LA MARIANI-ZAMPIERI
et je n'eus garde de manquer à cette représentation.
La Locandiera (mot à mot FHôtesse, ou mieux la Loueuse de chambres garnies) est une des pièces les plus connues de Goldoni. 11 n'y a pas une comédienne italienne de quelque renom qui n'ait tenté de s'essayer dans ce rôle de la Locandiera fait tout entier de charme et de grâce enjouée. Aussi ne m'y arrêterai-je pas longtemps. Et puis raconter du Goldoni ! Vous engagez-vous à raconter du Marivaux? Essayez donc de me donner un aperçu, par le récit, du Jeu de l'amour et du hasard, et faites-m'en comprendre l'esprit ! Ah ! combien j'abandonnerais volontiers tout le bagage des pièces moderno-physiologico-pathologico-état-d'àme pour un de ces petits bijoux goldoniens qui ne tiennent que sur une pointe d'aiguille, il est vrai, mais qui me font passer une heure délicieuse, surtout lorsque le rôle de la Locandiera a la bonne fortune d'être tenu par une actrice aussi séduisante que Mm0 Tina di Lorenzo. et que ses partenaires s'appellent Flavio Ando et Pilotto î
La Locandiera fut écrite en 1751 pour la soubrette (la servetta) Corallina et représentée à Venise le 26 décembre. Mirandolina — c'est le nom de notre héroïne — tient donc des chambres garnies à louer à Florence, et par son esprit,
par ses bonnes grâces, fait tourner absolument la tète, sans le vouloir, à tous ceux qui viennent habiter sous son toit. Tel n'est pas cependant le cas du jeune chevalier de Ripafratla qui se vante de n'avoir aucune passion pour les femmes, affecte de ne pas faire attention à Mirandolina. et se moque de la faiblesse de ses deux compagnons, le marquis de Forlimpopoli, type de vieux ridicule, et le comte d'Albafiorita, cavalier fort présentable. Mirandolina, blessée pour la première fois dans son amour-propre de femme dédaignée, dresse, par dépit, toutes ses batteries contre ce sauvage qui ne daigne même pas tourner la tête quand elle passe. Non pas qu'elle aime le chevalier ! Certes, non. Mais c'est l'honneur de son sexe qui est en jeu. Elle veut voir ce barbare soumis, humilié, repenti, et lui rire au nez quand il se traînera à ses pieds. Le sujet n'est-il pas tout à fait joli?
Tout d'abord, elle commence par flatter ses manies en renchérissant encore sur tout ce qu'il dit sur le compte des femmes ; elle affecte un égal dédain pour les hommes, se moque de ceux qui lui font la cour, et ne tarit pas en plaisanteries sur le compte de ses deux autres locataires dont les fadeurs l'importunent.
La seule société possible pour elle dans cette maison n'est-elle pas celle du chevalier? En voilà