partie. » (pag. 113, vol. IIT, Mém
Il s'appelait lui-même «descendant des vieux Celtes », mais, connaissait-il, directement, cette poésie celtique, ces tendres beautés du cycle breton, ces êtres symboliques du bardisme? Ou était-ce seulement par instinct qu’il se rattachait aux anciens poètes? À Com. bourg, il entendait «dans les trilles du rossignol un écho des vieilles romances françaises » (1).
Quelles romances ? Il a été prouvé que les critiques n’avaient pas encore redonné l’ancienne poésie française au domaine de la littérature. Ce qui est certain c’est qu’il en connut seulement les adaptations faites an XVIIIe siècie par le comte de Tressan qui publia, pour les lecteurs de la Bibliothèque des Romans, une des plus belles légendes amoureuses du Moyen-Age. Un résumé de Tristan figurait, en effet, dans le Corps d'extraits de romans de chevalerie, publié en 1776 par Tressan, et réimprimé en 1759 dans ses Oeuvres diverses. Et encore, ce résumé était tiré des « romäans dont se délecta l’époque de François Ier
(1) Jacouser. Le Genre Troubadour.
et de Henri Il», c’est-à-dire du roman de Du Gast, le seul connu de Tressan » (2).
Bien que ce fût une adaptation selon les goûts de l’époque, le Tristan de Tressan fit sur lui une impression profonde. Son âme rêveuse et passionnée était la plus propre à sentir le charme et la puissance de cet amour ardent et mystérieux qui remplit une âme et y verse seul le bonheur ou le désespoir. Bien plus: il le vécut en quelque sorte, ce rôle de Tristan, parce qu’il crut trouver, dans l’amour sans espoir pour «Charlotte aux blanches mains, » (Charlotte Ives), son Iseult. A Londres, malade et souffrant, c'était Charlotte qui absorbaïit ses facultés.
« Elle était le centre à travers lequel plongeait mon intelligence, de même que le sang passe par le coeur; elle me dégoûtait de tout, car j'en faisais un objet perpétuel de comparaison à son avantage. » (pag. 208 Mém.
Vol. IIT).
Mais, à Londres aussi, il connut une autre poésie qui le charma, qu’il sentit vibrer en lui dans toutes les cordes de sa lyre bretonne. Ce furent les fragments celtiques, les rêveries nébuleuses du barde de Fingal, ce fut en un mot la pseudo-poésie d’Ossian, d’abord dans la traduction de Letourneur, et, plus. tard, dans les textes de Macpherson et de Smith eux-mêmes. L’atmosphère de rêve qui donne son charme le plus prenant aux poèmes d’Ossian, l’enveloppa, le pénétra. Son âme tout assombrie d’une mélancolie intime,
(2) JacouBer. Le comte de Tressan et les origines du genre troubadour.
prenait goût à Ossian, comme à Young, à Gray. Naturellement (Gil était l’Ossian français: il en avait dans l’imagination le vague, les couleurs, l’immensité, les cris, les plaintes, l'infini. » (1)
En effet «son enfance indisciplinée, sauvage et solitaire, ses courses fougueuses à travers les landes, les bruyères, au bord de la mer écumeuse et sur les rochers déserts, son aspiration au lointain, au vague, à l’inconnu, tout concourait à le marquer pour cette influence. » (2)
Et encore: cette mer qui domine peut-on dire son oeuvre et dont il faisait la toile de fond de toute sa rêverie, il la retrouvait chantée dans ses aspects les plus divers, dans ses calmes majestueux ou dans ses colères effrayantes,dans l’Ossian de Macpherson, le premier poète, peut-être, qui ait chanté la mer puissamment après les poètes du cycle breton. C’est là, dans cette poésie calédonienne qu’il retrouve la mer, la mer «aux flots sombres » avec ses (vagues terribles au loin », et le contraste vert et blanc de ses flots écumants ; la mer qui réunit toutefois plus qu’elle ne sépare, que de hardis navigateurs parcourent sans cesse, dans leur course qui semble un vol «sur l’écume des vagues du nord »; la mer aux îles (orageuses », aux îles « des tempêtes », dont les rochers ( résonnent au loin »; qui, vues de loin, paraissent «d’un bleu sombre et, de près, offrent «de vertes vallées »; la mer dont les récifs sont «battus par les vents » et
(1) LAMARTINE. Nouvelles Confideuces, pag. 284. (2) Van Trecnem. Üssian en France, Vol. II.
autour desquels « mugissent les flots blancs. » Cette mer n’est jamais calme et riante, elle «roule sous la tempête »; les vents la tordent et la lancent à l’assaut, la marée reprend et renvoie ses & flots soulevés. » Ces tempêtes que provoquent les «esprits mystérieux » de (l’abîme sombre » sont précédées ou suivies d’un calme inquiétant. Pes ruines isolées dominent la mer; le vent siffle ou mugit à travers les voûtes désertes ou les salles qu’envahit (la mousse des années. » (1)
Ainsi la mer rentrait à grands flots fougueux et envahissants dans cette poésie nouvelle. Et Chateaubriand voulut réjoindre aux bords nébuleux de cette Calédonie de rêve, presque aussi lointaine que la lointaine Thulé, les fantômes passionnés de son imagination, les essaims innombrables de ses désirs indomptés. Bien avant René le Barde s'était écrié : « Levezvous, Ô vents orageux d’Erin, mugissez ouragans... » Comme dans Werther, pour peindre le désespoir d’Armin : « Levez-vous, vents d’automne, soufflez sur l’obscure bruyère! écumez torrents de la forêt...»
