‹ Le théosophismeChapitre 74 sur 163 · Le Bouddhisme Es-itèrique , p. i 3i · texte numérisé non relu

Le Bouddhisme Es-itèrique , p. i 3i

2, L'Occultisme dans la Nature, pp. i

LB TBÉOSOHBISMË.

l3o LE THÉOSOPHISME

phistes comme dans celle des occultistes, il se rencontre bien des personnes qui font en même temps du spiritisme, sans trop se préoccuper de la façon dont ces choses peuvent être conciliées, et peut-être même sans se demander si elles peuvent l'être. On ne doit pas trop s'étonner qu'il en soit ainsi, si l'on songe à toutes les contradictions qui sont contenues dans le théosophisme même, et qui n'arrêtent pas ces mêmes personnes, qui ne semblent ni les embarrasser ni leur donner à réfléchir : étant au fond beaucoup plus sentimentales qu'intellectuelles, elles se porteront indifféremment vers tout ce qui leur paraîtra apte à satisfaire leurs vagues aspirations pseudo-mystiques. C'est là un effet de cette religiosité inquiète et dévoyée, qui est un des traits les plus frappants du caractère de beaucoup de nos contemporains ; c'est surtout en Amérique qu'on en peut voir les manifestations les plus variées et les plus extraordinaires, mais l'Europe est loin d'en être indemne. Cette même tendance a aussi contribué pour une grande part au succès de certaines doctrines philosophiques telles que le bergsonisme, dont nous signalions précédemment les affinités avec le « néo-spiritualisme » ; le pragmatisme de William James, avec sa théorie de Tw expérience religieuse» et son appel au « subconscient » comme moyen de communication de l'être humain avec le Divin (ce qui nous apparaît comme un véritable cas de satanisme inconscient), en procède également. 11 est bon de rappeler, à ce propos, avec quel empressement des théories comme celles-là ont été adoptées et mises à profit par la plupart des modernistes, dont l'état d'esprit est tout à fait analogue à celui des gens dont nous parlons en ce moment ; du reste, la mentalité moderniste et la mentalité protestante ne diffèrent en somme que par des nuances, si même elles ne sont identiques au fond, et le « néo-spiritualisme » en général tient d'assez près au Protestantisme ; en ce qui concerne spécialement le théosophisme, c'est surtout la seconde partie de son histoire qui permettra de s'en rendre compte.

LE TllKOSOPHISMIi ET LE SHIHITISME lOI

Malgré tous les rapprochements qu'il y a lieu d'établir, on peut remarquer que, d'une façon générale, les théosophistes parlent des spi rites avec un certain dédain: cette attitude est motivée par leurs prétentions à l'ésotérisme ; il n'y a rien de tel chez les spirites, qui n'admettent au contraire ni initiation ni hiérarchie d'aucune sorte, et c'est pourquoi l'on a pu dire parfois que le théosophisme et l'occultisme sont un peu, par rapport.au spiritisme, ce qu'est l'aristocratie par rapport à la démocratie. Seulement, l'ésotérisme, qui devrait normalement être regardé comme l'apanage d'une élite, semble mal se concilier avec la propagande et la vulgarisation, et pourtant, chose extraordinaire, les théosophistes sont presque aussi propagandistes que les spirites, bien que dune façon moins directe et plus insinuante; c'est encore là une de ces contradictions qui abondent chez eux, tandis que les spirites sont parfaitement logiques sous ce rapport. D'ailleurs, le dédain des théosophistes à l'égard des spirites est assez peu justifié, non seulement parce que leur soi-disant ésotérisme est de la qualité la plus inférieure, mais aussi parce que beaucoup de leurs idées ont été primitivement, qu'ils le veuillent ou non, empruntées au spiritisme : toutes les modifications qu'on a pu leur faire subir ne parviennent pas à dissimuler entièrement cette origine. En outre, il ne faudrait pas oublier que les fondateurs de la Société Théosophique avaient commencé par faire profession de spiritisme (nous en avons assez de preuves pour ne tenir aucun compte de leurs dénégations ultérieures), et que c'est aussi du spiritisme que sont venus plus tard d'autres théosophistes de marque : tel est notamment le cas de M. Lcadbeater. Celui-ci est un ancien ministre anglican qui, d'après son propre témoignage, fut attiré au théosophisme par la lecture du Monde Occulte de Sinnett, ce qui est bien caractéristique de sa mentalité, car cet ouvrage retraite que des « phénomènes » ; à cette époque, il suivait avec assiduité les séances du médium Eglinton. Il faut dire qu'Eglinton, à la suite d'un séjour qu'il avait fait dans l'Inde en 1882,

l3^ LE THÉOSOPHISME

et durant lequel il avait fréquenté divers théosophistes, avait été gratifié, sur le navire qui le ramenait en Europe, d'une apparition de Koot Hoomi, lequel s'était présenté à lui « par les signes d'un Maître Maçon » ; il est vrai que, après avoir certifié tout d'abord la réalité de cette manifestation, il se ressaisit par la suite et déclara qu'il n'avait été en présence que d'une simple « matérialisation» spirite *. Quoi qu'il en soit de cette histoire, où l'autosuggestion joua vraisemblablement le plus grand rôle, Eglinton, lors de ses relations avec M. Leadbeater. était «contrôlé (ï par un «esprit » nommé Ernest, celui que nous avons vu M""^ Blavatsky mettre sur le même rang que son ancien « guide » John Kinsf. Cet Ernest s'étant un jour vanté de connaître les « Maîtres de Sagesse », M. Leadbeater eut l'idée de le prendre comme intermédiaire pour faire parvenir une lettre à Koot Hoomi ; ce n'est qu'au bout de plusieurs mois, et « non par l'entremise d'Ernest », qu'il reçut une réponse, dans laquelle le « Maître » lui disait qu'il « n'avait pas reçu sa lettre et ne pouvait la recevoir, étant donné le caractère du messager », et l'engageait à aller passer quelque temps à Adyar. Là-dessus, M. Leadbeater alla trouver M""* Blavatsky, qui était alors à Londres, mais devait repartir le lendemain même pour l'Inde (c'était vers la fin de l'année i88l\) ; au cours d'une soirée chez M°^e Oakley, M*"^ Blavatsky « matérialisa »unenouvellelettredu «Maître», et, suivant les conseils qui y étaient contenus, M. Leadbeater, abandonnant brusquement son ministère, pritle bateau quelques jours plus tard, rejoignit M"'^ Blavatsky en Egypte et l'accompagna à Adyar ; il était dès lors devenu un des membres les plus zélés delà Société Théosophique^.

Pour terminer ce chapitre, nous devons encore signaler qu'il y eut au moins une tentative faite par les théosophistes

1. Le Monde Occulte, pp. 254-264 ; ibid., postface du Iradacleur, pp. Sig- 826 ; lettre d'Eglinton au Lifjlit, janvier 188G.

Page 1