‹ Le théâtre nouveauChapitre 9 sur 25 · LA VIE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

LA VIE PUBLIQUE

La Vie publique que M. Emile Fabre vient de faire représenter à la Renaissance est une comédie adroitement conduite et qui dénote chez son auteur un joli tour de main.

C'est une satire de nos mœurs électorales. Nous sommes à Salente en France. Qui l'emportera, aux prochaines élections municipales, des radicaux socialistes ou des socialistes révolutionnaires ? L'honnête Ferrier restera-t-il à la mairie, ou sera-til supplanté par l'affreux Maréchal ? Il est très difficile de mettre la politique au théâtre : elle y est le plus souvent choquante, et presque toujours ennuyeuse. Néanmoins, et pour notre malheur, le public est aujourd'hui plus qu'en d'autres temps préparé à en entendre et à en goûter une étude

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sévère. Notre pays est rongé par la politique. C'est un des maux dont il soufire le plus, à l'heure qu'il est ; nous en avons tous l'impression très douloureuse et très nette. Une pièce où Fon dénonce les marchandages, les concessions et les compromis, était assurée de répondre au sentiment intime du pubKc et d'être encouragée par notre secrète complaisance.

Le système théâtral employé par M. Emile Fabre est celui qui, du roman naturaliste, fut transportée la scène par les écrivains du Théâtre- Libre. Il consiste à juxtaposer des tableaux nuancés et dégradés de façon à nous faire assister à la progressive déchéance d^un caractère. Le maire de Salente, Ferrier, doit à sa seule honnêteté sa fortune politique. C*est un homme tout d'une pièce. Ferme sur les principes, également opposé aux cléricaux et aux révolutionnaires, incorruptible, les mains nettes de tous tripotages, il n'est ni de ceux qui pactisent avec les grévistes, ni de ceux qui font surgir au moment utile des grèves opportunes. Il compte que sa réputation d'intégrité suffira pour lui gagner encore une fois les suffrages de ses concitoyens. Arrive le jour des élections : sa liste est en ballottage. Le dépit qu'il en éprouve va être pour cette âme désormais atteinte le premier ferment de décomposition. Peu à peu, harcelé par les siens, gagné par la fièvre de la bataille, affolé par la possibilité d'un échec définitif, Ferrier se résoudra à toutes les manœuvres auxquelles nous l'avons vu tout à l'heure répugner si fort. Finalement élu, il sera à la mairie de Salente le protégé des cléricaux, l'allié des réactionnaires, le prisonnier des Compagnies financières.

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