Il était naturel que cette tristesse enveloppante, enchanteresse, se dégageant des anciennes chansons d’Ossian, de ces traditions primitives, de ce paysage écossais, sauvage et brumeux comme la Bretagne, passât en lui dans un parfum enivrant et qu’elle se reliât aux rêves de toute son enfance et de sa Jeunesse poétiques. Et ces flots bretons qu'il devait rencontrer sur tant de rivages, il les vit aussi dans les vagues mugis-
(1) Van TreGnem, Œuvre citée, I, pag. 211,
santes de Morven, dans la rade de Duthona, sur cette côte écossaise si froide, si morne, si sauvage.
Lorsqu’en 1793 la Révolution le jeta en Angleterre, il lut avec avidité les poèmes écossais.
« Dans l’ardeur de mon admiration et de mon zèle, tout malade et tout occupé que J'étais, je traduisis quelques productions ossianiques de John Smith. » (Préface, Œuvres complètes, Vol. IIT, pag. 135).
Il retrouvait dans (ce paysage sentimental, dans lequel on se plaît à rêver plutôt qu’on n’aime à le décrire, une toile de fond pour les amours inquiètes et mélancoliques, pour les tristesses vagues, pour les aspirations inassouvies, pour tous ces sentiments si fréquents à la fin du XVIIIe siècle et au début du suivant, pour le Weltschmerz et pour le mal du siècle » (1). En effet, sa sensibilité de poète était si bien à l’unisson de la poésie des bardes, qu’en lisant Dargo, Duthona, Gaul (les poèmes qu’il à traduits), nous y trouvons les accents d’Eudore, de Velléda, de René, de Chactas, de Rancé, d’Aben-Hamet et, surtout, ce même paysage de l’Armorique, avec ses flots mugissants et sauvages.
Lisons Dargo, le premier poème qu’il ait traduit :
« Les vagues enflaient leur sein écumant et les vents mugissaient dans nos voiles: la nuit de la Tempête est sombre... L'oiseau des morts crie... les vagues confondaient leurs sommets blanchis parmi les nuages et leurs flancs bleuâtres s’élevaient entre nous et la terre... Dargo est appuyé contre un arbre solitaire, il écoute le vent
(1) VAN Trecuem. Le Préromantisme,
qui murmure tristement dans le feuillage... Dargo est triste... il n’aime que les accents de la tristesse. »
Comme René il dira :
« Toujours assis sur le rocher, en murmurant le chant de nos bardes, je prêtais l’oreille au bruit des vagues, ou au cri de l’oiseau qui planaït sur leurs déserts en jetant
des voix plaintives. » (Œuvres, IIT, pag. 137-138).
Comment ne pas reconnaître, dans ce passage, le paysage maritime de l’Armorique? Ecoutons Eudore, dans les Martyrs :
« L’Armorique, région solitaire, triste, orageüse, enveloppée de brouillards, retentissante du bruit des vents, et dont les côtes hérissées de rochers sont battues d’un océan sauvage. » (Les Martyrs, pag. 132-133, IX).
De même que le guerrier Dargo, Eudore, le jeune commandant, aux avant-postes des contrées armoricaines dira :
« je prêtais l’oreille au murmure de l’armée ennemie et au bruit de la mer. » (1bid, pag. 88).
Et Velléda, la plus belle des femmes qu’il ait créées, cette vierge druidesse qui ressemble si étrangement à Lucile, à elle aussi des accents, des attitudes propres à la passionnée et intrépide Evircoma, l’héroïne de Gaul :
« .ÆEvircoma se confia à un léger esquif.. Elle vole sur les vagues... sa nacelle fuit devant la brise. »
C’est Velléda qui, sur la mer bretonne, conduit son esquif qui
« redescend, disparaît entre deux flots, puis se montre encore sur la cime d’une lame élevée. »
Ecoutons encore Eudore :
« La mer se brisait au-dessous de nous, parmi des écueils, avec un bruit horrible. Ses tourbillons poussés par le vent, s’élançaient contre le rocher et nous couvraient d’écume et d’étincelles de feu. Des nuages volient dans le ciel sur la face de la June qui semblait courir rapidement à travers ce chaos. » (1bid, pag. 148, X).
