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L' « AMIGO DE TUTI », DE M. CARLO BERTOLAZZI

dialectes? Est-il en Italie ou n'y est-il pas? Alors s'il est en Italie qu'il me parle du théâtre italien et qu'il me laisse tranquille avec ses dialectes !

— Mais, cher monsieur, je ne fais que cela depuis 300 pages, vous parler du théâtre italien. Je ne puis pourtant pas nier qu'il existe à côté d'autres théâtres en dialectes, et, détail caractéristique, je ne puis vous laisser ignorer que des auteurs de talent, comme celui-ci, qui pourraient se contenter d'écrire fort bien dans leur belle langue italienne, la langue toscane, la classique, s'amusent à écrire tantôt en milanais, tantôt en vénitien, surtout lorsqu'il s'agit de rendre des types bourgeois 011 populaires que le public s'étonnerait d'entendre parler autrement. Vous qui ne vous servez que d'une langue, cela vous étonne; ici, cela parait tout naturel.

Le tempérament de M . Carlo Bertolazzi excelle à reproduire précisément les mœurs de ce petit public qui se plaît à entendre la comédie en dialecte ; l'auteur a le sens de la couleur, le mot comique, l'habileté du metteur en scène, Gomme Goldoni, comme Gallina, ses modèles dans le théâtre vénitien, il veut écrire des pièces gaies, sans prétention, nous présenter des types et dépeindre les petits ridicules de son époque. Il ne faut pas chercher la thèse (Dieu soit loué !) . Mais il faut voir toujours au bout de ces joyeu-

setés — comme dans le Misanthrope et l'Auvergnat, de notre Labiche — un joli petit enseignement. L'Ami de tout le monde est de cette école-là, et son auteur n'a eu d'autre but, en dissimulant sa pointe de philosophie un peu acerbe, mais juste, sous des scènes ultra-divertissantes, que de « faire rire les honnêtes gens ». L'action de cette comédie en trois actes se passe de nos jours, dans une petite ville de province, aux environs de Venise. Le rythme de la vie journalière y est toujours le même, et le moindre petit événement ne vient troubler cette tranquillité immuable. Les jours succèdent aux jours, les rues sont désertes, les boutiques silencieuses : seul le petit café de l'endroit reçoit la visite de ses habitués. Ces habitués, l'auteur s'est complu à nous les dépeindre par le menu : une patronne de café qui trône dans son comptoir en tricotant, vieille fille dont la principale préoccupation est de surveiller la virginité de sa chatte ; un vieux garçon de café à moitié sourd. qui ne veut pas servir aux clients les consommations qu'ils demandent, mais prétend imposer les siennes ; les éternels joueurs de cartes dont les discussions reviennent périodiquement ; le lecteur de journaux, craignant les courants d'air, se précipitant au-devant du facteur pour s'emparer le premier de la Gazette, accaparant tous

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