LA GIOCONDA 2S
Nous attendons tous la scène entre les deux femmes. Nous sentons que cette scène va être le point capital de l'ouvrage. Francesca se met
La Gioconda, acte troisième.
Dessin de Dante F'aolocci. {Illustrazione italiana.)
à l'écart, et Silvia tète nue, adossée aux rideaux rouges qui cachent au fond le chef-d'œuvre commencé, attend. La Gioconda, vêtue de noir, le visage voilé, traverse tout d'abord râtelier sans rien voir — parce que, prend soin de nous dire l'auteur, elle vient du soleil, et pénètre dans un
lieu plein d'ombre, — puis tout à coup pousse un cri :
— Je suis Silvia Settala ! se contente de dire l'épouse. Puis après un silence : El vous ?
— Ne le savez-vous pas, madame? répond à voix basse la Gioconda.
Mais ici nous avons une grande déception. Nous nous attendons à un éclat, nous croyons que la femme légitime, fière de ses droits, va montrer la porte à sa rivale et la chasser... Nous tombons dans la rhétorique! Et voilà Silvia qui discute : Tune de nous usurpe le droit de l'autre, l'une de nous est l'intruse. Laquelle? Moi, peutêtre?
Un murmure involontaire de désapprobation parcourt la salle. Comment? voici la femme légitime, dans l'atelier de son mari, c'est-à-dire chez elle, qui vient demander à sa rivale qui s'introduit là secrètement avec une clé, laquelle des. deux est l'intruse ? La scène était difficile à faire, soit; mais nous nous apercevons, dès les premiers mots, et toute la salle avec nous, que l'auteur s'y est brisé.
Voilà donc deux femmes qui discutent ! Mais quelle est donc, dans la vie réelle, la femme qui. se trouvant dans la position de la Gioconda. avalerait ainsi de longues tirades déclamatoires sans rien dire, n'aurait-elle que les plus mau-