Et un peu plus avant :
«une vague furieuse vient rouler contre le rocher
, 2 qu’elle ébranle dans ses fondements. Un coup de vent déchire les nuages et la lune laisse tomber un pâle rayon sur la surface des flots. Des bruits sinistres s'élèvent sur le rivage. Le triste oiseau des écueils, le lumb, fait entendre sa plainte semblable au cri de détresse d’un homme qui se noie. » (1bid, pag. 194, X).
Voilà : une côte fauve, battue par les vents et par les flots, des nuages en fuite sur un ciel brumeux, des oiseaux de mer qui augmentent par leurs cris la tristesse du paysage, c’est la sombre atmosphère des Hébrides. Il avait déjà vu ce tableau : c’était le décor qui avait bercé les rêves enchantés de son enfance et de sa première jeunesse, et dans lequel s'étaient envolés les essaims sans nombre de ses désirs passionnés. Cette poésie ossianique le séduisait parce qu’elle correspondait à certains états de son âme: il y retrouvait des voix amies, des accents connus, tristes et passionnés ; il y saisissait des échos rebondissant de J’Armorique à l’Ecosse. C’étaient les mêmes regrets, les mêmes rêves, la même tristesse sans borne, dans
3 — R. VALLESE - ERCOLANO, Le thème etc.
un paysage qui s’alliait à cette sensibilité vague et langoureuse. En parlant du genre de vie que mène le barbare du Nord, il dira dans le Génie :
« Errant sur des grèves sauvages et prêtant l’oreille à cette voix qui Sort de l’Océan, il tombait peu à peu dans la rêverie; égaré de pensée en pensée, comme les flots de murmure en murmure, dans le vague de ses désirs, il se mêlait aux éléments, montait sur les nues fugitives, balançait les forêts dépouillées, et volait sur les mers avec les tempêtes. » (Pag. T2. Ch. VI. Liv. VI.).
Or, c’est le mal du siècle qu’il prête au barbare du Nord. Cette aspiration à se dissoudre dans le grand Tout, à s’identifier et à participer à la vie universelle, ce sera aussi l’aspiration de Child Harold de même que c'était l’aspiration de Werther et de Faust, de même aussi qu’elle était la sienne à lui, René, quand il versifiait dans l’Almanach des Muses :
« Comme les flots de murmure en murmure, Elle (son âme) se mêle à toute la nature, Avec les vents, dans le fond des déserts
Elle gémit le long des bois sauvages,
Gronde en la foudre et tourne dans les mers. »
(Pag. 541 Œuvre IIT)
Également, chez ses personnages :
René :
«semblait prêter l’oreille au bruit des vagues qui se brisaient tristement sur des grèves solitaires.» (2b1id 93).
Chactas dira comme Gaul :
«Je prêtais l’oreille au bruit de l’eau qui coulait
le long du bord. » (ibidem 276).
et plus avant, comme Ossian ou Fingal, il dira :
€ Un jour j'étais assis sous un pin; les flots étaient devant moi, je m’entretenais avec les vents de la mer et les tombeaux de mes ancêtres. » (tbidem, 282).
L’'hymme à la lune, dans Les Natchez, est tout à fait ossianique : O lune, que tu es belle dans ta tristesse!
Dans les Mémoires d'O-T, les chapitres Mes joies de l’automne, Incantation, Tentation, ont maïnts passages se rattachant à ce panthéisme primitif, dans une âme frémissante et passionnée, Voilà pourquoi la rêverie triste et mélancolique du barde se fondait en lui, s’absorbait avec sa tristesse : le paysage maritime calédonien parlait à son coeur avec tous les souvenirs qui le rattachaient à son pays natal. Et après le paysage ossianique qui fut, avec sa Bretagne, le premier asile de ses rêves, ce furent l’Italie et la Grèce qui bercèrent René avec la poésie lumineuse de leurs contrées.
« Ossian, mon cher ami, écrivait-1l à M. de Fontanes, n'est-il pas la grande fontaine du Nord où tous les bardes se sont enivrés de mélancolie, de même que les anciens peignaient Homère sous la figure d’un grand fleuve où tous les petites fleuves venaient remplir leurs urnes? »
Plus tard il dira :
« Œdipe et Antigone sont Les types d’Ossian et de Malvina, déjà reproduits dans le Roi Lear. Les débris des tours de Morven, frappés des rayons de la nuit, ont leur charme; mais combien est plus touchante dans ses ruines la Grèce éclairée, pour ainsi dire, de sa gloire passée. »
(Œuvres, III, 136 Préface 1826)
Toute son oeuvre réfiète, comme à travers un voile, le lyrisme ancien : la poésie des bardes de l’Armorique, celle des bardes d’Ossian, celle des aèdes grecs, l’enivraient et trouvaient une correspondance étroite dans son âme rêveuse. Dans son vaste génie, dans sa puissante orchestration, on saisit, en effet, les sons doux et vieillis de la rote celtique, du luth des troubadours, de la harpe du barde ossianique et de la lyre d’Homère. L'influence des poètes du XVIIIe siècle y est aussi, mais il les dépasse et s’en éloigne.
