VIII AVANT-PROPOS
par leurs raisonnements tout ce qu'ils ont appris de la nature et de la foi durant leur bas âge.
Il disait en ces compagnies-là des choses qui semblaient d'ordinaire assez bien dites pour avoir été dictées par le Saint-Esprit. La Providence, qui les lui inspirait, ne permit pas qu'il s'en oubliât.
Une des coutumes de cet homme sage au retour des conversations était d'écrire ce qu'on lui avait proposé , ce qu'il avait répondu , et ce qui s'était passé de plus remarquable durant les disputes.
Son espérance était que, quelque jour, il aurait le loisir de mettre ses écrits en ordre , et qu'il en ferait un présent au public et à la postérité. Quelques-uns de ses amis , qui héritèrent de ses papiers, et qui furent les témoins de ses pensées les plus secrètes , conçurent la même espérance; mais la mort , qui l'avait prévenu , les prévint eux-mêmes. Il ne fallait pas qu'elle fît ensevelir avec eux un si louable dessein. Cet ouvrage est un effort que j'ai fait pour l'en empêcher , et pour rendre à la France ce qu'ils lui avaient destiné par leur testament.
Je me suis donné les peines et les soins que l'affaire méritait; mais ce n'a pas été sans juger d'abord que le plus grand succès que je devais me proposer, c'était de ne pas m'éloigner de ses sentiments ; c'est beaucoup même , eu égard à la manière dont ces sortes de mémoires ont coutume d'être écrits.
Peut-être que quelques-uns m'attribueront ce que Sidonius disait en faveur d'un de ses amis , qu'il avait assez bien lu les minutes d'un homme savant et sage, puisqu'il avait très-bien deviné ce qu'il voulait dire. Tout ce que j'avance, c'est que s'il se trouve ici quelques fautes, on ne doit les attribuer qu'à ma plume.