LA MAITRESSE
Elle vous montre, très cher sire, Que c'est ce fou-là, mal vêtu.
Qui s^estpour vous si bien battu, Et tant a fait que Sarrasins Sont déconfits et misa fin.
Naturellement, on n'en veut rien croire. L'empereur reproche à la maîtresse de sa fille de la rendre stupide, et les renvoie toutes deux. Cependant les païens reprennent l'oflensive ; l'empereur recommande & un des siens, si le chevalier blanc reparaît, de ne pas le perdre de vue et de savoir qui il est.
Robert reparaît, en efïet, et c'est grâce à sa vaillance que les païens sont une seconde fois mis en fuite. Le chevalier, qui s'est chargé de le surveiller,
le suit au moment où il se retire, et, comme il refuse de s'arrêter, lui donne un coup de lance à la cuisse ; mais la lance se rompt, le fer reste dans la blessure et le chevalier blanc s'échappe. Puisqu'il est blessé, ce n'est pas un ange, comme on inclinait à le croire. Pour le retrouver, l'empereur fait crier partout qu'il donnera sa fille, avec la moitié de son empire, à celui qui viendra armé d'armes blanches, qui rapportera le fer de la lance, et qui pourra montrer la plaie de sa cuisse.
En pareille circonstance il y a toujours un traître qui essaie de profiter des avantages offerts. Le sénéchal, qui n'a pas paru à la bataille, car il n'aime pas l'empereur, se commande secrètement une armure blanche, se blesse lui-même à la cuisse, et se présente avec un fer de lance. Sa ruse est sur le point de réussir, le pape en personne va célébrer les fiançailles du sénéchal et de la fille de l'empereur, lorsque celle-ci recouvre subitement la parole.
LA FILLE DE l'eMPEREUR
Père, ne croyez pointée traître.
Dieu, par qui sommes tous créés, Ne veut soufifrir sa menterie ; Pour ce, m*a le parler rendu, Qu*à ma naissance j'ai perdu.
Pensez-vous qu*il ait la bataille Mise à fin ? Non, ce n'est pas lui, Mais un autre, ami vrai de Dieu.
Quand je le montrais tout à Theure, De vous ne pouvais être crue ; Je vous dis vrai.
Elle raconte alors qu'elle a vu & deux reprises le
chevalier s'armer dans le pré» à côté de la source ; elle Ta vu ôter un fer de lance de sa cuisse et Tenfouir dans la terre. Quant à ses armes blanches, elle ne sait ni d'où elles venaient ni ce qu'elles devenaient; on en perdait la vue dès qu'il était désarmé. On va creuser la terre à l'endroit indiqué, et on retrouve le fer, qui s'adapte parfaitement au bois de la lance.
LE PAPE
Âmië^ failes-nous savoir Où est cet homme.