Dans cette même lettre à M. De Fontanes, il ajoutait :
« je ne sors plus sans mon Homère de Westein dans une poche, et mon Ossian dans l’autre. »
C’est que son génie est véritablement un torrent aux eaux tumultueuses et abondantes : tant qu’il n’aura pas trouvé une issue, ses eaux se répandront en tous sens.
Homère! Grand et éternel modèle du beau et du vrai! Ce fut à Combourg que la beauté plastique de la poésie grecque se révéla à lui pour la première fois, et peut-être c’est pour cela que tout le riant hellénisme des anciens est toujours compris par lui à travers un voile de mélancolie. En effet la lumière éclatante du midi se tamise dans ses tableaux, et les contours s’estompent sous un voile vague et imprécis. Bien avant Verlaine il paraît suivre cette immense et délicieuse poésie de l’incertain, de l’imprécision de la chanson grise...
Fe À
L'OEUVRE DE CHATÉAUBRIAND 37
Nul écrivain n’a portè plus loin que M. de Chateaubriand le charme de la mélancolie, et l’on pourrait dire aussi que, s’il ne l’a pas inventé, il a été le premier à en signaler les vestiges jusque dans l’antiquité. » (1).
C’est qu’il a vu la poésie ancienne avec son âme de Celte. Mais la poésie grecque le conquiert tellement, qu’il veut aussi donner à sa vie réelle, comme à la vie de ses fictions, les allures légendaires et symboliques des héros anciens. Après le paysage écossais, ce sera la Grèce et l’Italie qui le conquerront. On retrouvera en lui de fortes et simples idées, oubliées ou ignorées, exprimées par de grandes images dans un coloris nouveau, tout imprégné d’antiquité, et avec une teinte de sensibilité moderne. De même que Chénier, il exprimera des pensers nouveaux avec un coeur tout épris de la beauté du passé. Et plus qu’une imitation, ce sera chez lui une inspiration. Qu'il aille en Amérique, en Grèce, en Orient, il sera toujours en quête d'images, de tableaux, de couleurs qui ajouteront à la plasticité de ses visions, le grandiose et la grâce des Hellènes. Et toujours il se comparera à Ulysse; jusque dans ses derniers jours, il restera le fidèle d’Homère.
«Je suis le fils de Laërte, revenu après avoir parcouru la terre et les mers. » C’est exagéré, sans doute, mais il aime ce rôle de demi-dieu, et ne se lasse pas de le répéter. Même dans les Mémoires, qu’on pourrait appeler l’épopée de son temps, il se compare à l’errant
(1) De Marcezcus. Chateaubriand et son temps.
Ulysse, et retrouve aussi, autour de lui, Eumée, Ithaque.….
Quelle richesse d'images et de rêves sans nombre dans cette poésie ancienne, mais aussi quelle source de déceptions et d’amertumes! Ces rêves sont trop beaux, ces images trop attachantes et la vie réelle est si plate, si médiocre, si bornée! Ces rêves sont comme les méduses irisées et fantasmagoriques qu’il admirait dans la mer: traînées au rivage, elles devenaient une masse gélatineuse, informe et livide.
Son cri, pendant une tempête sur mer, dans son voyage d'Amérique, est bien caractéristique. S'’étant fait attacher au mât pour assister à la furie des flots déchaînés, au milieu des embruns et des paquets de mer déferlant sur le pont, il s’écrie: «O tempête, tu n’es pas encore si belle qu'Homère t’a faite! » Quelle impossibilité à vivre la vie de tous les jours! Voilà pourquoi il s’efforce de sortir de la médiocrité : celle-ci le gêne et paralyse le jeu de son imagination. Les héros de ses fictions seront comme lui. Ils erreront comme Ulysse et nourriront leur mélancolie à l’unisson des vagues, et toujours soupireront après leur patrie. Le parallélisme et l’analogie des situations se rencontreront à tout instant :je me bornerai aux souvenirs qui auront trait à la mer.
Chactas sur la grève, (au delà des grandes eaux », à la contrée des mille villages » (l’Europe), a la nostalgie de la patrie lointaine de même que le héros grec dans son voyage aventureux :
Po L'OEUVRE DE CHATEAUBRIAND 39
€ Un soir J'errais ainsi sur les grèves: mes yeux parcourant l’étendue des flots, tâchaient de découvrir dans le lointain les côtes de ma patrie. Je me figurais que ces flots avaient baigné les rives américaines. Dans l'illusion de ma douleur, la mer semblait murmurer des plaintes
comme celles des arbres de mes forêts. » (pag. 243 Les Natchez)
Comme René, Chactas déclare :
« La scène imposante que j'avais sous les yeux, servait à nourrir ma mélancolie. Je ne pouvais me rassasier du
spectacle de l'Océan. » (pag. 276, ibid).
