MANETTES
diverses ; il est impossible de rendre visible le moindre clapotage. 4
Les essais de ponction nous expliquent d'ailleurs ces anomalies : il s’agit d’un liquide extraordinairement épais et visqueux ; en employant les plus gros trocarts, c’est à peine si on peut à leur orifice, par aspiration forcée, enfaire baver une goutte qui sert à l'examen : la ponction est rigoureüsement impossible. L'état général, sans être alarmant, devient plus précaire. La température qui s'était régularisée monte aux environs de 38°. Nous sommes obligés de renoncer aux évacuations et aux insufflations et, comme dans le cas de M. P... (observ. III) nous discutons l’opportunité d’une thoracoplastie. Cependant le succès que nous avons obtenu chez ce malade nous encourage aux mêmes essais, et le 14 décembre nous injectons en plein pus o gr. 10 de thiosulfate d'or et de sodium. Aucune réaction n’est notée,
Mais la malade, revue le 25, nous déclare spontanément avoir entendu clapoter son liquide : on obtient sans nul doute possible de la succusion hippocratique, parfaitement visible à l'écran. Une nouvelle tentative de ponction est cette fois couronnée de succès, et c’est un véritable pus, encore épais mais liquide, que l'on retire à la seringue (250 ec).
Depuis, nous faisons chaque semaine une injection intrapleurale de o gr. 10 de thiosulfate.
Le 4 février, on retire 250 cc. de pus nettement plus fluide. Le microscopè montre encore quelques bacilles de Koch, ‘assez rares, alors qu'ils étaient en nombre considérable sur les frottis faits auparavant.
Le 7 mai, une ponction donne 250 ce. d'un liquide à nou-
AU
veau épais, mais dans lequel on ne trouve plus de bacilles de Koch. Peut-être s’agit-il là d’un épaississement purement mécanique, le liquide ne semblant plus avoir tendance à se reproduire. L'état général est redevenu favorable et la malade a été acceptée par la Commission des Sanatoria de l'Assistance Publique. Nous comptons cependant lui faire
encore quelques injections de thiosulfate.
En résumé, cette malade présentait un pyopneumothorax d’allure maligne qui s'est singularisé par les caractères très particuliers du liquide, épais, visqueux et dense, et se refusant pendant plus de quatre mois à toute évacuation. L'évolution s’aggravait et la fistule broncho-pleurale paraissait inévitable : deux injections de thiosulfate ont entrainé une transformation rapide du pus, rendant possibles les ponctions-insufilations et s'accompagnant d’une reprise générale favorable. Il nous paraît dif-
ficile de ne voir là qu'une heureuse coïncidence.