LA GIOCONDADE GABRIELE D'ANNUNZIO
Réprésentation cle la Gioconda à Milan. — Exposition de la pièce. — Beautés du premier acte. — Réconciliation de Lucio et de Silvia. — Superbe interprétation de M1110 Duse et de Zacconi. — Enthousiasme du public. — Deuxième acte. — Lucio développe son idéal. — La Bonté et la Beauté. — Regrets du passé et rêves d'artiste.
Cette fois, la salle du Manzoni est bondée depuis l'orchestre jusqu'au cintre. Tout ce que Milan compte de plus notable dans l'aristocratie, le monde des lettres, des arts, de la finance s'est donné rendez-vous là ce soir pour applaudir l'œuvre nouvelle de Gabriele d'Annunzio, et c'est devant un auditoire d'élite que la toile se lève avec un quart d'heure de retard.
Nous sommes à Florence, de nos jours, dans un intérieur tranquille et harmonieux où tout semble avoir été ordonné par les mains d'une grâce prévoyante. Deux grandes fenêtres sont ouvertes sur la belle campagne llorentine bien éclairée, car nous sommes en avril. Des tableaux anciens, des œuvres d'art déposées sur les meubles nous
font deviner aussi que nous sommes chez un artiste.
Cet artiste, c'est le sculpteur Lucio Settala. Un premier dialogue entre Silvia Settala, femme de Lucio, et le vieux maître Lorenzo Gaddi, nous fait comprendre de suite qu'il s'est passé quelque drame. Lucio, épris follement d'une femme, la Gioconda, qui se rendait chaque jour dans son atelier, a voulu se suicider à ses pieds. On l'a ramené mourant chez lui, et sa femme l'a soigné avec un soin pieux et touchant. Et cependant un doute terrible étreint la pauvre Silvia; en revenant à la vie lui revient-il, à elle, avec toute son àme ? Il a voulu mourir, mais l'autre. l'autre vit, et elle pourrait tout ,si elle était encore aimée.
En vain le vieil artiste qui fut le maître de Lucio essaie de consoler et de rassurer la jeune femme ; il est en extase devant ses mains, si courageuses et si belles ; il veut conseiller à Lucio, le jour où il reprendra son travail, de les modeler puis de les sculpter dans un morceau de marbre antique, pour en faire une espèce d'exvoto.
Silvia n'est pas tranquille ; elle n'a pas osé retourner à l'atelier, sur le Mugnone, depuis la chose. Elle a eu peur d'y trouver encore des taches de sang et des traces de sa rivale ; elle