LE SECRET DE POLICHINELLE
— Qu'as-tu fait, petit malheureux ? Tu as encore cassé la tête de ton bonhomme.
— Maman! c'était la tête qui l'empêchait d'entrer. »
Tout le monde s'est accordé à constater que le Secret de Polichinelle est un spectacle délicieux. Au spectacle de la scène je préfère encore celui de la salle. La pièce de M. Pierre Wolff a été adoptée par les familles. On y mène les collégiens et les vieillards. Cet attendrissement de nos contemporains sur les joies de la famille selon la nature, ce sort fait à des bavardages puérils, ce plaisir pris à larmoyer en commun... on trouverait difficilement image plus parfaite de notre actuelle déliquescence.
15 mars 1903.
VAGE D'AIMER.
Comme M. Capus est Toptimiste, M. Pierre Wolfi est Thomme sensible.
On Fa dit, depuis bien longtemps: tout n'est pas rose dans le métier de fêtard, et la profession de femme galante a ses tristesses. Si Ton savait tout ce qui se verse de larmes dans le monde où Ton s'amuse, ce serait une espèce de consolation pour ceux qui ignorent les enivrements de la vie joyeuse. Une des pires misères de ce monde spécial, c'est qu'une heure sonne où, la jeunesse s'étant envolée, mais les habitudes de plaisir s'étant installées, on ne sait pas renoncer à des distractions qui conviennent mal à Tâge mûr.
C'est la source d'intimes soufïrances auxquelles on ne saurait, sans noirceur, refuser un juste tribut de pitié.
Donc nous sommes chez une dame galante — et si respectable ! — Geneviève Clarens. Elle a quarante ans et derrière elle une carrière bien remplie, remplie de plus de soufifrances que de joies : telle est la loi de Thumaine condition. Elle a aimé, elle a été trompée ; et maintenant qu'elle est libre, elle a fait un grand serment de ne plus
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jamais aimer. Cependant Maurice, un beau brun, d'une trentaine d'années, s'approche d'elle, lui soupire une déclaration, et ça y est : voilà Geneviève embarquée dans une nouvelle liaison !
Désormais, quels tourments ne vont pas être les sic as, quels soins pour maintenir dans la fidélité cet amant plus jeune qu'elle, que d'art elle devra dépenser pour ne pas l'irriter par les excès d'une surveillance jalouse et pour lui dissimuler des pleurs qui sûrement l'agaceraient ! La pauvre femme !
Dès le premier acte on nous a présenté, dans l'entourage de Geneviève, un gentil petit ménage, un ménage de la main gauche, cela va sans dire. Dans celui-ci, les rôles sont renversés et les âges intervertis : c'est l'amant, Tavernay, qui est un vieux ; sa maîtresse, Colette, est sensiblement plus jeune que lui. Et Tavernay, pour parler de cette jeunesse de Colette qui le rajeunit, — il le croit, le malheureux ! — trouve de ces accents émus dont les vieux marcheurs ont le secret.
Brûlons les étapes, comme vous le souhaitez sans doute, et arrivons tout de suite au troisième acte où, toute la bande étant réunie à la campao ue, — c'est un monde où l'on ne vit qu'en bande — Geneviève et Tavernay acquièrent simultanément la certitude de leur malheur réciproque. Tavernay, qui n'est qu'un homme, se répand en l.imcMitations. Geneviève a plus de force d'âme. I*]lle a vu, dans la nuit tombante, le jeune Maurice et la jeune Colette s'embrasser sur les Irvies : elle refoule les sanglots qui lui montent à la .i;*org(^ RUe continuera de vivre avec Maurice, s (Miliardissant à peine à lui faire entendre des reproelK^s voilés et des plaintes indirectes, accep-
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tant toutes les humiliations, afin de conserver, vaille que vaille, cet amant qui ne l'aime plus, mais dont elle ne saurait se passer. Et la voilà bien, la grande misère de Tamourl
15 avril 1905.