X AVANT- PROPOS
Il est vrai que cet homme, né pour les grandes actions , se trouva toujours au milieu d'une multitude de grandes affaires , et au milieu des bruits et des mouvements du monde , mais il n'y perdit point son repos. Les révolutions de la cour , et toutes les agitations du temps et de la fortune, n'eurent point la force de l'ébranler , ni de le retirer de son centre, ni de troubler ses dévotions.
Son âme était de la nature des étoiles qui vont répandre partout leurs influences , et qui suivent jour et nuit les courses du firmament sans jamais quitter leur place, et sans cesser d'être immobiles. Je veux dire que le même amour qui l'attachait aux volontés de Dieu, et qui l'obligeait de les suivre au travers des persécutions et des autres peines d'une vie apostolique, l'attacîia constamment à sa coutume de s'entretenir continuellement avec Dieu, et de goûter, durant les plus fâcheuses distractions de son emploi, les douceurs célestes de la vie solitaire et intérieure.
C'est là , dit Saint Augustin , le vrai miracle que Dieu opère dans les personnes qu'il a choisies pour les employer aux desseins de sa providence , et pour confier à leurs soins les plus chers intérêts de l'État et de la Religion. L'esprit, ditil , de ces grands hommes , semblable à celui de Dieu, entre dans les affaires du monde, et il leur donne le mouvement , mais ne s'agite pas avec elles ; il y descend sans y tomber et sans s'y répandre.
En un mot , ce théologien était dans la Cour ce qu'est une ombre sur le cadran d'un palais : regardée et considérée des princes et d'une infinité de personnes, mais uniquement attentive et occupée à suivre son soleil , et à se trouver à chaque heure à l'endroit qu'il lui marque par sa