‹ Le théosophismeChapitre 113 sur 163 · I. De Pan Q.'tûOO avait Jésus-Christ à nos jours, pp · texte numérisé non relu

I. De Pan Q.'tûOO avait Jésus-Christ à nos jours, pp

ios, mais Chrestos, et tel put être le cas de Jésus de Nazareth, si toutefois l'on admet son existence historique, dont, pour sa part, elle doutait fortement. Voici, en effet, l'un des passages où elle s'explique le plus nettement à cet égard : « Pour moi, Jésus-Christ, c'est-à-dire l'Homme-Dieu des Chrétiens, copie des Avatars de tous les pays, du Chrishna hindou ^ comme de l'Horus égyptien, n'a jamais été un personnage historique. C'est une personnification glorifiée du type déifié des grands Hiérophantes des Temples, et son histoire racontée dans le Nouveau Testament est une allégorie, contenant certainement de profondes vérités ésotériques, mais c'est une allégorie. » Cette « allégorie », bien entendu, n'est pas autre chose que le fameux « mythe solaire » ; mais poursuivons : « La légende dont je parle est fondée, ainsi que je l'ai démontré à diverses reprises dans mes écrits et dans mes notes, sur l'existence d'un personnage nommé Jehoshua (dont on a fait Jésus), né à Lud ou Lydda vers l'an 120 avant l'ère moderne. Et si l'on contredit ce fait, ce à quoi je ne m'oppose guère, il faudra en prendre son parti et regarder le héros du drame du Calvaire comme un mythe pur et simple » -. Pourtant, un peu plus tôt, M"'^ Blavatsky s'était exprimée d'une façon bien différente et beaucoup plus affirmative sur le « fait » dont il s'agit : « Jésus fut un Chrestos,... qu'il ait vécu réellement peiidant l'ère chrétienne, ou un siècle auparavant, sous le règne d'Alexandre Jannès et de sa femme Salomé, à Lud, ainsi que l'indique le Sepher Toldoth Jehoshua. » La source qu'elle cite ici est un livre rabbinique composé avec un évident parti pris de polémique antichrétienne, et dont on s'accorde généralement à regarder la valeur historique comme tout à fait nulle ; cela n'empêche pas que, répondant à « quelques savants d'après lesquels

I . C'est évidemment avec intention que M"^ Blavatsky écrit Chrishna et non Krishna ; elle n'ose pourtant pas aller jusqu'à écrire Christna, comme le faisait Jacolliot ,

a. Le Lotus, avril 1888 (controverse avec l'aibbé Roca).

cette assertion serait erronée », et parmi lesquels il faut ranger Renan lui-même, elle ajoutait en note : « Je disque les savants mentent ou déraisonnent. C'est nos Maîtres qui l'affirment. Si l'histoire de Jehoshua ou Jésus Ben Pandira est fausse, alors tout le Talmud, tout le canon juif est faux. Ce fut le disciple de Jehoshua Ben Parachia, le cinquième président du Sanhédrin depuis Ezra qui l'écrivit la Bible. Compromis dans la révolte des Pharisiens contre Jannœus en io5 avant l'ère chrétienne, il s'enfuit en Egypte, emmenant le jeune Jésus avec lui. Bien plus vrai est ce récit que celui du Nouveau Testament dont l'histoire ne dit mot » ^ Ainsi, voilà des faits dont ses « Maîtres » eux-mêmes, à l'en croire, lui avaient garanti la réalité, et, quelques mois plus tard, elle ne s'oppose plus à ce qu'on les traite de simple légende ; comment expliquer de semblables contradictions, sinon par ce « cas pathologique » que devait dénoncer ensuite le directeur de la revue même qui avait publié toutes ces élucubrations ?

Tout autre est l'attitude de M""^ Besant, car elle affirme au contraire l'existence historique de Jésus, tout en la reportant, elle aussi, un siècle environ avant l'ère chrétienne ; nous allons résumer le récit singulier qu'elle fait à ce sujet dans son Christianisme Esolérique 2. L'enfant juif dont le nom fut traduit par celui de Jésus naquit en Palestine l'an io5 avant notre ère ; ses parents l'instruisirent dans les lettres hébraïques ; à douze ans, il visita Jérusalem, puis fut confié à une communauté essénienne de la Judée méridionale. Disons tout de suite que l'histoire des relations de Jésus avec les Esséniens n'a pas été inventée de toutes pièces par les théosophistes, et que, avant eux, bien d'autres organisations occultes ont voulu en tirer parti ; c'est d'ailleurs une habitude assez courante, dans ces milieux, de se réclamer des Esséniens, que certains prétendent rattacher

1, Le Lotus, décembre 1887.

2 . Voir également l'ouvrage de Mead intitulé Did Jesua live 100 li. C. ?

