venez, compère Kobert, asseyez-vous sur l'herbe à côté de moi. »

Saint Basile commence (en prose) un sermon sur ce texte : La nue s^est élevée du tabernacle (Talliance^ et les enfants d'Israël sont partis, et Varche se reposa sur le mont Pharan, (Nombres, x.) a Ces paroles, dit-il, peuvent très bien s'appliquer à la glorieuse Vierge Marie. » Et il expose comment Marie peut être comparée à la nue ; car elle nous a été donnée pour nous conduire hors des ténèbres du péché, pour tempérer les rayons brûlants du jugement de Dieu, et enfin en signe d'alliance et d'amour : les enfants d'Israël, quand ils voyaient la nue aller devant eux, savaient certainement que Dieu était avec eux.

Saint Basile parle ensuite (en vers) des événements récents et des moyens de conjurer le danger ; il rattache d'ailleurs ce sujet à celui de son sermon :

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