‹ Le th©©Øtre en ItalieChapitre 15 sur 46 · OZ · texte numérisé non relu

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VIRGINIA REITER. — CLAUDIO LELGIIEB 177

représentations à ce théâtre Manzoni où nous allons aller voir son élève. Mais quelle distance parcourue entre ce mois de mai 1882 où la jeune provinciale timide débutait à raison de six lires par soirée, et la triomphatrice de nos jours !

Ce fut en 1886, qu'ayant pris vraiment l'habitude des planches, Virginia Reiter commença à s'affirmer comme première actrice. Le 7 avril de cette année-là, on donnait aux Filodrammatici de Milan, avec Emanuel, la Maiïni et la Reiter, la Figlia di Jeftè du regretté Felice Cavallotti, dont la lin tragique de l'an passé est encore dans toutes les mémoires. L'œuvre de Cavallotti alla aux nues, et une comédienne nouvelle s'était révélée : Virginia Reiter.

« Ce fut un délire, écrit un biographe, toutes les dames milanaises devinrent bientôt fanatiques de la comédie et de la jeune actrice, et la Fit/lui di Jefle eut dix-huit représentations successives, et toujours avec un concours immense de public. >»

La Duse, plus lard, avec son incontestable autorité, reprit le rôle pour le jouer dans les

atteint une grande hauteur. C'est un des meilleurs interprètes de Shakespeare, que l'on connaisse. Malheureusement, ainsi que nous le constations déjà dans notre Théâtre au Portugal, toutes ces expéditions, au Brésil surtout, ne sont pas sans .langer, et le télégraphe nous a déjà apporté la triste nouvelle de la mort de deux artistes de sa compagnie enlevés par l'inflexible lièvre jaune.

villes où elle passait ; toutes les autres premières actrices d'Italie suivirent son exemple, mais Cavallotti n'oublia jamais sa première « Emma », comme le prouve la dédicace qu'il lui consacra lorsque l'auteur fit imprimer sa pièce. (Janvier 1887. Barbini, édit, Milan.)

En 1887. toujours avec la compagnie Emanuel, la Reiter commence sa première tournée triomphale en Amérique. Othello (Desdémone), le Mariage de Figaro (Chérubin), Fernande, le Demimonde, Froufrou, Fédora, la Dame aux camélias font les délices des publics de Montevideo, Biode-Janeiro, Buenos-Ayres, Valparaiso ; la troupe passe du Chili au Pérou, du Pérou au Mexique, du Mexique à la Havane. En 1890, nous la retrouvons à Rome, au Théâtre National, où elle obtient un notable succès dans Agatomédon de Cavallotti.

Mais la grande réputation de Mme Reiter comme première actrice ne s'est faite vraiment qu'à l'étranger ; le public italien, et surtout le monde des artistes, l'accueillait encore avec méfiance. Il lui fallut lutter pied à pied pour obtenir la place à laquelle elle avait droit ; les rivalités de métier s'en mêlaient ; certaines villes discutaient encore son talent. En 1891, elle repart avec Emanuel en Amérique, passe en 1892 en Espagne où elle soulève un véritable enthou-

Virginia I'eiter. Photographie lietlini, Lhourne.

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siasme, et se sépare de la Compagnie Emanuel l'année suivante.

Aujourd'hui nous la retrouvons dans cette Compagnie Y. Reiter-G. Leigheb, et son nom sur l'affiche suffît à attirer le public. Enfin, détail particulier, Mme V. Reiter a l'habitude d'aller passer son mois de vacances à Paris : elle est grande admiratrice de Sarah, cela va sans dire, mais elle a un véritable culte pour Réjane : « Elle ne joue pas, dit-elle; elle parle, elle vit. elle se meut comme dans la vie réelle. »

J'aurais voulu voir Mme Reiter dans une pièce vraiment italienne ; mais comment faire ? Jalouse, le Contrôleur des wagons-lits et Zaza n'ont pas quitté quitté l'affiche du Manzoni pendant tout ce mois. Je ne parlerai donc que de ce que j'ai vu .

