BALLON D'ESSAI
Ce litre explique en deux mois, la pensée de noire première édition. — Par des niuiifs qui nous étaient lout personnels, nous l'avons fait paraître avec une précipitation dont elle ne s*est que trop ressentie. — Ce malheur était prévu. — En nous y exposant, nous savions qu*il devait aboutir à une question d'argent, et nous nous y sommes résolus sans plus examinei*.
Noire tâche avait été si pénible au milieu de tant de choses à co*ordonner, et Fespérance de faire lire des chiffres si inoertaine, qu*il afallu tout Taccuelk dont nous ont honoré des hommes de la première compétence, pour nous garantir rmlerprétation lavorable de nus elïbrls. — Les preiivf^s sont entre nos mains. — Il est permis de s'en énurguelilir quand les plus érudits constatent, par rauloritô de leurs signatures, qu'un Ëcrit justttie des éloges tels que ceux quUl nous est impossible de reproduire ici. — Au moins qu'on nous laisse y puiser le courage de poursuivre, d'améliorer notre périlleuse entreprise. — Nous n'en attendons pas davantage parce que, là seulement se borne-
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roDt et notre succès et la récompense des sacrifices que la passion littéraire impose n la fortune des écrivains.
Les feuilletons ne s^occuperont pointde ce livre, (i)
Il se coQteatera, sans la moindre modestie, de sa place parmi ceux dont une plume s'honore.
Donc, notre première édition n'ayant eu pour but que l'essai au moyeii duquel lesaëronautes interrogent le vent, les augures ont été si flatteurs, les encouragements si judicieux, qu'aussitôt nous avons, de nous-méme, arrêté la circulation du livre.— Dès^lors, fhisant appel aux dévelop pements qu'il demandait, et répondant à ce secours par des corrections attentives, nous sommes arrivés à l'augmentation considérable de près de dem cent cinquante articles sur le nombre dont se composaient nos premiers documents.
Ainsi, de tant de complications historiques, de tant d*a« necdotes, soit inconnues , soit oubliées, il résulte de leur déiiiiiliuii nette et précise, que les esprits rebutés p'ir la sécheresse d'une simple noiTienclature, peuvent maintenant accepter avec confiance une œuvre solide, exacte, profondément fouillée, et surtout indispensable aux initiés.
(1) Voir i'épttre en vers qui coniinenc6 cet ouvrage et adressée au dieu Tturme sous le Uire de Fanal.
LE TUÉATRE-FRANCAIS. (D
Raison d'être.
Les annalistes, oas ehercheurs qui ont tant besoin d'exercer leur patience, ont rarement oubiiû ce devoir ju5(jirau point qui nous apparaît aujourd'hui. Aucun n'a assez profondément compulsé iea sources, pour arriver à TexActitudearithinétiquetqu'exigentt sansréoiisatony ks dates. * C*esià grand'peine, si quelques contemporains du passé le plus rapproché de nous, osent répondre des faits dont ils ont été naturellement les témoins, — Nous avons donc eu raison de le dire, il n'y a pas d'histoire plus embrouillée que eelle du Théâtre. C'est un labyrinte dont lee sinuosités inextricables, appellent, k tout moment, l'aide d'un fil conductcur qui se iixc, s'élende, revienne sur luMnéinu el se dirige entin vers le terme, sans éprouver ni relâche ni solution do continuité. •
Souvenirs tronqués, dates approximatives, suppositions gratuites, lacunes énormes, conséquences inaperçues ou mal interprétées, tels sont les éiémeiiis de troubles et d'inexactitudes qui inondent une immense quaiuué de volu-
{{) Tous les auieuis hommes Uaus eei ouvrage ont fait represcuter des pièces au Théâtre-Français.
2 LK THÉAIKE-FRANÇAIS.
mes de tous les formats, et ne se développent jamais suivant rordre chronologique» le seul exclusif de toute atteinte à
l'auloritô des faits.
Cette légèreté, ces fautes sont parliculièreinent nuisibles à l'étude d'uue époque où les influences littéraires de notre première scène auraient pu* modifier (jusqu'à certain point) respèce de commotions publiques qui réagissaient alors sur Jes intérêts du Ihcalrc, tanlôL pour les menacer tauiùL pour les secourir, mais plus fréquemment retardataires de sa marche, que favorable à sa gloire.
Comment ne pas s'égarer dans ce dédale ? Gomment distinguer la vérité de Terreur, entre tant d'assertions contraires?
Mais pourquoi, notamment, Molière, Tâme toute naturelle, le mobile si puissant de la grande construction dramatique, u'est-il pas d'avantage appelé, par $a vie, comme il Test par ses œuvres, à illuminer de si coupables ténèbres? Se peut-il qu'il y ait une question d'art, une cause d'existence dont il ne soit pas le centre, l'arbilre-né, la conclusion, le modèle à imiter? — N'est-ce donc pas travailler à la consolidation de l'édifice que suivre Thomme, récrivain, radministrateur, le protégé du roi, le mari même, dans ses travaux pour le fonder, dans ses sacrifices pour en assurer l'avenir?
Cette partie de notre travail, présentée sous une physionomie nouvelle, mais toujours soumise à la fidélité historique, mettra définitivement nos lecteurs sur le chemin du savoir, en les faisant passer par quelques unes de leurs meilleures réminiscences.
