‹ Le th©©Øtre en ItalieChapitre 26 sur 46 · LA GIOCONDA DE GABRIELU D'ANNUNZIO · texte numérisé non relu

LA GIOCONDA DE GABRIELU D'ANNUNZIO

pas, elle est allée chaque jour mouiller la glaise, elle a sauvé son œuvre, tandis que la femme légitime, elle, la Bonté, sauvait sa vie.

L'on ne m'en voudra pas, je suppose, de m'étendre un peu sur cette donnée qui n'est vraiment pas banale, bien que ma prose française ne puisse rendre les beautés de la prose italienne de d'Annunzio. Mais l'on comprendra mieux par cette analyse un peu détaillée pourquoi la pièce fut si discutée, et pourquoi, après avoir été aux nues pendant les deux premiers actes, elle se traîna plus difficilement pendant les deux derniers.

La Gioconda, par la renommée de l'auteur, par la valeur hors ligne des deux protagonistes, par le bruit qu'on en fît dans la presse, et par suite aussi de cette tournée à prix surélevés, fut le plus grand événement théâtral de la saison en Italie.

LA GIOCONDA (Suite etfhi.

Troisième acte. — La mise en scène. — La rencontre des deux femmes dans l'atelier du sculpteur. — Trop de rhétorique ! — Désapprobation du public. — Une discussion qui déconcerte.

— Le mensonge de Silvia. — L'emportement de la Gioconda.

— Originalité de la scène. — Un dénouement inattendu. — L'auteur rappelé. — Un quatrième acte presque inutile. — La Douleur et la Résignation. — La Sirenetta. — Impression lâcheuse. — Conclusion logique, mais qui mécontente tout le monde.

Au troisième acte, nous sommes dans l'atelier de Lucio, et disons, à ce propos, que la mise en scène de cette pièce se ressent considérablement des voyages faits par M. d'Annunzio à Paris, x et des conseils qu'il a pu recevoir de Sarah Bernhardt pour monter sa Ville morte à la Renaissance. Pour la première fois peut-être en Italie, et le fait acte constaté par la presse1, il nous est donné de voir une mise en scène vraiment moderne, exacte, soignée, ce qui nous repose un peu des meubles de location, conséquence fatale, comme je l'ai déjà expliqué, de

1 La Lombardia, 27 mai 1899.

ces habitudes nomades et des conditions où se trouvent ces Compagnies errantes qui ne peuvent pourtant pas traîner un matériel considérable à leur suite.

Ici, nous sommes bien dans l'atelier d'un sculpteur : en helléniste passionné, M. d'Annunzio a voulu dans cet atelier des fragments d'une frise de Phidias, deux grandes figures ailées « vêtues de vent », dit la brochure, la Niké de Samothrace. la statue sculptée parPœonios pour le temple dorique d'Olvmpie consacré à Zeus. Portières, divans, coussins, bas-reliefs, statuettes de bronze, tout nous donne bien l'idée d'un atelier. Et derrière un grand rideau rouge, au fond, l'on devine l'œuvre commencée qu'on ne verra pas.

Silvia ayant appris que la démarche du vieux maître Gaddi avait échoué auprès de la Dianli à qui il était allé réclamer la clé de l'atelier, a résolu de se rendre elle-même dans cet atelier, d'y retrouver sa rivale et d'y avoir avec elle une explication décisive. Elle sent, en femme avisée, que l'amour de son mari lui échappe encore, elle devine que la Gioconda a dû lui écrire, qu'elle l'attend, et veut conjurer le danger en allant audevant de lui. Sa sœur, Francesca, a voulu l'accompagner dans cette expédition, et le rideau est tombé sur ce départ à la fin du second acte.

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