Le théâtre Manzoni, situé au centre même de Milan, à quelques pas de la Cathédrale et de la Galerie, est une des salles les plus élégantes que je connaisse. La statue de l'auteur des Fiancés, lequel a donné le nom au théâtre, fait face au monument sur la piazza San Fedele. On vient d'inaugurer dans le vestibule un monument en l'honneur de Paolo Ferrari. De larges glaces placées dans l'atrium laissent apercevoir l'intérieur de la salle, et évitent au parterre debout des courants d'air. La salle, blanc et or, éclairée à la lumière électrique, comporte trois étages de i il

loges, où ne tiennent généralement que quatre personnes dans chacune d'elles. Le quatrième étage seul est en galerie. Il n'existe pas de fauteuils de balcon, comme du reste dans la plupart des théâtres méridionaux. Les fauteuils d'orchestre à bascule, en velours rouge, sont confortables. Le plafond est peint, et le rideau d'avant-scène représente une suite de portiques. Au premier plan, à droite, grandeur naturelle, Alfiéri et Goldoni se présentent au public. Plus à gauche , deux auteurs antiques (admettons Plaute et Térence) leur tiennent compagnie. A droite et à gauche, se faisant pendant, des portières par où les artistes viennent saluer quand on les rappelle, puisque l'usage n'est pas de relever le rideau à la fin des actes ; et remarquons en passant que le bon goût a banni de ce théâtre toute espèce de rideau-réclame ! A l'orchestre, un sextuor.

Les pièces que je vais voir étant françaises, et connues, je n'ai nullement l'intention d'en parler. Mais qu'il s'agisse de Jalouse, du Contrôleur des wagons-lits ou de Zaza, nous tâcherons de résumer nos impressions sur Mme Reiter, sur C. Leigheb, et sur leur troupe.

Leigheb. qui lient le rôle du brillante, que je traduirai librement par premier comique distingué, m'a tout à fait rappelé Calvin, du Palais-

Claudio Leigheb.

l'holographie Bellinî, Livourne.

VIRGINIA REITER. — CLAUDIO LEIGHEB 185

Royal, disparu il y a quelques années, avec cette seule différence que Calvin était plus grand que Leigheb ; mais c'est la même désinvolture . la même taille élancée, la même tenue, le même <( masque anglais », et, qui plus est, la même voix légèrement voilée. Puis, par d'autres moments, si nous fermons les yeux, nous croyons entendre la voix de Montrouge.

Leigheb est un comédien consommé, ayant une grande habitude de la scène ; sa mobilité de visage est excessive, et en cela il appartient bien à l'école italienne ; la distinction de ses manières est parfaite. Dans Zaza, il représente admirablement un type de comédien blasé ; dans le Georges Godefroid du Contrôleur des wagonslits, il nous donne la juste mesure de l'effet comique que peut produire un comédien de valeur sans jamais tomber dans la charge ni l'exagération.

Mrae Virginia Reiter ne saurait se comparer à aucune de nos actrices françaises parce qu'elle est italienne de la tète aux pieds. C'est une excellente Zaza, mais c'est une Zaza italienne, ce à quoi je ne vois aucun mal; peut-être même est-elle mieux comprise ainsi par son public. Le parisianisme de Réjane, ses gamineries, ses intonations faubouriennes venant dans ce rôle rappeler de temps à autre l'origine de son per-

sonnage, ne peuvent être goûtés vraiment que par des auditeurs français ; Mme Reiter a le grand mérite de n'imiter personne. Elle est italienne, joue devant un public italien, et nous donne une Zaza à sa manière. Ce en quoi elle a parfaitement raison. Elle déploie une grande douceur dans les scènes d'amour, et une certaine dureté d'expression dans les passages dramatiques. Mais il faudrait la voir dans d'autres rôles, et ce n'est pas dans Jalouse que nous pouvons encore suffisamment la juger. Enfin, M",e Reiter ne m'en voudra sans doute pas de porter à la connaissance du public étranger ce détail tout féminin : de toutes les actrices italiennes que j'ai vues jusqu'ici, c'est incontestablement elle qui sait le mieux s'habiller, et porter avec une grâce et une aisance parfaites le costume de ville.

Quant au reste de la troupe, sans atteindre l'ensemble de la troupe Tina di Lorenzo-Flavio Andô, nous devons constater sa suffisance, tout en tirant hors de pair une duègne peu ordinaire. Mme Z. Majone, qui nous a fait penser à Mathilde, et qui nous a donné dans Zaza une mère d'actrice idéale. En plaçant Mm" Duse hors concours, nous déclarons sans hésitation que Mme V. Reiter est la première comédienne actuelle en Italie.

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