Et ce même cri sera jeté par Eudore :
« Comme Ulysse regrettant son Ithaque où comme les Troyennes exilées aux champs de la Sicile, je regardais la vaste étendue des flots, et je pleurais. € Né au pied du mont Taygète, me disais-je, le triste murmure de la mer est le premier son qui ait frappé mon oreille en venant à la vie. À combien de rivages n'ai-je pas vu depuis se briser les mêmes flots que je contemple ici. » (Les Mar-
tyrs, X. 144).
Ces paroles, mot à mot, seront répétées dans l’Ztinéraire, au bord de la mer, à Alexandrie, quand la tempête le retiendra au port pendant dix jours. Et plus tard, dans les Mémoires, il dira :
« Barbare de l’Armorique au camp des princes, Je portais Homère avec mon épée: je préférais ma patrie, la pauvre, la petite île d’Aaron, aux cent villes de la Crète. Je disais comme Télémaque: « L’âpre pays qui ne nourrit que des chèvres, m'est plus agréable que ceux où l’on élève des chevaux. » Mes paroles auraient fait rire Île
candide Ménélas. » (pag. 90-100 Vol. IIT.).
Et non seulement ses voyages et ceux de ses héros rappelleront Ulysse: il y aura encore mille traits nuancés d’homérisme à saisir. Ses couchants sur mer, par exemple, sont toujours calmes de même qu’ils le sont dans toute la poésie classique. C’est que les Grecs excellent à harmoniser une scène avec le paysage. Le calme sur mer augmente la douceur d’une scène paisible, et rend plus mélancolique et solennelle une perspective qui l’est déjà par elle-même. Le cadre d’une nature calme donne plus de majesté et de plasticité au jour qui meurt si pompeusement. C’est un des côtés du sublime grec que Chateaubriand a le plus imité. Jamais,en effet, dans sa prose chantante, le soleil ne s’est couché sur une mer démontée : toujours l’astre du jour $’est enfoncé dans un horizon de flamme, dans une mer d’huile.
« les calmes nous arrêtèrent. Nous jouissions du plus beau ciel: les nuits, les couchers et les levers du soleil étaient admirables. » (Voyage en Amérique, 50).
Par analogie, même sur le Lac Supérieur et sur le Meschacebé, les flots unis comme un miroir, réflètent les feux du soleil couchant. (Les Natchez, 358, 393, 438, Atala, 37).
Mais le plus beau couchant sur mer, est celui qui est décrit dans le Génie, et que toutes les anthologies scolaires reproduisent : Un soir (il faisait un profond calme) nous nous trouvions dans ces belles mers, ete. (Génie, Le partie, Liv. V, ch. XII, pag. 58-59).
L'autre couchant, naturellement calme, (et celui-ci
L’OBUYRE DE CHATEAUBRIAND 41
plus calme encore s’il était possible que les autres), est celui q’il admire en Grèce :
« Le vent était tombé vers les huit heures du soir (on était en Juillet), et la mer s'étant aplanie, le vaisseau demeura immobile. Ce fut là que je jouis du premier coucher du soleil et de la première nuit de la Grèce... Les couleurs au couchant n'étaient point vives : le soleil descendait entre les nuages qu’il peignait de rose; il s’enfonça sous l’horizon, et le crépuscule le remplaça pendant une demi-heure. Durant le passage de ce court crépuscule, le ciel était blanc au couchant, bleu pâle au zénith, et gris de perle au levant. Les étoiles percèrent l’une après l’autre cette admirable teinture: elles semblaient petites, peu rayonnantes; mais leur lumière était dorée, et d’un éclat si doux, que je ne puis en donner une idée. Les horizons de la mer légèrement vaporeux, se confondaient avec ceux du ciel. » (pag. 118).
Rythme, lumière, lignes, tout est large ét solennel. La richesse et la délicatesse des nuances s’allient harmonieusement à la divine majesté du soleil qui descend lentement entre les nuages, sur la mer aplanie. I1 semble que le vent soit tombé exprès pour que le voyageur, resté en panne, puisse admirer à son aise, le paysage sublime, Pas de couleurs éclatantes, pas de bruit non plus: l’immobilité même ajoute un charme puissant à la douceur du spectacle. Le dernier détail clôt harmonieusement la phrase, et fond aussi harmonieusement, sous une lumière vaporeuse, les deux horizons de la mer et du ciel.
Au cap Sunium il jouit d’un autre beau coucher :
« au coucher du soleil nous entrâmes au port de Sunium... le soleil couchant rugissait les côtes de Zéa et les quatorze belles colonnes de marbre blanc au pied des-
quelles je m'étais assis. Les sauges et les genévriers répandaient autour des ruines une odeur aromatique et le bruit des vagues montait à peine jusqu’à moi.
Comme le vent était tombé, 1l nous fallait attendre, pour partir, une nouvelle brise. » (ibid. pag. 214).
