‹ Le th©©Øtre en ItalieChapitre 36 sur 46 · LA MAISON DE GOLDONI · texte numérisé non relu

LA MAISON DE GOLDONI

route, chose plus difficile qu'on ne peut se l'imaginer, même en Italie, car ce diable d'homme disparait tout à coup de la circulation, et il faut acheter des journaux de théâtre pour savoir qu'il a donné deux représentations ici, trois là-bas. n'oubliant même pas les villes de troisième et quatrième ordre où il fait salle comble. Je ne connais pas d'étoile plus filante.

Le fils de Novelli étant dessinateur, celui-ci nous a gratifiés, sous le nom de Tambo, d'un album humoristique où le père est représenté sous toutes ses faces. Mais n'en pouvant reproduire ici les 100 dessins, nous nous contenterons d'en tirer ce portrait « moral » tracé par l'intéressé lui-même :

a Mon extérieur vous le connaissez; si, j'en conviens, maman nature n'a pas été prodigue pour moi de faveurs... en songeant qu'elle pouvait se montrer encore plus avare, je me contente de ce que j'ai reçu d'elle, et je vais mon chemin ; vous pensez bien que depuis le temps je m'y suis fait. — comme le public.

« Quant à l'intérieur, la médaille a peut-être un meilleur revers. Le cœur est très tendre, mais dès qu'il s'aperçoit qu'on le trompe, il a des battements de bête fauve. C'est la véritable expression ! Esprit prompt, très audacieux; minutieusement observateur; mémoire très facile pour

retenir, mais aussi prompte à oublier... spécialement les méchancetés d'autrui. Nerveux et défiant comme un chat, affectionné comme un chien.

« La fortune des autres ne m'a jamais fait envie, mais la trop grande facilité avec laquelle j'exprime mon opinion — l'a fait croire plus d'une fois. — Aussi prompt au bien qu'incapable au mal ; ignorant de la valeur de l'argent que j'ai si souvent dépensé sans compter, et souvent aussi... sans posséder !

« D'humeur triste, bien que tout le monde ait toujours cru le contraire; mais facile à devenir gai si je me trouve en compagnie sympathique.

« Quatre grandes passions : l'art, la patrie; les antiquailles... et les ciseaux avec lesquels je me coupe moi-même les cheveux.

« Je me promène peu. et de préférence quand il pleut; j'ai horreur de faire des visites... et quelquefois à mon détriment. »

Et pour terminer la confession :

« Je finis ici, parce que le portrait me semble ressemblant. Comme acteur je n'ai peut-être pas dit grand'chose, mais par malice. De cela les critiques s'en sont chargés, et s'en sont si bien chargés !

«Sije me retire du théâtre, c'est-à-dire lorsque j'aurai mis de coté un petit million — ô douce et

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