‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 13 sur 198 · Sassy-Villehaute · texte numérisé non relu

Sassy-Villehaute

Les Sassy, de Séranon (Alpes-Mmes), que la création de la Sénéchaussée attira de bonne heure à Draguignan, s’introduisirent au Palais par la porte basse du greffe et, à la seconde génération, montèrent parmi les officiers du Roi. L’enjambée n’était point médiocre et peut se mesurer par la distance qui séparait un simple scribe d’un magistrat. Jean, que son père avait envoyé étudier aux universités d’Avignon et de Toulouse, et qui en avait rapporté le bonnet de docteur, franchit cette distance en achetant l’office d’avocat du Roi.

N’avait-il pas trouvé aussi la bourse paternelle garnie, sinon par les gains du greffe, tout au moins par ceux réalisés dans l’exploitation de certaines grandes terres seigneuriales, notamment les terres d’Ampus et de Séranon, que l’actif greffier, doublé d’un fermier, cumulait avec son office ?

Désormais installés dans le parquet, sous le titre de sieurs de

(1) 11 n’est pas démontré qu’ils ne soient pas venus au secours de ces derniers, sans parvenir à les arracher à la misère. Le fait serait-il sans exemple? Cependant nous ne pouvons rien affirmer à cet égard •

Villehaute (1), déjà porté et acquis sans doute par le greffier, nos Sassy, pendant près d’un siècle et demi (1582-1724), furent exclusivement les avocats de sa Majesté à Draguignan.

En 1753, ils s’assirent dans le fauteuil de la vice-présidence de la chambre criminelle. Outre une série ininterrompue de magistrats, ils donnèrent aussi plusieurs officiers à nos armées.

Le plus curieux est de voir cette famille, très honorable, mais essentiellement roturière d’origine et de condition, obtenir un jugement de confirmation de noblesse et la faveur, si recherchée, d’être admise à Malte (2). Comment les commissaires de l’Ordre parvinrent-ils à constituer à Emmanuel André les quatre quartiers rigoureusement exigés, deux dans la ligne paternelle, deux dans la ligne maternelle, ce qu’on appelait dans la langue héraldique « la noblesse carrée »? la complaisance des notaires expliquerait sans doute le mystère.

En effet, depuis cent ans, écrivait Barcilon de Mauvans à la fin du XVIIe siècle, on se contentait “ des simples qualifications de noble et d’écuyer,., sans examiner si ces qualifications étaient usurpées ” (3).

Or noble et écuyer, qui ne l’était pas dans les actes publics pour peu qu’il fut revêtu d’une fonction ou d’un grade, fùt-il le petit-fils d’un cordonnier ou le fils d’un maréchal à forge ou d’un porte-balles (4) ?

Les Sassy sont du grand nombre de ceux qui parvinrent aux

(1) Il s’agirait non de la seigneurie de ce nom située à Ampus, mais d’une autre dans la commune de Séranon, à ce que l’on nous assure.

(2) Revue historique de Provence, 2”’ année, n° 5, p. 171.

(3) Critique du nobiliaire de Provence, préface.

(4) Voir les familles Laugier, Pautrier, S'-Aubin, etc.

emplois el dignités non par la noblesse, mais à la noblesse par les emplois el dignités.

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