Emotion d’un passé qui chante dans le cadre des blanches colonnes du temple dans une splendeur Iumineuse et enflammée! Tout est exalté et magnifié, tout se parfume et s’épure. Il note des reflets de pourpre sur le marbre et sur le rivage, et fond ansi, dans un seul accord de couleur, l’architecture du temple de Minerve et les côtes du cap Sunium. Comme la mer prolonge et agrandit cette harmonie des colonnes et des herbes, et comme elle mêle ses brises embaumées à l’odeur aromatiques des sauges et des genévriers | Et quelle merveilleuse solitude!
Une différence fondamentale entre Chateaubriand et Homère, dans la description du paysage, c’est que le premier ralentit le rythme du récit, et arrête l’action pour reproduire jusqu’à certains détails nécessaires à arrondir la phrase et achever le tableau : chez Homère, au contraire, une touche suffit, et le récit coule sans s’attarder aux détails. En cela Chateaubriand se rattache à Virgile qui composait toujours en tableaux et transposait, dans ses vers, plus brillants que la peinture, l’œuvre d’un peintre. (Il y à du mouvement chez Homère et des gestes chez Chateaubriand; des formes chez le premier, des couleurs chez le second; l’un à du Michel-Ange, l’autre du Corot» (1).
(1) Brion, L’homérisme de Chateaubriand.
ed
Sans doute, avec Homère, c’est encore l’influence de Virgile qu’il a ressenti, Nous n’irons pas à affirmer avec M. Louis Hastings Naylord (Ch. and Virgile) que «toute la vie de Chateaubriand est accompagnée en sourdine, par des hexamètres de Virgile ». Mais Homère c’est souvent Virgile et à Troie, notre René veut que l’on songe à l’Enéide autant qu’à l’Iliade. Ce qui lui à échappé d’Homère, c’est le dynamisme de l’action. Chez Homère la description n’arrête pas le récit, chez Chateaubriand le peintre paraît a tout instant, un peintre très soucieux des nuances, à l’art subtil et vigoureux, exquis et puissant. Le récit s’arrête, et c’est le procédé de Virgile. Là où Homère donne, dans une image surgie d’un rapport essentiel, le mouvement, le contour, Virgile traduit en peintre le mouvement et le contour. Ainsi Chateaubriand.
Dans l’Odyssée, la mer est calme :
«au couchant du soleil, quand vient le crépuscule, on s’étend pour dormir sur la grève de la mer. » (Qd. IX
I, vers. b57-559).
et plus avant Homère répète les même vers (4. Æ. vers 185-187).
A l’approche des Sirènes, au couchant
« la brise tombe, un calme sans haleine s’établit sur les flots qu’un dieu vient endormir. Mes gens se sont levés: dans le creux du navire ils animent la voile et, s’asseyant aux rames, ils font blanchir les flots sous
la pale en sapin. » (Odyssée, 166-173. XIT, M.).
Une seule touche : un calme sans haleine, et le tableau de la mer endormie surgit et se précise dans toute sa beauté, sans que le récit arrête un instant l’action. Lignes et gestes, forme et mouvement, tout est mesuré et cadencé au même rythme harmonieux. C’est un réalisme sans recherche, fait seulment de choses vues. Le dernier vers se retrouve imité dans Racine, et Chateaubriand le connaissait bien :
La rive ou loin gémit, blanchissante d’écume. ({phigénie)
11 le connaissait si bien, qu’il aime à l’imiter luiaussi, ce beau vers d’Homère. Voici Chactas qui part comme Ulysse par & la lame grossie » et les coursiers marins (image homérique «les vaisseaux, chevaux de la mer » (IV. Od. Vers 708) déploient leurs dernières ailes, s’animent d’un souffle plus impétueux, et, s’excitant mutuellement dans la carrière, ils labourent à grand bruit le champ des mers. (Les Natchez p. 276).
Cymodocée quitte la Grèce et le décor même du paysage, prête son charme aux souvenirs homériques :
« l’astre du jour prêt à se plonger dans la mer, frappait de ses derniers rayons les colonnes du temple de Minerve... les matelots, couronnés de fleurs, font blanchir la mer sous l’effort des rames. »
Et dans Homère :
«la rame bat le flot qui blanchit sous les coups. » (Odyssée, 104, IX. I - 181, IX).
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Ce beau vers rythmique et cadencé qu'Homère aussi a répété plus d’une fois dans son poème immortel, est imité encore dans les Mémoires où il clôt harmonieusement la description dynamique d’une manœuvre de départ :
« Tantôt la lame et l’écume se brisent et rejaillissent contre la carène; tantôt l’onde paisible se divise, sans résistance, devant la proue. Les pavillons, les flammes, les voiles achèvent la beauté de ce palais de Neptune: les plus basses voiles, déployées dans leur largeur, s’arrondissent comme de vastes cylindres; les plus hautes, comprimées dans leur milieu, ressemblent aux mamelles d’une sirène. Animé d’un souffle impétueux, le navire, avec sa quille, comme avec le soc d’une charrue, laboure à grand bruit le champ des mers. » (pag. 138, Vol. IT).
