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LA DUSE

a dit ' quelle force d'observation devait la porter ensuite aux plus hautes régions de l'art.

Nous relevons son passage à Naples en 1879, aux côtés de la Pezzana. La spontanéité, la sincérité de sa diction en font une Electre surprenante de vérité, et une Opliêlie inoubliable. Elle entre dans la Compagnie du fameux Gesare Rossi -, passe en peu de temps au rang de première actrice et dès lors connaît tous les succès et tous les triomphes.

« Mais ce fut la venue de Sarah Bernhardt à Turin, écrit M. Luigi Rasi 3 qui affirma, ou mieux compléta la transformation artistique de la Duse. » Dès ce moment, elle fut idéalement une Princesse de Bagdad, une Femme de Claude, une Denise, une Francillon.

On a dit et répété que chez cette éminente artiste c'était le tempérament hystérique qui l'emportait sur tout le reste. « Et cela est vrai, » ajoute M. Rasi déjà nommé, qui, en sa qualité de professeur de déclamation de l'École Royale de Florence, et artiste lui-même, a suivi de fort près le développement de ce talent extraordinaire depuis vingt ans 4. Et cependant ce

1 La Revue de Paris, 1" juin 1897.

J Voir page 47.

3 / Comici ilaliani, p. 812.

* Voici, à titre de curiosité, ce que la Duse écrivait au dos d'une photographie dont elle lit, don à l'illustre professeur

tempérament « hystérique », ne l'empêcha de rendre, comme personne, de multiples personnalités dans Odette, Amour sans estime, laLocandiera, Cavalleria rusticana [Fedora, Maison de poupée, la Maison paternellel [Magda), la Dame aux camélias. Une œuvre entre ses mains, pour quelque vieille qu'elle soit, se transforme. C'est que Mme Duse, ainsi que Fa fait remarquer le critique Yorick. a une diction qui lui est propre, pleine d'originalité, de couleur individuelle, qui n'étonne ni ne frappe par l'usage et l'abus des grands moyens, mais qui séduit, captive, enchante par son accent de vérité, par un frémissement de passion qui se communique instantanément à tous les spectateurs.

La Duse n'a jamais séduit son public par une diction caressante, maniérée, langoureuse ou précipitée avec finale à effet ; elle ne nous fascine ni par les mouvements de ses bras, ni par le balancement de sa personne. Non. ce qui la met au-dessus du niveau des comédiennes ses rivales, c'est la vérité inculquée au personnage qu'elle représente, ce sont les détails d'observation de tout ce qui l'entoure, c'est ce je ne sais quoi qui l'anime, la fait vivre et palpiter.

« A celui qui m'encourage, à celui qui me dit la vérité en me corrigeant, à celui qui m'analyse... A celui que je reconnais et dont je me souviens comme compagnon d'art, à une personne que j'estime. — E. Duse. »

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