IV PRÉFACE
littéraire d'une œuvre. Nous avons vu triompher de nouveau la pièce « bien faite » à la manière de Scribe ou encore de Duvert et Lauzanne. L'intrigue savamment combinée pour elle-même a repris possession de la scène. Les derniers venus parmi les auteurs à succès sont des manœuvriers, à qui nulle rouerie théâtrale n'est étrangère. — La pire combinaison, celle que la comédie du second Empire hérita du drame romantique, et qui consiste à mêler le comique et le tragique, a recommencé de sévir. M. Paul Hervieu a beau protester par l'exemple de ses œuvres : on les admire, mais on se garde de les imiter. Pas une pièce grave qui n'ait ses passages de gaieté ; pas un écrivain drôle qui n'éprouve le besoin de mouiller de larmes son ironie bien parisienne. — Il n'est pas jusqu'au répertoire du théâtre de Madame qui n'ait reparu sous les espèces de la comédie rose... d'un rose si fané ! L'ingénue, au lieu de la robe de mousseline et du ruban de pensionnaire, y porte un costume de tennis; mais, sous ses airs de petite fille mal élevée, elle est demeurée pareillement souriante et niaise.
Ce qui reste acquis, après ce bain de brutalité où l'on nous a plongés, c'est une altération du goût. On ne recule pas devant l'idée de mettre à la scène les situations les plus répugnan-
tes. Les personnages — j'entends les personnages sympathiques — étalent complaisamment la bassesse de leur âme. Ils se peignent par leurs façons de parler; or, si nous avons, sur nos scènes les plus élégantes, des pièces écrites d'un bout à l'autre dans le plus pur argot des fortifSy la plaisanterie boulevardière elle-même, cette « fleur » de notre esprit, est devenue d'une inconcevable trivialité.
Deux genres dominent dans le théâtre d'aujourd'hui. — Le théâtre gai. Vaudeville, comédie parisienne, opérette, nous assistons à une recrudescence inouïe de toutes les formes du théâtre où l'on rit. La gaieté en est faite trop souvent de polissonnerie. Et il est vrai que la situation est rendue difficile par le voisinage des bouis-bouis où court la bonne société et qui donnent le ton. — Le théâtre de prédication sociale. Chaque fois qu'un auteur dramatique veut s'élever au grand art, il éprouve le besoin de porter à la scène une question sociale. Réforme de la famille, de l'éducation, du mariage, du divorce ; réforme de la magistrature, de l'armée, des finances, du système pénitentiaire, du bureau des nourrices, quoi encore? Si notre société n'est pas sauvée, ce n'est pas faute qu'on lui en ait montré, à la lumière éclatante de la rampe, cent moyens — tous diffé-