LA MARIA.NI-ZAMPIERI
un de qui Ton est sûr au moins de ne pas recevoir de déclarations banales et ridicules.
Il est clair que grâce à ce petit artifice bien féminin. Mirandolina ne tardera pas à acquérir bientôt tonte l'estime du chevalier qui l'admire, la croit digne de ses confidences, et la regarde désormais comme une femme de grand bon sens que l'on a toujours beaucoup de plaisir à revoir. De cette amitié-là à l'amour il n'y a plus qu'un pas, et le pauvre chevalier de Ripafratta, qui ne s'est pas douté un seul instant du piège, tant Mirandolina est adroite, ne met pas longtemps à le franchir. Il s'ennuie dès qu'il ne la voit plus, il la cherche, il en est fou. Voici donc Mirandolina au comble du bonheur, et cependant elle ne juge pas sa vengeance encore assez complète. Elle veut mettre le chevalier au désespoir, et finit par épouser à son nez et à sa barbe un brave garçon de sa condition.
Mrae Tina di Lorenzo. je le répète, est absolument charmante dans le rôle de la Locandiera, et s'y montre dans un costume Louis XV délicieux. Flavio Andô dans le rôle du chevalier, Pilotto dans le marquis grotesque, U. Piperno. V. Frigerio, A. Falconi, tous sont parfaits. C'est une des plus charmantes soirées que j'aie passées au théâtre en Italie.
Le vieux Goldoni, dans ses Mémoires^ raconte
que le succès de la Gorallina fut si prodigieux dans cette pièce que la Medebac, l'actrice principale, qui se déclarait malade et incapable de rien jouer, en laissa le lit deux jours après, pour interrompre les représentations de sa nouvelle rivale.
Ce qui prouve que si les répertoires passent, les mœurs théâtrales ne changent pas.
VIRGINIA REITER— CLAUDIO LEIGHEB
La Compagnie C. Leigheb-V. R.eiter au Théâtre Manzoni "de Milan. — Mm0 Virginia Reiter. — Son professseur Giovanni Emanuel. — Les succès de M,ue R.eiter en Amérique et en Espagne. — Le théâtre Manzoni. — Le Contrôleur des wagons-lits. — Claudio Leigheb. — Souvenir de Calvin, du Palais-Royal.— M™ Reiter dans Zaza et Jalouse. — Une Zaza bien italienne.
J'arrivai à Milan au moment où la Compagnie dramatique C. Lcigheb-V. Reiter (directeur des représentations A. Beltramo) faisait d'excellentes recettes au Théâtre Alessandro Manzoni, avec trois pièces françaises qui se succédaient en alternant sur l'affiche : Le Contrôleur des wagons- //7\. Jalouse de A. Bisson, et Zaza de P. Berton et G. t^imon, car Milan, contrairement à ce que ■nous avons vu se passer à Turin ou à Gènes, a le rare bonheur de pouvoir donner dix, douze, quinze fois la même pièce, lorsque celle-ci a le don de plaire. Une troupe, pendant une campagne de deux mois, n'en est donc pas réduite à changer tous les soirs son spectacle. Et cependant il n'y a pas plus à Milan que dans les autres villes,
de troupes fixes, pas même celles qui ne donnent des représentations qu'en dialecte milanais, et dont nous aurons à nous occuper plus tard.
La compagnie C. Leigheb-V. Reiter est une des meilleures d'Italie ; son répertoire est à peu près le même que celui de la troupe Tina di Lorenzo-F. Andô, bien que la note comique domine ici davantage ; la raison s'en explique d'ailleurs facilement, puisque son chef de file, Claudio Leigheb, est un premier comique de tenue, tandis qu'Andô est un jeune premier genre Bressant.
Mme Virginia Reiter est une des figures les plus en vue du théâtre italien moderne. Fille d'un marchand de meubles de Modène, puis élevée chez les Sœurs de cette ville, ce fut en 1882 que, bien jeune encore, tourmentée par le démon dramatique, elle vint à Milan avec sa mère, qui s'opposait à cette vocation, pour se faire engager par Giovanni Emanuel1. Celui-ci donnait des
1 Giovanni Emanuel, une personnalité très en vue du théâtre italien, absolument remarquable dans les rôles de Mercadet de Balzac et de Figaro du Mariage de Figaro « où il n'eut jamais de rivaux » en Italie, a-t-on coutume de dire, manquera forcément à cette collection pour cette raison qu'il donne en ce moment des représentations dans l'Amérique du Sud. où nous ne pouvons aller le voir. Il naquit le 11 février 1848 à Morano (Montferrat). Il débuta en 1866 avecBelloti-Bon, et depuis 1873 il est chef de troupe. Dans quelques scènes d'Othello, dans l'imprécation du Roi Lear, dans la scène capitale du Bâtard, Giovanni Emanuel, dit M. Luigi Rasi (/ Corriici italiani)
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