THÉODAS
Josaphat, tu dis chose étrange.
Comment veux-tu nous faire entendre Qu'un jour viendra qu'il faudra rendre Raison de tout ce qu'aurons fait?
Quand pourrait donc jamais finir Ce jugement?
JOSAPHAT
Quand ? Théodas, beau doux ami.
Aussi tôt qu'œil s'ouvre et se clôt, Car il n'est rien, à Dieu caché :
Toute chose il voit clairement Et sait dès le commencement.
Autrement ne serait pas Dieu.
Et sachez bien, sans aucun doute, Ceux qui sont hors de sa croyance, Et qui n*ont saint baptême pris, Sans fin seront de feu épris.
Je te dis vrai.
La pièce finit par la conversion du roi et de toute sa cour. Josaphat les cond ui t à l'ermitage de Barlaam ; celui-ci manifeste une grande joie, et tous quittent la scène à sa suite, pour aller recevoir le baptême de sa main, en chantant Ave, Regina cœlarum.
Saint Ignace d'Antioche (1).
Le miracle de saint Ignace d'Antioche se compose essentiellement d'une série de scènes de torture. L'empereur Trajanveut contraindre Ignace à adorer les faux dieux et a Mahomet », et, à trois reprises diflérentes, il le fait torturer sous ses yeux ; Ignace passe le reste du temps dans la prison/ où il est visité en secret par des néophytes qui viennent recevoir ses instructions, par les anges qui lui apportent un pain et un pot de boisson, et par un ermite, à qui Notre-Dame a remis au nom de Dieu une boite d'onguent et qui panse ses blessures.
Les scènes de martyre sont d'un réalisme brutal. Trajan dit aux sergents :
Seigneurs, or tôt en ma présence Ici tout nu le dépouillez,
(1) No 24 (le la Collection des Miracles.
SAINT IGNACE d'aNTIOCHE 169
Et frappez du plomb des lanières Sur les épaules tant de coups Que lui brisiez et chair et os.
Puis les côtés lui déchirez Avec des peignes acérés.
Ensuite, avec des pierres dures, Toutes ses plaies et ses blessures Fort lui frottez.
On ordonne à Ignace de se dépouiller de ses vêtements, on l'attache à un poteau^ et le supplice commence : ce Tiens ! méchant, dit un deâ sergents reçois ce coup de lanière (1). — Et celui-ci ! ajoute Taulre. Combien crois-tu que pèse ma lanière ? » Les bourreaux s'excitent à bien frapper : a II n'a pas la chair assez noire ; frappe comme je fais, pour que la tache du coup paraisse I — Je sais bien faire. Regarde 1 Est-ce frappé assez fort ? » Et la conversation continue sur ce ton, pendant qu'on V « étrille » avec les peignes de fer, en faisant jaillir le sang, et plus tard lorsqu'on lui déchire le dos avec les ongles d'acier : « Regarde ! dit un sergent, je lui enlève le cuir du dos 1 i> Mais quelques jours après, grâce à l'onguent divin, il n'y paraît plus ;
UN CUEVALIER
Il semble à la mauvaise femme Qui s'engraisse d'être battue :
Il a bien sa chair revêtue De bonne peau!