LE THEOSOPUISME ET LE SPIRITISME 10 J
rite ; que beaucoup d'autres agents pouvaient provoquer ces phénomènes ; que les plus insignifiants d'entre eux étaient produits par des élémentals ou esprits de la nature, entités appartenant au monde astral ; que quelques-unes seulement des communications pouvaient être l'œuvre des désincarnés ; que le plus grand nombre de ces phénomènes pouvaient être causés par la volonté d'un homme psychiquement entraîné, avec ou sans l'aide des âmes des morts ou des élémentals. Mais lorsque, en outre, elle affirma que l'âme humaine, dans le corps aussi bien que hors du corps, a le pouvoir de provoquer beaucoup de ces conditions, que ce pouvoir lui est inhérent et qu'elle n'a pas besoin de le gagner par la mort, pouvant l'exercer dans son corps physique aussi bien que lorsqu'elle en a été séparée, un grand nombre de spirites protestèrent et refusèrent d'avoir désormais aucune communication avec elle. » Yoilà une singulière façon d'écrire l'histoire ; pour la juger, il suffit de se rappeler, d'une part, les déclarations antispirites de M™^ Blavatsky, et, d'autre part, l'importance prépondérante qui fut accordée aux « phénomènes » à l'origine de la Société Théosophique. M""^ Besant voulait avant tout persuader les spirites que « les forces qui guident les deux mouvements » étaient au fond les mêmes ; mais cela ne suffisait pas, et elle en arrivait à leur accorder, avec de légères réserves, la vérité même de leur hypothèse fondamentale : « Il faut enlever aux spirites l'idée que nous nions la réalité de leurs phénomènes. Dans le passé, une importance exagérée a été donnée à la théorie des coques ou cadavres astraux. Vous trouverez, il est vrai, quelques écrivains déclarant que presque tous les phénomènes spirites sont dus à l'action des coques ; mais permettez-moi de vous dire que ceci est l'opinion d'une très petite minorité de théosophcs. M. Judgc a fait une déclaration qu'il est impossible à tout théosophe instruit d'accepter, car il affirme que toutes les communications spirites sont l'œuvre de ces agents. Ce n'est pas là l'opinion de la majorité des théosophes ; et certainement ce
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n'est pas celle des théosophes instruits, ni de tous ceux qui, depuis ^1™* Blavatsky, ont quelque prétention à la connaissance de l'occultisme. Nous avons toujours affirmé que, tandis que quelques-unes de ces communications pouvaient être de cette nature, la plus grande partie d'entre elles provenait des désincarnés. » Ici, le mensonge est flagrant : il n'y a qu'à comparer la dernière phrase avec les textes de M""' Blavatsky que nous avons reproduits plus haut ; mais il y avait sans doute quelque habileté à rejeter sur Judge, alors dissident, la responsabilité de certaines affirmations gênantes, qu'il n'était pourtant pas seul à avoir formulées. Et voici maintenant la conclusion : « Depuis quelques années, nous avons adopté la politique de ne jamais dire un mot hostile ou dédaigneux à nos frères spirites. Pourquoi n'adopteriez-vous pas la même manière d'agir, venant ainsi à notre rencontre à mi-chemin, sur ce pont que nous voulons édifier de concert ? Pourquoi, dans vos journaux, ne pourriezvous nous traiter comme nous vous traitons nous-mêmes? Pourquoi vous créer une habitude de toujours dire quelque parole dure, blessante ou amère, quand vous faites allusion à nos livres et à nos revues ? Je vous demande d'adopter notre politique, car je pense avoir le droit de vous le demander, me l'étant imposée à moi-même depuis tant d'années... Je vous prie de ne plus nous considérer désormais comme des rivaux et comme des ennemis, mais de nous traiter en frères dont les méthodes sont différentes de vos méthodes, mais dont le but est identique au vôtre... Je suis venue à vous ce soir dans le but de rendre notre union possible à l'avenir, et, si elle n'est pas possible, dans celui de nous débarrasser au moins de tous les sentiments hostiles ; et j'espère que notre réunion n'aura point été complètement inutile. » L'emploi du mot de « politique » parM™^ Besant ellemême, pour qualifier son attitude, est vraiment remarquable ; c'est bien le mot qui convient en effet, et cette politique avait à la fois un but immédiat, qui était de faire cesser les attaques des spirites contre le théosophisme, et un but plus
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éloigné, qui était de préparer, sous prétexte d'union, une véritable mainmise sur le mouvement « spiritualiste o ; ce qui s'est passé dans d'autres milieux, comme nous le verrons plus loin, ne permet aucun doute sur ce dernier point. Nous ne croyons pas, d'ailleurs, que les spirites se soient laissé circonvenir ; les avances de M"*^ Besant ne pouvaient leur faire oublier tant de déclarations contraires, et les deux partis restèrent sur leurs positions ; si nous nous y sommes arrêté, c'est surtout parce qu'il y a là un excellent échantillon de la mauvaise foi théosopliiste.