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aux Bouddhistes, on ne sait trop pourquoi, et chez lesquels on a voulu trouver une des origines de la Maçonnerie. Il y a même eu en France, il y a une trentaine d'années, une secte spirite qui se disait « essénienne », et pour laquelle il y avait deux Messies, Jésus et Jeanne d'Arc ; on y attachait une grande importance à un manuscrit relatif à la mort de Jcsus, soi-disant retrouvé à Alexandrie, et publié à Leipzig en 18/19 P'^'' "° certain Daniel Ramée ; une traduction anglaise de cet écrit, dont le but manifeste est de nier la résurrection, a paru récemment en Amérique sous les auspices de la « Grande Ecole » ou « Ordre de Lumière » dont nous avons parlé précédemment. Maisrevenons au récit de M™^ Besant : à dix-neuf ans, Jésus entra au monastère du mont Serbal, où se trouvait une bibliothèque occultiste considérable, dont beaucoup de livres « provenaient de l'Inde transhimâlayenne » ; il parcourut ensuite l'Egypte, où il devint <( un initié de la Loge ésotérique de laquelle toutes les grandes religions reçoivent leur fondateur», c'est-à-dire de la « Grande Loge Blanche », qui, à cette époque, n'était pas encore centralisée au Thibet, bien qu'un autre écrivain, qu'on assure d'ailleurs n'être pas théosophiste, et à l'égard duquel les théosophistes témoignèrent même quelque méfiance, prétende avoir retrouvé des traces du séjour de Jésus dans cette dernière contrée, où il aurait été connu sous le nom d'Issa^.

La suite demande encore quelques explications, car c'est ici que nous en arrivons à la façon dont se produit, d'après les théosophistes, la manifestation d'un « Grand Instructeur », ou même parfois celle d'un « Maître » de moindre importance : pour épargner à un être aussi « évolué » la peine de se préparer lui-même un v véhicule » en passant par toutes les phases du développement physique ordinaire, il faut qu'un v initié •>) ou un « disciple » lui prête

I. La Vie inconnae de Jésus-Christ, par Nicolas Notovitch ; voir Lotus Bleu, 27 juillet 189^.

LE MESSIE FUTUR I qS

son corps, lorsque, après y avoir été spécialement préparé par certaines épreuves, il s'est rendu digne de cet honneur. Ce sera donc, à partir de ce moment, le « Maître » qui, se servant de ce corps comme s'il était le sien propre, parlera par sa bouche pour enseigner la « religion de la sagesse » ; il y a là quelque chose d'assez analogue au phénomène que les spirites appellent « incarnation » , mais avec cette dififérence qu'il s'agirait dans ce cas d'une « incarnation » permanente. Il faut ajouter que des « Maîtres » vivants pourraient, d'une façon semblable, se servir occasionnellement du corps d'un disciple, ce qu'ils auraient fait souvent avec M™^ Blavatsky ; on dit encore que les « Maîtres » ne se réservent pas exclusivement le privilège de la réincarnation par substitution, et qu'ils en font parfois bénéficier leurs disciples les plus avancés : sur ce dernier point, nous avons rapporté plus haut les affirmations de Sinnett et de M. Leadbeater, d'après lesquelles M^^ Blavatsky serait ainsi passée dans un autre corps aussitôt après sa mort. Mais le cas qui nous intéresse plus particulièrement ici est celui de la manifestation des « Maîtres » ; on semble admettre, sans toutefois l'affirmer toujours d'une façon absolue, que Bouddha se servit, du moyen que nous venons d'indiquer ; voici ce que dit là-dessus M. Leadbeater : « Il se peut que le corps d'enfant né du roi Souddhodana et de la reine Mâyâ n'ait pas, dans les premières années, été habité par le Seigneur Bouddha lui-même, qui, comme le Christ, aurait demandé à un de ses disciples de prendre soin de ce véhicule et n'y serait entré qu'au moment oii ce corps se trouva affaibli par les longues austérités qu'il s'infligea pendant six années pour trouver la vérité. S'il en est ainsi, il n'est pas étonnant que le prince Siddhârtha n'ait pas conservé la mémoire de toutes les connaissances acquises antérieurement par le Seigneur Bouddha, puisqu'il n'était pas la même personne» -. Siddhârtha aurait

a. L'Occultisme dans la Nature, p. Sa a.

ig6 LE THÉOSOPHISME

donc été, de même que Jésus, le disciple choisi par le « Maître » pour préparer un corps adulte et le lui céder ensuite, « sacrifice que ses disciples seront toujours heureux de lui faire » * ; et ce qui n'est donné que comme une simple hypothèse dans le passage que nous venons de citer est présenté ailleurs par le même auteur comme un fait certain et d'un caractère très général : « L'idée d'emprunter un corps approprié est toujours adoptée par les Grands Etres lorsqu'ils pensent qu'il est bon de descendre parmi les hommes dans les conditions actuelles. Le Seigneur Gautama agit ainsi lorsqu'il vint sur terre pour atteindre la dignité de Bouddha. Le Seigneur Maitreya fit de même lorsqu'il vint en Palestine il y a deux mille ans » -. En tout cas, en ce qui concerne la manifestation du Christ, dont il s'agit dans cette dernière phrase, les théosophistes actuels sont toujours très affirmatifs : M™^ Besant dit que le « disciple » Jésus, parvenu à l'âge de vingt-neuf ans, était devenu « apte à servir de tabernacle et d'organe à un puissant Fils de Dieu, Seigneur de compassion et de sagesse » ; ce « Maître » descendit donc en Jésus, et, pendant les trois années dé sa vie publique, « c'est lui qui vivait et se mouvait dans la forme de l'homme Jésus, prêchant, guérissant les maladies, et groupant autour de lui quelques âmes plus avancées » ^. Au bout de trois ans, « le corps humain de Jésus porta la peine d'avoir abrité la présence glorieuse d'un Maître plus qu'humain » '* ; mais les disciples qu'il avait formés restèrent sous son rnfluence. et, pendant plus de cinquante ans, il continua à les visiter au moyen de son « corps spirituel » et à les initier aux mystères ésotériques. Par la suite, autour des récits de la vie historique de Jésus, se cristallisèrent les « mythes »

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