‹ Le theologien dans les conversations avec les sages et les grands du mondeChapitre 3 sur 23 · ÉPITRE. V · texte numérisé non relu

ÉPITRE. V

OU de plus heureuse fortune que d'avoir été forcés par ses armes à lui obéir et à l'aimer.

Qu'il se donna des soins extrêmes pour bannir le crime et l'impiété de son royaume et pour y établir le repos; qu'entre les raisons qui le touchèrent en cela, une des plus remarquables fut qu'il prévit, par les mouvements secrets de son cœur, que, lorsqu'il se trouverait des misérables parmi ses sujets, il en serait le plus à plaindre, et qu'il sentirait leurs pemes plus qu'eux-mêmes.

Qu'il fut véritablement un grand roi, puisqu'il rendit les autres rois heureux et puissants, et qu'il sut les moyens de s'élever , malgré l'envie , assez liant pour atteindre jusque là par ses bienfaits. Du moins, ce fut en son temps que le monde ouvrit les yeux , et qu'il connut, quoiqu'un lieu tard, que la fin des guerres et le remède des afflictions publiques serait qu'il y eut en chaque siècle un monarque qui méritât d'être aimé et d'être estimé des autres princes autant qu'il faudrait pour régner dans leur cœur , et pour devenir le confident de leurs desseins, le protecteur de leurs droits et l'arbitre de leurs différends; que pour lors, une parole ou un arrêt de sa sagesse suffirait pour [apaiser ces inimitiés fatales entre les maîtres du jnonde, dont on a toujours cru qu'elles ne pouvaient être éteintes que dans des déluges de sang répandu, ou étouffées sous les ruines du genre humaiu.

Qu'il ne se proposa personne pour l'imiter durant son règne en ses hautes entreprises, et qu'il connut de bonne heure que l'homme ne fait jamais parfaiten^ent bien ce qu'il fait par imitation. Cette maxime ne lui fut pas inspirée par l'orgueil : l'instinct admirable qui l'instruisit à faire de grandes actions sans exemple et sans modèle , le rendit assez humble pour ne pas mépriser les bons exemples, et assez sage pour ne rien faire de lui-même qui ne méritât d'être imité.

Que ses actions ne furent pas moins exemplaires que merveilleuses; que ce fut par elles et par la grâce dont il les anima qu'il fit entrer ses maximes dans les esprits , et qu'il forma tout ce qu'il y eut de grands hommes qui travaillèrent sous lui , ou qui commandèrent ailleurs.

Enfin, qu'il fut un roi que chaque prince tâcha d'imiter, que chaque nation désira de \oir, que chaque ennemi

Vt ÉPITRE.

fut contraint d'aimer, que les provinces et les villes, transportées d'admiration en le voyant entrer chez elles durant les triomphes, appelèrent chacune leur bien-aimé , et toutes d'une voix commune, le bien-aimé de l'univers!

Sire', il y a de longues années que la Renommée tenait véritablement ces discours chez les Indiens , dans l'Afrique et dans l'Amérique. Elle a commencé depuis quelque temps à les tenir aussi dans l'Europe: ce sont comme autant de portraits qu'elle vient tracer dans la France,' et à la suite de votre Cour.

Le peu que je viens d'écrire est une petite copie que j'en ai tirée. J'ose l'exposer aux yeux de Votre Majesté. Tout ce qu'il m'est permis d'en dire, c'est que ce me serait un bonheur extrêsne qu'il y parût quelques marques d'où elle pût connaître avec combien de zèle et de respect je suis,

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