L « AMIGO DE TL'TI », DE M. CARLO BERTOLAZZI
sant entendre que le prétendu n'a plus qu'à se présenter. Mais l'auteur se contente de nous laisser deviner ['imbroglio fatal qui en résultera.
Je vois que la critique milanaise qui s'est montrée assez sévère pour M. Carlo Bertolazzi. transfuge du théâtre milanais, lui fait un reproche d'avoir choisi pour lieu d'action de son dernier acte le même cadre que celui du premier. Mais en nous faisant voir pour la seconde fois le petit café de province, avec ses éternels joueurs de cartes, son catharreux, son garçon sourd et sa vieille demoiselle à la chatte, l'auteur n'a-t-il pas voulu, au contraire, nous montrer comment la vie provinciale continue à se dérouler de la même manière, uniformément.
La fin se devine : Sior Alessandro, qui s'évertue à contenter tout le monde, n'est parvenu qu'à faire des mécontents. Il se voit insulté et menacé par tous ceux à qui il a voulu rendre service, et chacun lui tourne le dos pour s'être mêlé de ce qui ne le regardait pas. Triste leçon ! pense le pauvre homme, en quittant le café comme un chien battu. Ainsi, il faut donc mieux être égoïste en ce monde, et ne jamais vouloir rendre service à son voisin ! Et sa main trouve dans sa poche un llacon enveloppé dans un papier, remède souverain qu'il avait promis à la patronne pour la petite chatte ! Ainsi qu'Alceste, Sior Alessandro
quitte la scène de ses exploits non sans quelques réflexions amères, et comme le catharreux lui réclame le sirop promis, Sior Alexandro lui met dans les mains le flacon qu'il vient de retrouver. C'en est bien fini d'obliger les autres, et le vieux cacochyme, en déroulant le papier, s'apercevra avec stupeur que l'ami de tout le monde n'est plus l'ami de personne, et qu'il ne lui a laissé dans les mains, à en croire l'étiquette, qu'un vulgaire remède pour les chats !
F. Benini, dans le rôle de Sior Alessandro. A. Mezzetti dans celui de Sior Palameo, Mmcs Benini Sambo, A. Dondini Benini, L. Zanon Paladini constituent un excellent ensemble, et le public qui s'était franchement amusé, donna raison à l'auteur malgré la critique milanaise qui fut sévère le premier soir, ne pouvant sans doute oublier le succès précédent obtenu devant des Piémontais dans le théâtre vénitien par un Milanais ! (Oh ! ma tête !)
Et, à propos de ce théâtre piémontais, qui. s'il n'est pas mort, est bien malade, malgré les efforts de la Compagnie piémontaise Cuniberti, dirigée par le Gav. Enrico Gemelli qui joue d'ordinaire au Théâtre Rossini, à Turin, un tout petit théâtre populaire, je me contenterai de rappeler ici une mystification dont je fus victime pendant l'Exposition de Turin, à ce théâtre.