C’est dans les Natchez qu’il se rapproche le plus directement de l’épopée d’Homère. Déjà dans son idée il voulait appeler son oeuvre Z’épopée de l’homme de la nature, songeant peut-être au rôle d’Enée plus qu’à celui d'Ulysse. Chactas, en effet, a quelque chose de solennel, d’austère propre à Chateaubriand lui-même qui est incapable de familiarité : et c’est le style de Virgile. Tout le poème des Natchez, d’ailleurs, se ressent d’inspirations diverses.
Le départ de René, la nuit, au milieu de la tempête, ressemble à celui d'Ulysse. Le navire fend les vagues qui bouillonnent autour de la proue où de la poupe. (René, pag. 94).
Et encore c’est à Ulysse que ressemble Chactas lors: qu’il échappe au naufrage. «Tout couvert de l’écume des flots », en abordant à Terre-Neuve, il rappelle le
héros grec qui aborde à l’île des Phéaciens. (Od. V-VT).
Et comme le divin Ulysse s’endormit au souffle d’Athéna qui lui ferma les paupières, ainsi Chactas s’endormit «au souffle du Sommeil qui baignait ses membres délicats dans l’eau de la fontaine ». (pag. 280 ibid).
La côte du Labrador à laquelle Chactas à abordé, ressemble au paysage armoricain :
« je cheminaï le long des grèves ; mais lorsque j'avais franchi des caps orageux, je n’apercevais qu’une suite de promontoires aussi solitaires que les premiers. » (pag. 282 1bid.).
« C'était l’heure où les coquillages des grèves s’en-
tr’ouvrent au soleil... » dit Chactas (pag. 284 ibid.). et ailleurs :
« c'était l’heure qui ramène aux nautoniers le vent favorable pour sortir du port.
était l'heure... combien de fois Homère ne commence-t-il ainsi son chant, harmonisant plastiquement le temps et le paysage, l’heure et, l’action.
Le Livre X des Natchez offre avec le ITIème chant de l’Iliade des liaisons assez suivies.
Dans la bataille l’ennemi est comparé à la mer assaillie par les torrents :
« Adario et Outougamiz se précipitent vers l’ennemi comme deux torrents formés par le même orage descendent parallèlement le flanc d’une montagne et mena-
cent la mer. » (Œuvres, IIT, pag. 306).
Les Natchez pénètrent dans les rangs ennemis (avec un bruit semblable à celui des flots qui jaillis-
sent contre les épieux noircis plantés devant les murs d’une cité maritime ». (pag. 309 ibid).
La description de la bataille sur mer a toute l’allure grave de l’épopée :
« Comme deux flottes puissantes, se disputant l’empire de Neptune, se rencontrent à l’embouchure de l’antique Egyptus, le combat s'engage à l’entrée de la nuit. Bientôt un vaisseau s’enflamme par sa poupe pétillante ; à la lueur du mouvant incendie on distingue la mer semblable à du sang et couverte de débris; la terre est bordée des nations du désert; les navires, ou démâtés, ou rasés au niveau des vagues, dérivent en. brûlant. Tout à coup le vaisseau en feu mugit: son énorme carcasse crève et lance jusqu’au ciel les tubes d’airain, les pins embrasés et les cadavres des matelots: la nuit et le silence s'étendent sur les flots. » (2bid. pag. 312)
La dernière phrase clôt harmonieusement la solennité de la description. (Chateaubriand excelle à achever poétiquement sa phrase. Jamais, avant lui, depuis Du Bellay et Ronsard et tous les pétrarquistes, on n’avait mieux soigné la chute du sonnet. De nos jours c’est Proust qui donne des clôtures de phrases exquises et doucement tendres.
La petite Mila à tous les gestes gracieux des naïades quand elle nage :
« Tantôt elle se balançait lentement, le visage tourné vers le ciel; vous eussiez cru qu’elle dormait sur les vagues; tantôt, frappant de son pied l’onde élastique, elle glissait rapidement dans le fleuve. » (2bid, pag. 356)
Le tableau est exquis de grâce et d'harmonie. La petite naïade a les mouvements lents et charmants d’une nymphe mythologique.
Céluta, la Sylvaine triste, l’épouse de René qui, à celui-ci apparut comme Nausicaa au fils de Laërte, (Les Natchez, 214, TIT) meurt tragiquement comme Sapho en se jetant d’un rocher.
C’est dans Les Natchez qui se ressentent beaucoup de la poétique du 18e siècle, comme des Zncas de Marmontel et du Florello de Loaisel (1) que Chateaubriand a le plus imité et rappelé Homère; ailleurs, dans l'épopée des Martyrs, l'inspiration homérique est partout plus spontanée et partout on respire la grâce, la fraîcheur, l’éclat des descriptions et l’atmosphère antique.
