L « AMIGO DE TUTI », DE M. CARLO B1ÏRT0LAZZÏ
les journaux de l'établissement, s'asseyant sur ceux qu'il ne peut lire, en ne permettant à personne d'y toucher ; les jeunes gens de la ville se livrant à des parties de billard qui n'en finissent plus; tout cela est admirablement dépeint, avec beaucoup de naturel et sans aucune exagération.
Dans ce milieu évolue M. Alexandre — Sior Alessandro — l'ami de tout le monde, qui, entraîné par le désir d'obliger tous ceux qui l'entourent, dépense son temps et son argent à rendre des services dont on lui sait plus ou moins gré.
Il n'a que des mots aimables pour chacun ; c'est le pacificateur universel. Il sépare les joueurs prêts à en venir aux mains, et donne toujours raison au dernier qui parle. Pour les mettre d'accord il leur promet de faire venir à ses frais de Vérone des cartes absolument opaques à la lumière, bien qu'on le traite, en guise de remerciement àejettatore, ce dont il ne s'offense guère, du reste. C'est un si bon enfant l'ami de tout le monde.
Il calme ensuite l'habitué qui ne peut jamais lira le Pasquino. parce que son terrible voisin, un vieux grincheux, toujours s'en empare et le garde pour lui, et promet à son tour un sirop à ce catharreux perpétuel. Il s'intéresse enfin à « Messaline », la petite chatte de la patronne.
Sior Cesare et Sior Gustavo, deux jeunes gens
de bonne famille, aiment d'un amour égal la fille du Sior Palameo, et chacun, de son côté, charge Sior Alessandro, l'ami de tout le monde, de faire des ouvertures au papa. L'idée est amusante, car Sior Alessandro, tout en comprenant la difficulté de la situation, n'ose refuser ni à l'un ni à l'autre et s'acquittera des deux commissions.
Le second acte nous transporte donc dans cette famille bourgeoise où les deux époux sont continuellement en désaccord, et où il suffit que l'un des deux ait une opinion pour que l'autre la contrecarre à l'instant même. L'ami de tout le monde évolue dans ce milieu, au mieux avec le mari, avec la femme, avec la demoiselle, et la scène où il commence à plaider la cause d'un de ses protégés devant le père seul n'est pas une des moins amusantes. Au seul nom de Cesare, le vieux bourgeois jette les hauts cris, mais Sior Alessandro, ne se décourageant pas pour si peu, déclare que la langue lui a fourché, et que c'est de Gustavo dont il s'agit. Le pendant de cette scène a lieu inévitablement avec la mère, qui se fâche au nom de Gustavo et à laquelle Alessandro propose immédiatement son numéro deux : Cesare. Il plaide enfin la cause des deux jeunes gens auprès de la fille fort perplexe, et se retire, fort satisfait d'avoir obligé l'un et l'autre, et fai-