Avant de reprendre l'historique du théosophisme, il est encore deux questions que nous voulons traiter briève- •ment : la première est celle de l'attitude du théosophisme à l'égard des religions ; la seconde se rapporte à l'existence du serment dans la Société Théosophique. Sur le premier sujet, nous avons vu que M""^ Blavatsky présentait sa doctrine comme « l'essence et l'origine commune de toutes les religions », sans doute parce qu'elle avait emprunté quelque chose à chacune d'entre elles. Nous avons dit aussi qu'on admet indistinctement, dans la « section exotérique », des personnes de toutes les opinions ; on se van le d'y faire preuve d'une tolérance sans bornes, et M""^ Blavatsky, pour bien montrer qu' u aucun membre de la Société n'a le droit de forcer un autre membre à adopter ses opinions personnelles », cite ce passage des règlements : « Il est interdit aux agents de la Société mère de témoigner en public, soit en parole, soit en action, quelque préférence ou quelque hostilité pour lune ou l'autre secte, religieuse ou philosophique. Tous ont également le droit de voir les traits essentiels de leur croyance religieuse exposés devant le tribunal d'un monde impartial. Et aucun agent de la Société n'a le droit, en sa qualité d'agent, de prêcher, à une réunion de membres, ses vues et ses croyances sectaires, à moins que son auditoire ne soit composé de ses
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coreligionnaires. Quiconque, après avoir été sérieusement averti, continuera d'enfreindre cette loi, sera provisoirement démissionné ou bien expulsé » K C'est cet article que quelques théosophistes devai-^at plus tard reprocher à M""*^ Bcsant d'avoir violé, en propageant une religion particulière de son invention, sur quoi 1\I. Leadbeater leur fit observer avec une certaine aigreur a que cette politique est l'affaire de la présidente et non la leur, que celle-ci, en tant que présidente, en sait beaucoup plus long qu'eux à tous les points de vue, et qu'elle avait sans doute d'excellentes raisons que ces membres ignoraient complètement » "^. Ainsi, les dirigeants de la Société sont au-dessus des lois, qui n'ont sans doute été faites que pour les simples membres et les agents subalternes ; dans ces conditions, il est bien douteux que la tolérance qu'on proclame si haut soit toujours strictement respectée.
Du reste, même si l'on s'en tient à ce qui se trouve dans les ouvrages faisant autorité dans la Société Théosophique, on est bien forcé de constater que l'impartialité y fait souvent défaut. Nous avons déjà signalé l'antichristianisme avéré de M"^ Blavatsky, qui n'était sans doute dépassé que par son antijudaïsme ; d'ailleurs, tout ce qui lui déplaisait dans le Christianisme, c'est au Judaïsme qu'elle en attribuait l'origine. C'est ainsi qu'elle écrivait : « Toute l'abnégation qui fait le sujet des enseignements altruistes de Jésus est devenue une théorie bonne à être traitée avec l'éloquence de la chaire, tandis que les préceptes d'égoïsme pratique de la Bible mosaïque, préceptes contre lesquels le Christ a tant prêché en vain, se sont enracinés dans la vie même des nations occidentales... Les Chrétiens bibliques préfèrent la loi de Moïse a la loi d'amour du Christ ; l'Ancien Testament, qui se prête à toutes leurs passions, sert de base à leurs lois de conquête, d'annexion et de tyrannie » ^. Et