C’est que Chateaubriand y a perfectionné sa manière et S’approche davantage de l’oeuvre de Chénier, oeuvre qu’il à connue sur manuscrit (au moins en partie) longtemps avant 1819, et il la cite dans le Génie du Christianisme (2).
Les lignes, les tonalités, les nuances sont plus harmonieuses et suggestives, les épithètes classiques accompagnent les substantifs ayant trait à la mer : flot écumant, clair, onde agitée, vastes mers, flots orageux, flots bleus, océan immense et profond, mugissant, furieux. Son antiquité est à lui: il l’a respirée, il s’en est imprégné et l’a rendue avec tout léclat de sa couleur locale et dans toute la précision de sa vérité historique. S’il s'était servi des traduc-
(1) Cf. D. Morner, Le romantisme en France, p. 93 et suiv.; G. CHinarn. L'Amérique et le rêve exotique dans la littérature française; A. MonGLon». Le Préromantisme, V, I, pag. 68 et suiv.
(2) Génie, 2. partie, T. III, chap. 6.
Ed
tions de son temps, pompeuses, banales et peu fidèles, ses évocations de l’ antiquité n°’ auraient pas cette poésie vibrante qu’il est allé retrouver aux sources mêmes.
«Entre le couchant et le midi, la mer de Messénie formait une brillante barrière » (ibid. 1. pag. 18).
L'image surgit spontanée et puissante d’un rapport visuel et non d’un symbole; une seule touche « brillante barrière », et les flots étincellent sous les rayons du soleil. C’est un des procédés de style qu’il a pris à Homère; chez celui-ci les images sont toujours éveillées par analogie, par un rapport direct et jamais par symbole.
Démodocus et sa fille Cymodocée :
« souvent assis avec cette fille chérie sur un rocher élevé, au bord de la mer, chantaient quelques morceaux choisis de l’Iliade ou de l'Odyssée. » (1b1d)
C’est Ossian et Malvina et cette vision à charmé aussi Chénier. (Ossian assis sur un rocher, au pied d’un arbre, jouant de la lyre et chantant. Malvina, belle, grande, blanche, les cheveux noirs, écoutant Ossian avec une admiration mêlée d’intérêt » (1)
Cymodocée retourne seule, une nuit, avec sa nourrice et ici paraît, tout d’abord, le talent de Chateaubriand :
« La mer de Messénie brillait de la plus tendre lumière; une flotte ionienne baissait ses voiles pour entrer au port de Coronée comme une troupe de colombes pas-
(1) Anpré CHénier, Œuvres inédites. Fragments.
4 — R. VALLESE - ERCOLANO, Le thème etc.
sagères ploie ses ailes pour se reposer sur un rivage hospitalier; Alcyon gémissait doucement sur son nid, et le vent lointain de la nuit apportait à CÜymodocée les parfums du dictame et la voix lointaine de Neptune. » (ibid., pag. R1,TI).
C’est une décalque hellénique. Quelle musique dans les mots évocateurs, quel rythme cadencé dans la phrase harmonieuse, quelles qualités picturales et plastiques ! Le tableau parle au sentiment et à l’imagination. Ce clair de lune a une douceur exquise; tout y est nuancé, voilé, même ces flots argentés, animés par les voiliers qui rentrent silencieusement au port de Coronée.
Dans les Natchez il y a la même image :
« Comme une troupe de colombes passagères, notre flotte vient ployer ses ailes. » (pag. 277. VIT).
Démodocus et Cymodocée partent sur un char et la trace que celui-ci marque sur la poussière est comparée au sillage d’un rapide vaisseau. « Les mules s’élancent, et les roues rapides marquent à peine sur la poussière la trace qu’ un léger vaisseau laisse en fuyant sur les mers ». (Les Martyrs 28 I.)
Ici l’image chez Chateaubriand surpasse en beauté et en concision l’image homérique., Homère avait dit :
« Comme, devant le char, on voit quatre étalons s’élancer dans la plaine et pointer tous ensemble et dévorer la route sous les claques du fouet; ainsi pointait la proue et, dans les gros bouillons du sillage, roulait la mer retentissante. » (vers 81 et suiv. XIII. Odyssée).
Chez Eudore, chrétien, tout retrace le contraste entre les deux religions : la jeune prêtresse des Muses
est là au bord de ce fleuve amant d’Aréthuse, en contraste avec le milieu biblique et patriarcal de la famille d'Eudore. Démodocus remarque avec un sentiment de tristesse :
« Arcadiens, qu'est devenu le temps où les Atrides étaient obligés de vous prêter les vaisseaux pour aller à Troie, et où vous preniez la rame d'Ulysse pour le van de la blonde Cérès? Aujourd’hui vous vous livrez sans pâlir aux fureurs de la mer immense. » (55, IV. Odyss.