Un seul moyen s'offrait à combattre ces obscurités de chroniques, si fatalement protégées par leur nombre, c'était de concentrer, dans le plus étroit esiiace possible, cet
LK lilEATaE-FKANl-AlS. 3
océan de date») ce formidable amas de circonstances inouïes, de péripéties, littéraires et autres, dont le vaste intérêt se trouverait aussitôt recouvré. — Par la réalisation de cette
idée, le jour se fera désormais sur loui uu monde de choses inexplorées, sur toute une famille d'illustrations mal définies et dont les héritiers eux-mêmes ignorent les antécédents de son heureuse renommée.
Dernier mot de poursuites patientes, secondées par une lonj^ue existence xouée iout^mWbreh Tmité de la qimtion <irmmtiqu€j si ce livre répond aux désirs des Lettrés et procure aux Artistes les lumières dont tant d'événements les ont jusqu'ici pri\rés,'il aura pleinement touché son but.
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LE THËâTRE-FRANÇAIS.
Ses fastes, dont presque toot Fintérél se trouve renfermé
dans ceux de noire Première scène, a oiTront décidément pas assez de clarté pour classer, pai a liuées positives et par succession d irrécusables Olympiades, les premiers temps de l'enfiince dramatique, soit chez les Grecs, soit chez les Romains. —Nous croyons apporter des lumières d'un effet ^ plus prompt et plus efficace, en constatant la venue des écrivains primitifs selon les époques qui ont précédé TEre chrétienne. — Cela nous semble le meilleur moyen de mettre les faits à la portée de toutes les intelligences.
Ainsit rien qui dût promettre à revenir un artprivilégiét n'avait encore paru lors de la première Olympiade fixée par la Chronologie grecque, à 776 ans avant l'arrivée du Fils de Dieu. —Dans ce chaos, voici la véritable aurore.
aD« «Tant Jiv«iia-Ciiri*i.
Thespis, né à Icarie, dans rAUique, et le premier des Di-
8 LË lUËÀlHK-FRÀNÇAlS.
recteurs de spectacles, promène de bourgs en bourgade$ sa charretée de comédiens dans Tœuf.
C*est le Théâtre vagissant dans ses langes.
D*abord,le novateur se livre à de simples chants en l'honneur de Bacchus. ^Puis, à des RéciU^ bientôt accompagnés par Le Chœur des assistants, qui devient à son tour, TaccessoirOf tandis que les premiers occupent la place principale. — Une estrade s'élève dans le charriot. — Thespis, le barbouillé de lie, y substitue un masque composé de toile, mais que perfectionneront le goût de la variété et les be«soins deTillusion. Voilà leyéhicule roulant vers la postérité I
Tout populacier que soit Thespis dans ses procédés d'exécution, il n'en est pas moins un fondateur, et, par celte seule raison, il méritait que Boileau s*en occupât plus longuement. ~ Quels qu'aient été ses ouvrages, dont il ne nous reste que les titres, sans doute ils n'annonçaient ni Le 3[isanthrope ni Athalie ; mais ils faisaient jaillir l'étincelle du llambeau'qui devait, un jour, éclairer leur marche triomphale. — Et quand on pense à quel point de barbarie en était cette voie à peine ouverte et d^une issue si invraisemblable, on se prend à concevoir une très*grando estime pour ce novateur privé des plus simples précédents.
«Ht, iA.
Eschyle, né à Eleusis, accompagne d*un second person* nage celui qu'à représenté son prédécesseur. — Le dialogue succède au monologue, /e C/iœwr élargissant aussi sa place, et l'art de Melpomène est inventé, — A ces titres, Eschyle est surnommé le père ûe la tragédie.
LE THÉATRE-FKANÇAIS. a
Sous lui» le peintre Agatarchus trouve la perspective Uné-
airCt qu'adoptent aussitôt les Décorations théâtrales,
488 «M» id.
Arrive Sophocle, de Colone, qui lui disputera la gloire par le goût, la lixaciion des règles et le progrès du style.
Euripide, de Salamine, vient marcher sur ses traces en
sacrifiant plus à l'esprit que ses deux prédécesseurs. Ainsi, ces trois génies sont nés daus le même siècle.
427 «Bs id.
Aristophane, l'Athénien ne commence à être connu quo dans la quatrième année de la guerre du Pélopénèse* ^ Il inaugure la Comédie, mais satirique et sujette à corrections.
388 tut «il.
Antimarchus propose et obtient à Athènes» une loi qui défend aux acteurs dramatiques dénommer personne sur
Athènes produit encore Ménandre par qui les améliora* tions de la Comédie sont immenses.
LE THÉATRIl-FRANÇMS.
Chez les Uoiiiaiiis, Plauto nail ù Saisine, eu Ombrie, pour faire avancer Tart comique.
VERS l'an 193.
Téreiice, le Cariliagiaois, se lancera dans ces sentiers déjà si largement ouverts. *— li écrira mieux que son prédécesseur immédiat.
Constatons, en passant, et par approximation, comme le fait l'histoire, les époques des pertes irréparables qu'ont sttbiesices temps d*origine si fameuses.
Eschyle décède 456 ans avant Tapparition du Christ. Sophocle, 406 ans.
Euripide, 406 ans.
Aristophane, (niorl mconnué), Ménandre, 298 ans.
Plaute, 184.
Et Térence, i^9.
Un très-long espace de temps s écoule dans la vaine attente de quelque chose d'à-peu^près relatif au mouvement de la scène.
LE TUËATR£ FRANÇâIS. Ift
Note pour sertir aim beso^ de la Chronologie. An du monde Lm. H )